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RENCONTRES INTERNATIONALES DU DOCUMENTAIRE DE MONTRÉAL - par André Roy
2008-11-13LES RENCONTRES INTERNATIONALES DU DOCUMENTAIRE DE MONTRÉAL
Les RIDM existent depuis 11 ans. Ces rencontres sont devenues au fil des ans un lieu inestimable où l'on nous montre la complexité du monde, ses mutations, ses contradictions, ses luttes, ses espoirs. Un monde en mouvement, qu'il est souvent difficile de comprendre et qui peut souvent nous désespérer. Mais le voir sous le regard de cinéastes qui peuvent l'interpréter pour nous le faire comprendre devient un moment de vérité, un moment de réflexion, comme aussi un moment de joie tant les films peuvent combler nos attentes tant esthétiques qu'éthiques de cinéphiles.
Pour nous guider à travers un programme touffu, avec ses 80 films et ses événements spéciaux, nous avons demandé au programmateur général André Pâquet de nous guider. Voici ce qu'il nous a dit sur ses coups de cœur.
Saint-Marcel – Tout et rien voir de François Hien, Belgique
C'est un film qu'on a vu juste avant de fermer la programmation, qui nous a beaucoup impressionnés. C'est un film étonnant sur une jeune musicienne devenue aveugle. La démarche du réalisateur est de montrer pourquoi et comment cette femme est aveugle. L'est-elle vraiment? Tout se passe au niveau du regard : dès les premières images, un doute s'installe sur cette personne. Mais tout se passe dans un climat de confiance et d'amitié. La démarche est généreuse.
Kommunalka, de Françoise Huguier, France
C'est un film sur un des derniers logements communautaires de Saint-Pétersbourg. On y trouve une galerie de personnages absolument extraordinaires, exceptionnels, mais sous un regard de photographe. C'est un film sur le temps, le temps de voir. Il y a un plan fascinant qui revient comme leitmotiv : on montre un corridor qui mène aux pièces de l'appartement et la caméra se contente d'observer le va-et-vient des locataires. En fait, c'est un film sur les vestiges de la vie commune telle qu'elle existait sous l'Union soviétique et n'existera plus dans quelques années.
Durakovo : le village des fous, de Kirtadzé Nino, France
Un autre film sur la Russie, qui est comme la suite du Système Poutine présenté aux RIDM l'an dernier. C'est l'histoire d'un illuminé qui a réuni des jeunes de la rue, des désœuvrés, afin de leur inculquer la notion de «Grande Russie», comme pourrait l'entendre un Poutine aujourd'hui. Ça donne des frissons dans le dos quand on voit comment on veut faire renaître la Russie tsariste dans ce pays. Il y a là des phénomènes qui se déroulent qui sont assez effarants. Le film a été présenté au festival du documentaire de Nyon, en Suisse, et il a été assez contesté, surtout sur sa manière d'aborder cet illuminé, très volubile.
L'encerclement – La démocratie dans les rets du néolibéralisme, de Richard Brouillette, Québec
Ce documentaire est comme un ovni. Le réalisateur le prépare depuis dix ans environ. C'est un monument pédagogique qui nous fait comprendre la mondialisation et où les pour et les contre de spécialistes sont mis à contribution dans une démarche extrêmement rigoureuse, dans une sorte de mise en scène qui leur donne le temps de s'exprimer. Il y a aussi une utilisation de la musique très sobre, qui n'est là que pour suggérer, pas pour appuyer les propos. C'est une œuvre exigeante à cause de son statisme et qui dure quand même 160 minutes. Le comité de programmation a été ébahi de voir que la durée du film ne comptait pas, que le temps passait très vite.
Z32, d'Avi Mograbi, France
C'est un film dont il est très difficile de parler parce que, comme le Brouillette, c'est une sorte d'ovni. Il a été présenté à Venise, et quand on l'a vu, on a été époustouflé. Mograbi a recueilli le témoignage de deux soldats de la troupe d'élite israélienne appelée Z32, qui a pratiqué des sévices sérieux sur des Palestiniens. Ce qui est intéressant c'est que le cinéaste a repris certaines parties de leurs témoignages et les a transposées en musique. Vous verrez que c'est exceptionnel, assez stupéfiant comme résultat.
Présentation spéciale : Rossellini 77
Cette séance est comme la remise en route du dernier film de Roberto Rossellini, Le Centre Georges Pompidou, dans lequel le cinéaste nous convie à la première visite publique de Beaubourg, au moment de son ouverture. C'est un film d'une heure sans commentaire, sinon ceux qu'on entend de la part des visiteurs et qui forment le fond sonore; leurs réflexions sont contradictoires, ambiguës, ambivalentes. C'est le dernier témoignage visuel de Rossellini qui, on le sait, s'intéressait beaucoup, à cette époque, à la télévision comme moyen de vulgarisation, et pour laquelle il a travaillé. La projection de ce film, qui avait été commanditée par Beaubourg, sera présentée par le producteur du film, Jacques Grandclaude, qui a enregistré toute la préparation du tournage avec la permission du cinéaste. Son court métrage, Rossellini au travail, est vraiment un document exceptionnel et rare en même temps sur la méthode de travail de ce réalisateur italien.
Présentation spéciale : 1968 – Que reste-t-il de nos amours?
C'est une projection-débat avec un film de montage, Génération 68 de Simon Brooks qui est, on le sait, le fils de Peter Brooks. Cette séance se veut un retour critique sur l'année 68, où il n'y a pas eu seulement le soulèvement étudiant parisien. Il s'est passé autre chose dans le monde en 68 : aux États-Unis, en Tchécoslovaquie, au Québec, au Mexique, ce qu'on a un peu oublié. La présentation sera divisée en deux temps, avec des films d'époque et celui de Brooks, et un débat avec des cinéastes et des écrivains.
RIDM, DU 13 AU 23 NOVEMBRE. Billetterie : 514-844-2172. www.ridm.qc.ca
André Roy
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