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Territoires du cinéma québécois |
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| Lorsque dans quelques décennies nous placerons côte à côte les films produits au Québec au cours des dernières dix années, quelle vision nous renverront-ils de ce pays? Quelle image de son territoire, de son étendue de sa réalité sociale laisseront-ils? La question, comme bien dautres soulevées par notre cinéma actuel et qui lui sont certainement en partie liées , ne souvre pas sur un tableau très réjouissant, car une chose semble demblée évidente, cest que cette image se trouve fort rétrécie. Ce faisant, il y a vraiment lieu de se demander quel rapport entretiennent aujourdhui les cinéastes avec ce territoire qui est le nôtre et qui en avait inspiré tant dautres avant eux. Si dans les films des Tati, Antonioni, Rohmer, Allen, Renoir, Bresson, Cassavetes, Bergman, Ford et combien encore, la ville, la campagne, la nature nous semblent si proches, même lorsquelles apparaissent totalement transfigurées par le pouvoir de limaginaire (et souvent grâce à cette transfiguration), cest que laventure humaine leur est intimement incorporée, quune poétique a été façonnée, rêvée à partir delles. Or justement, à partir de quels espaces, de quel territoire le cinéma québécois aujourdhui se rêve-t-il? Cette autre question est beaucoup plus vaste et complexe puisque, malgré certaines esthétiques et certaines recettes qui tendent fortement à simposer, il ny a bien évidemment pas quun type de films qui voit encore le jour au Québec, ce qui exclut la possibilité dembrasser en un seul tour dhorizon le tout-venant de la production et les diverses approches plus marginales. Il ne sagit donc pas de dresser un constat définitif de ce quest devenu notre cinéma, mais de faire part dune impression tenace, récurrente, dun malaise devant un grand nombre de films considérés comme représentatifs du cinéma québécois dit «dauteur». Un malaise que nous, collaborateurs de la revue, partageons avec dautres, notamment avec des cinéastes qui, chacun à leur façon, ont fait du territoire le point damorce (ou dancrage) de leur création. Six cinéastes qui se sont joints à nous pour exprimer, soit de façon très personnelle en prenant la plume, ou à loccasion dune rencontre, ce que la notion de territoire évoque pour eux. Marie-Claude Loiselle [ 24 images n° 103-104 p. 14 ] |
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| « En mon païs suis en terre lointaine. »... François Villon, Ballade du concours de Blois par Jacques Leduc Lieux communs par Marie-Claude Loiselle Le pays incertain par Jean Chabot Images d'un territoire imaginaire par Pierre Barrette Lettre ouverte à Michel Moreau en guise de réflexion sur la notion de territoire par Jean Pierre Lefebvre Entretien avec Lucie Lambert propos recueillis par Pierre Barette Entretien avec Paul Tana propos recueillis par Marie-Claude Loiselle Entretien avec Serge Giguère propos recueillis par Pierre Barette |
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| « En mon païs suis en terre lointaine. »... François Villon, Ballade du concours de Blois par Jacques Leduc [ extrait seulement, texte et photos complet voir 24 images n° 103-104 p. 14-20 ] |
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![]() Photo : Jacques Leduc |
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| Où commence et où finit le territoire
(Dans certaines langues, le mot frontière signifie «lieu de rencontre», par opposition à «limite». Cest Le pas suspendu de la cigogne, ou Lonely Are the Brave). À la limite du territoire se trouve laventure, sy rendre, en repousser les limites. On parle bien dun espace physique, dun espace à conquérir, forcément mythique, plus grand que nature? Le territoire mythique, inhabitable, comme le désert. Un lieu qui résiste à la domination humaine. Le territoire fut dabord transmis oralement et, le soir, on dessinait sur les parois de la caverne des représentations des bêtes fabuleuses, lumineuses, quon y avait chassées. Aujourdhui cest à lécran que ça se passe cinéma, photo, télévision Sommes-nous des prédateurs qui délimitent leur territoire, qui en défendent lespace et qui en interdisent laccès? Quelle est ma territorialité? Quelle est ma zone? À quel territoire vouer mon appartenance, puisque dans le fond, cest de cela quil sagit? Je me le demande Pour certains le territoire évoque la campagne, ou la solitude, ou «là où tu te sens bien»; pour lui: «Le territoire, cest la ruelle; je ne serais pas ce que je suis sil ny avait pas eu la ruelle». Le territoire, cest aussi lespace que ma tête parcourt dans sa journée dactivités, et je présume que mes rêves en font partie. Je me dis que le territoire, cest un peu lespace entre mes deux oreilles. Le territoire ce matin, «mon» territoire, cest lespace entre ici et là, là où je men vais; cest la rue, le métro et mes concitoyens entre ici et là. Malgré un point de départ précis et un point darrivée également déterminé, malgré un trajet tracé davance, des distances connues, un temps mesuré, ce matin le territoire reste un espace flou. |
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![]() Monument Valley. Photo : Jacques Leduc |
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| Lieux communs par Marie-Claude Loiselle [ texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 21-23 ] |
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| Le pays incertain par Jean Chabot [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 24-26 ] |
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![]() «Le fleuve ma laissé descendre où je voulais.» photo : Jacques Leduc |
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| (...) À tout prendre, [ le premier long métrage de Claude Jutras ], se trouve être également le premier grand film dexpression personnelle à être produit et réalisé au Québec. On est en 1963. Et sil est possible quon lait oublié depuis, cest cette année-là que la plupart des grandes institutions qui vont littéralement forger le Québec moderne, par exemple Hydro-Québec, la Société générale de financement, le ministère de lÉducation, amorcent leurs activités. QuÀ tout prendre ait vu le jour à ce moment-là nest peut-être pas une simple coïncidence, comme on le verra par la suite. En fait, il serait plus juste de dire quon est, à cet instant précis, dans un immense tournant de lHistoire, et que le cinéma vient de prendre place aux premières loges. Voici maintenant comment les choses se passent. Dès la deuxième minute de son film, Jutra se réclame du territoire. Et cest du fleuve quil parle, comme il se doit, dès quil est question du Québec, et comme vont le faire au même moment les deux auteurs de Pour la suite du monde, Pierre Perrault et Michel Brault. Mais chez Jutra, tout de suite, dès le début, il y a cette phrase, quil emprunte à Arthur Rimbaud, à son poème Le bateau ivre. Rimbaud a écrit: «Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages, Les Fleuves mont laissé descendre où je voulais.» Mais cette phrase, Jutra la transforme légèrement. À la place du deuxième vers, il dit: «Le fleuve ma laissé descendre où je voulais.» Et lon imagine aisément le caractère incantatoire, la soif de liberté, la rage de liberté, que cette phrase-là pouvait avoir, en ouverture du film À tout prendre, dans le Québec de 1963. Tous les spectateurs savent aussi parfaitement dans quel esprit Jutra sarroge, à ce moment-là, le droit de modifier le vers de Rimbaud, et dimpliquer par là le Saint-Laurent, qui définit à lui seul toute limmensité du territoire québécois. Dans les images qui accompagnent ce vers, on lentrevoit dailleurs, miroitant en profondeur de champ. Mais ce dont on na pas la moindre idée, ce que personne ne peut imaginer, cest ce qui va venir ensuite. (...) [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 24-26 ] |
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| Images d'un territoire imaginaire par Pierre Barrette [ texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 27-29 ] |
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![]() De Montréal à la région, Bar salon dAndré Forcier (1973). |
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| Lettre ouverte à Michel Moreau en guise de réflexion sur la notion de territoire par Jean Pierre Lefebvre [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 30-32 ] |
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![]() Que serait La vie heureuse de Léopold Z. sans Montréal ou À bout de souffle sans Paris? |
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| (...) En y regardant de près, le cinéma québécois des années 60 et du début des années 70, tous genres confondus, sauf quelques films, de Trouble-fête à Valérie, se voulant carrément populaires et commerciaux, reposait sur une perception en temps relativement3 réel de la réalité; conséquemment, comme je viens de le dire, il en reproduisait de facto lespace le territoire réel. Ce qui explique en partie la lenteur tant reprochée aux films dalors en comparaison de ceux daujourdhui qui courent après leur sujet, au point de souvent sessouffler. Vitesse, rapidité, action, caméra en perpétuel tangage et roulis... En contrepartie, il faut cependant une éternité pour accoucher dun projet, deux ans en moyenne pour un documentaire, trois, au minimum trois, pour un dramatique: il est donc pratiquement impossible dans ces conditions de concevoir des uvres en prise directe sur le temps et lespace réels. (Yvon Deschamps disait récemment que le problème majeur de sa série humoristique qui fut un bide Chez Yvon à Radio-Canada tenait au fait que les émissions étaient enregistrées trois mois avant leur mise en ondes: impensable dans ces conditions, identiques à celles que nous venons dévoquer, de garder prise sur lactualité, surtout lactualité politique.) Finalement, pour obtenir du financement, il faut minutieusement tout prévoir et tout écrire, même en documentaire; impossible, cette fois, de faire faux bond, impossible de dérouter ta belle grosse caméra Panaflex et ta petite équipe de cinquante-cinq personnes vers des événements non scénarisés et non budgétés. Nous vivons ainsi, Michel, dune part dans un espace (donc un temps) de plus en plus virtuel, dautre part dans un temps (donc un espace) de plus en plus éclaté, donc de moins en moins identifié et identifiable. Est-ce la raison pour laquelle a fleuri depuis une bonne dizaine dannées un lucratif cinéma québécois comique de bécosse, de cannes de binnes et de grosses bières?... Serait-ce le dernier territoire familier et facilement identifiable quil nous reste?... À part, bien sûr, celui de la publicité faite au Québec par des Québécois pour des Québécois. Voilà les faits, Michel. Faut-il les déplorer ou non? Est-il bon ou mauvais que le cinéma québécois se déroule, règle générale, sur un territoire de décors fabriqués (même vrais ils sont tellement artistiquement enjolivés quon les croit faux) et raconte des histoires arrangées avec le gars des vues plutôt quavec la vie des gars, des filles et de nous tous?... Sur quel territoire réel et humain vivons-nous donc?... Choisirais-tu le Québec si tu y débarquais aujourdhui ?...(...) [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 30-32 ] |
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propos recueillis par Pierre Barette [ 24 images n° 103-104 p. 33-35 ] |
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![]() Paysage sous les paupières (1995). |
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| 24 IMAGES: En tant que documentariste, que veut dire pour vous le territoire? Quelle importance lui donnez-vous dans votre travail? LUCIE LAMBERT: Fondamentalement, je pense que cela répond à plusieurs recherches, mais parmi celles-là, ma quête primordiale reste celle de lidentité. Comme Paysage sous les paupières est filmé dans le petit village de mon enfance, cétait plutôt une espèce de recherche individuelle, mais qui avait aussi à voir avec une collectivité. Ce que je cherchais à travers cette quête, cétait de comprendre lidentité québécoise, mais aussi lidentité humaine. Cette identité, pour moi, se retrouve beaucoup dans la façon dhabiter un lieu; donc, le moteur était vraiment daller voir là où mon enfance sétait passée, de retrouver un endroit que javais connu de façon très organique et qui était ancré dans ma mémoire, mais que ma tête ne connaissait plus très bien. Je voulais voir ce quun territoire peut amener à un imaginaire, comment les paysages nous ont marqués. Cest très fort, pour moi, la mémoire visuelle des lieux: je me souviens, jétais retournée sur la Côte-Nord, dans mon petit village, plusieurs années après en être partie, et javais limpression que mes yeux reconnaissaient tous les cadres. Je me dis donc que si cela était si fort pour moi, cest probablement quelque chose qui marque chaque être humain. Je ne pourrais pas explorer tous les territoires, mais le Nord mattire beaucoup, parce que cest notre histoire à nous, les Québécois, même si je ne marrête pas spécifiquement à explorer lidentité québécoise. Comment se perpétuent les gestes dans un milieu, comment on laisse des traces dans un territoire, je pense que cest cela qui est impressionnant ici, comme tous ces grands espaces dont certains nont encore été foulés par personne. Ces traces sont très réelles, très physiques mais elles ont à voir aussi avec la façon dont on rêve, dont on conçoit la vie. Vous parliez de traces, vous parliez du passé, mais il me semble en même temps que votre cinéma est plutôt tourné vers lavenir. Contrairement à Pierre Perrault qui cherchait ces traces auprès des gens âgés (du moins dans sa trilogie), auprès de ceux qui sont porteurs de la mémoire, vous vous intéressez pour votre part beaucoup aux enfants. Au départ, jaime faire des films qui parlent du présent, je tiens à ce quon y voie la vie actuelle. Pour Paysage sous les paupières, les enfants étaient là dès lidée de départ, il ny avait pas de projet conscient de parler de lavenir; il sagissait plutôt de donner la parole à ces enfants, de faire surgir leur imaginaire, aujourdhui. Il sen trouvait parmi eux qui avaient eu une enfance brisée, cela me paraît très important, mais la vie est plus forte et cest ce que je voulais dire et montrer. Dans Avant le jour, cest davantage conscient: je suis allée chercher des enfants, puis le personnage de Mireille, la jeune, qui représente lavenir. Même si cet avenir est très menacé, ça me paraît important quil y ait ces espèces de mauvaises herbes qui saccrochent (rires) à cette île-là, à ce lieu-là, pour continuer même si la menace est très forte et quon ne peut dire quon ny croit pas. Jai un parti pris pour le geste humain, pour la volonté humaine. Pour moi, tout ce territoire-là représente des valeurs qui sont tellement importantes, des valeurs de vie qui sont très loin de la course folle de la ville; on y retrouve un contact fort avec la nature. Dans vos deux films, les personnages se trouvent devant une alternative, un choix: rester ou partir. Cette question de lexil, forcé ou volontaire, est très importante il me semble. Croyez-vous que vous auriez le même rapport au territoire si vous étiez restée là-bas? Spontanément, jaurais tendance à répondre non à cette question. La coupure est quelque chose qui se fait naturellement. À la période de ladolescence, on se coupe de nos parents, de notre milieu, on refuse tout ce que ce milieu représente, puis lorsquon y revient comme moi dans le cours dune quête plus symbolique que matérielle, on retrouve des choses très physiques, très fortes. Mais si je me réfère à Mireille dans Avant le jour, elle a cette même façon de voir le territoire sans être jamais partie. Elle est à la fois très, très ancrée, elle a les deux pieds sur terre, et en même temps, son pays, elle le voit aussi avec de la poésie. Vous voyez, il y a des gens qui vont continuer à vivre là toute leur vie, mais pour qui cet espace a la qualité dun lieu imaginaire riche. Cela est peut-être différent dans dautres lieux, dautres territoires, mais sur la Basse-Côte-Nord, il y a quelque chose de tellement fort pour les sens: le vent, la mer, tout cela entre vraiment dans les corps et contribue à attacher les gens à la région. Il me paraît toutefois difficile de généraliser: certains partent et reviennent, dautres partent et sont malheureux, certains restent alors quils devraient peut-être partir (rires). Anne Hébert disait que pour pouvoir parler du Québec, parler de son coin de pays, elle devait séloigner, se mettre à distance... Oui, bien sûr, mais peut-être que le temps peut lui aussi accomplir cette mise à distance. Je pense à Mireille: ce nest peut-être pas de la distance physique quelle a eu besoin, mais de temps, un temps durant lequel les choses ont changé, qui a fait que le regard quelle porte sur sa propre enfance sest transformé. Cest un peu comme une histoire damour, on arrive souvent à mieux en parler, à lexprimer plus justement lorsque le temps nous en a éloignés (pause). Personnellement, jai quitté la Côte-Nord avec ma famille à 14 ans, puis je suis arrivée à Montréal à 18 ans. Je nai plus pensé à ce territoire-là pendant une longue période, puis tout à coup je me suis dit: «Ben voyons, il mhabite encore». Quand jy suis retournée, jai eu limpression de retrouver de façon très naturelle un espace familier que le temps avait mis en veilleuse. |
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![]() Avant le jour (1999). |
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| Justement, il y a un mouvement de caméra qui revient souvent dans vos films, celui du travelling, que jassocie pour ma part à une image du temps. Il me semble que cest là, dans ces lents mouvements de caméra sur le paysage, quon saisit au plus près les rapports qui existent pour vous entre le temps et le territoire. Cest très bien que vous parliez de cela, mais cest une chose à laquelle je nai pas vraiment réfléchi. Bien sûr, je sais que ces travellings ont un effet de continuité, leffet dembrasser le territoire (pause); ce que vous me dites là est juste même si je ny avais pas pensé en ces termes-là. Dans Paysage sous les paupières, les travellings permettent un jeu sur deux temps, un temps fictif et un temps réel (pause). Dans Avant le jour, ce sont les avancées du bateau qui permettent dembrasser le paysage tout en suggérant lidée de continuité. Dans vos deux films, on trouve une maison vide, ce quon appellerait dans le langage de notre enfance une «maison hantée». Peut-on y percevoir la métaphore dun territoire déserté, un peu à limage de la Côte-Nord? Je ny ai pas pensé comme cela en le faisant, encore une fois pas consciemment, mais par la suite, cest une lecture possible du film qui mest apparue. Au départ, la maison a une autre fonction: elle est importante pour ces gens, elle fait partie de leur imaginaire (pause). Cest ça le point de départ, mais vous avez raison, lautre lecture me paraît tout à fait justifiée. Vous aimez également beaucoup une autre figure visuelle, celle du paysage perçu à travers une fenêtre. Ça, clairement, cest pour moi le regard de quelquun. Jaime bien lidée du regard subjectif, de suggérer ce quun personnage voit. On peut dire la même chose du tableau quon trouve dans Paysage sous les paupières: ce sont des enfants, de dos, qui regardent vers lhorizon. Cest un geste que jaime, lidée dobserver avec un il humain, non pas objectif. Pour moi, les paysages ne sont surtout pas des objets esthétiques un point cest tout, je tiens à ce que les images dans mes films aient une correspondance avec lêtre humain dont je parle. Habiter un territoire, ce nest pas quelque chose de statique, il existe un rapport sensuel entre la personne qui est là et le monde. Cest ce quon trouve dans le geste dobserver de madame Simone, dans Avant le jour, qui ne sort presque jamais de sa maison et pour qui la fenêtre représente à peu près tout lunivers. On sent une grande continuité, une communauté desprit très forte entre Paysage sous les paupières et Avant le jour. Votre prochain film ira-t-il dans le même sens? Un imaginaire, un style correspondent à ce que lon est. Parfois, jai le goût de faire un film complètement différent des deux autres, mais... (rires). En fait ce nest pas moi qui le ferai différent, cest le sujet qui limpose en quelque sorte. Mon idée est de travailler sur les nomades du Nord, les gens qui vont travailler dans le Nord, qui se déplacent toujours, dans une espèce de quête perpétuelle, et jaurais le goût de faire un trajet, un grand trajet ou plusieurs petits qui feront un grand, qui traverserait le Québec, du fleuve jusquau Grand Nord. Cest encore assez vague dans mon esprit, et les possibilités sont vastes, mais lidée de la quête est vraiment au centre du sujet. Jaime toujours mettre en perspective le réel grâce à une figure métaphorique; là, jai le goût dexplorer un monde dhommes (rires), un monde plus dur, fait dimages de chantiers, de bûcherons... Je veux aller trouver les traces laissées sur cet immense territoire: celles des Amérindiens, mais aussi des grosses machines. À Shefferville, les mines ont créé un paysage incroyable: le territoire est mangé, littéralement. En fait, je voudrais pousser encore plus loin lidée du rapport au territoire, peut-être en incluant un récit fictionnel, qui guiderait le trajet en question tout en rendant compte des rencontres réelles que je vais faire. Aimeriez-vous réaliser un film de fiction? Je ne dis pas non, mais ce nest pas dans mes intentions actuelles. Pour moi, cest très important que la fiction ait des assises dans le réel. Ici, je parle bien sûr dune lecture du réel. De toute façon, ce serait une fiction faite à la manière du documentaire, avec une petite équipe, probablement des petits moyens de production aussi (rires). Jaime bien la fiction qui nest pas trop organisée, pas trop réglée, avec des non-acteurs si cest possible. Cela devrait avoir une très grande prise sur le réel. |
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| Entretien avec Paul Tana propos recueillis par Marie-Claude Loiselle [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 36-38 ] |
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![]() La sarrasine (1991). |
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| (...) Et le métier de Joe: constructeur de routes? En rapport avec la question de lenracinement et du territoire, la symbolique est forte! La route permet de donner un ordre au territoire, mais aussi de le parcourir. Joe essaye en fait de le maîtriser, de lui donner une forme humaine. Mais pourtant, cest comme si ce territoire-là, pour lui, était presque indomptable, il échappe à ce désir que Joe a dordonner les choses. Nous sommes ici très peu nombreux à habiter un espace qui nous dépasse totalement, et cette vastitude crée des angoisses. Ce territoire peut nous avaler, comme la nature avale Joe, et cest précisément pourquoi il est important pour des artistes de nommer ce territoire qui est le nôtre, de le décrire, de le peindre, de le filmer pour quil devienne un territoire intérieur, imaginaire, capable datteindre une épaisseur humaine. Une épaisseur que seule les expressions de la culture peuvent lui donner, sinon on se retrouve face à quelque chose de non seulement trop vaste, mais à la limite, insensé. (...) [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 103-104 p. 36-38 ] |
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| Entretien avec Serge Giguère propos recueillis par Pierre Barette [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 103-104 p. 39-41 ] |
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![]() Le roi du drum (1991). |
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| (...) Vous me disiez avant le début de lentretien que votre idée de faire un film sur Suzor-Côté est née de ce que vous venez tous les deux du même coin de pays. Jaime les mêmes montagnes, le même pays que lui (la région dArthabaska), et ce nest pas une figure de style, puisque six ans après en être parti, je me suis organisé pour trouver une maison dans la région, dans le village où il a vécu. Je ne peux pas vivre si je nai pas une rivière qui passe derrière chez moi, une colline devant. Jaime tellement les paysages, jen ai toujours filmé comme caméraman, entre autres dans le dernier film de Lucie Lambert, puis dans mon dernier film, rien! Là, jai le goût de me faire plaisir. Un personnage est toujours loccasion de faire du cinéma. Inconsciemment peut-être, jai choisi Suzor-Côté pour retrouver mon coin de pays, mes racines. Lui, qui est un ptit gars de la bourgeoisie, il a peint des personnages du terroir comme mon grand-père. Il était attiré par les gens humbles, les bûcherons, les gens du coin. Je me rends compte quil a peint le paysage, le territoire, bien sûr, mais quil la amené à un autre niveau en peignant les personnages qui lhabitent. Cest une sorte de fierté: comme certaines personnes sont fières davoir un bon fromage qui vient de leur région, moi je suis fier davoir Suzor-Côté (rires). Demblée, jai dabord choisi le lieu. (...) [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 103-104 p. 39-41 ] |
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