Les autres arts et le cinéma
propos recueillis par Claude Racine et André Roy
[ extrait seulement, table ronde complète voir 24 images n° 95 - p. 6-17]

De gauche à droite, Claude Racine et André Roy de 24 images,
Suzanne Jacob, Jean-Pierre Ronfard, Pierre Blanchetteet Stéphane Lépine.
(photo : Normand Rajotte)
Le caractère artistique du cinéma est loin d'être une chose acquise; et même dans un pays aussi petit que le Québec où toutes les possibilités d'expression de ce qui nous révèle en tant que collectivité et vient la cimenter devrait être un bien inestimable et inviolable. Sur tous les fronts les assauts fusent de ceux qui s'affairent (consciemment ou inconsciemment) à immoler ce qui reste d'un art cinématographique au nom des lois irréfutables de la pure raison commerciale. Venant de tous ces administrateurs patentés de notre cinéma - qui ont leur propre survie comme primordial enjeu -, disons cyniquement que cette attitude est dans l'ordre des choses, mais lorsque la mésestime se répand jusque chez nos confrères des autres champs artistiques, la solitude de ceux qui veulent encore aujourd'hui préserver ce qui reste au cinéma d'images (et de sons) vivants se fait plus pesante. Combien de fois nous sommes-nous heurtés à un mur d'incompréhension lorsque nous avons tenté d'échanger au sujet de cet art qui nous passionne avec des artistes ou des intellectuels pour qui le «bon film» (de préférence hollywoodien), loin de leur fournir une matière stimulante pour leur pratique, est celui qui les libère des affres de leur propre création.
Afin de tenter d'éclaircir les raisons de ce mépris (puisque c'est bien de cela qu'il s'agit), nous avons réuni trois hommes et une femme liés à diverses disciplines artistiques, que nous avons souhaité avant tout voir posséder un commun égard pour le cinéma. Jean-Pierre Ronfard est metteur en scène, comédien et auteur de plus d'une vingtaine de pièces à ce jour, dont la plus marquante est certainement Vie et mort du roi boiteux. Il est également cofondateur du Nouveau Théâtre expérimental et de l'Espace libre de Montréal. Suzanne Jacob est nouvelliste, poète, essayiste, auteur-compositeur, en plus d'avoir signé les romans remarqués Flore Cocon, Laura Laur, La passion selon Galatée et L'obéissance. Pierre Blanchette est peintre. Depuis plus de vingt ans, il participe à de nombreuses expositions ici et à l'étranger. Artiste invité au Symposium de peinture de Baie-Saint-Paul en 1997, ses oeuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées. Stéphane Lépine, quant à lui, est réalisateur-animateur des émissions Paysages littéraires et Documents littéraires diffusées sur la bande FM de Radio-Canada.

Marie-Claude Loiselle



«L'objet film n'est pas indépendant du lieu où il est projeté. De se retrouver dans une ambiance de supermarché n'est pas un aspect négligeable, si on pense au cinéma Quartier latin(...) C'est dur!... Même pour moi qui ne me donne pas pour cinéphile.»
Jean-Pierre Ronfard

«(...) le cinéma a saturé ses bandes sonores, si bien qu'il n'y a plus d'espace où je puisse respirer et penser. Il y en a qui vont dire: «Mais qu'est-ce qu'elles ont, ses oreilles!», mais il faut savoir comment l'oreille habite tout le corps, c'est-à-dire de haut en bas, comment elle énerve aussi tout le corps. Et si tout le corps est énervé, il n'y a pas de place pour penser, donc pour être interlocuteur de cette uvre-là.»
Suzanne Jacob


«Il y a des pans entiers de cet espace que l'on occupe qui ne sont pas traités.(...) Je suis allé jusqu'à Havre Saint-Pierre à moto, aller-retour, et j'ai vécu là, dans le rapport au territoire, à la distance, quelque chose que l'on peut difficilement expliquer. J'apprécie qu'un film arrive à saisir un brin de ce quelque chose que j'ai traversé là, et je ne crois pas que nous en ayons terminé avec notre quête d'identité. Loin de là!»
Pierre Blanchette

«Nous allons devoir aussi parler de la compétence (ou plutôt de l'incompétence) de ceux qui parlent du cinéma, et de la manière dont ils en parlent.(...) Il faut qu'il y ait des passeurs pour permettre au spectateur d'approcher une uvre, d'avoir des clés poury entrer. Et si les médias ne font pas ce travail-là, évidemment que le cinéma ne sera jamais perçu autrement que comme un divertissement.»
Stéphane Lépine