Portrait
Roy Dupuis
par Stéphane Lépine

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 30-33 ]
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[...] Je rencontre l’acteur dans le café de l’Usine C, au lendemain des élections présidentielles américaines. Sa colère et son indignation sont féroces. Roy Dupuis, né au pays des mines et de Richard Desjardins, aime l’Amérique. Il se sent une appartenance grandissante et prégnante aux nations fondatrices (cet aspect du scénario de Mémoires affectives avait d’ailleurs chez lui des résonances intimes). L’américanité est inscrite dans son imaginaire et dans son code génétique. Il aime et comprend Les États-Unis d’Albert recréés par son ami Marc-André Forcier, mais ceux des intégristes religieux, ceux des républicains obtus et fermés à l’Autre sous toutes ses formes le rendent furieux et amer. Pas de conversation débonnaire avec lui, qu’elle porte sur la politique US, le travail débilitant des médias ou les affinités électives entretenues au cinéma, au théâtre et dans la vie. Ses propos donnent de quoi tourmenter l’esprit durant de longues heures et sonnent comme un rappel à l’ordre. Car il y a de la droiture chez cet homme de principes, ennemi du puritanisme et des faux-semblants. Sans le moindre goût pour l’esbroufe et l’artifice, ennemi juré de la fausseté et de la corruption, Roy Dupuis, loin des mouvements de mode, des volte-face et des positionnements malins, dit se servir de ce métier pour s’exprimer, pour explorer une part de lui-même connue ou inconnue. « J’ai besoin de connaître la matière sur laquelle je vais travailler et de considérer le projet important. J’ai besoin, à la lecture du scénario, d’entendre une voix forte et authentique. Le sujet peut être grave ou léger, le film commercial ou appartenir à ce qu’on appelle le cinéma d’auteur, dans tous les cas, j’ai besoin de sentir une authenticité, une vérité. » Ces mots reviennent sans cesse dans ses propos, lui qui jamais ne se dérobe à votre regard, lui dont le regard vous met à nu, lui qui se montre sans pitié face aux mondains, face aux faiseurs, face à ceux qui n’ont pas la plus haute idée de ce métier exigeant, qui consiste à donner vie aux hommes et aux femmes qu’entrevoit notre imagination.

Roy Dupuis est de ceux que l’écrivain André Suarès nommait « les grands vivants » : ceux pour qui la sensation d’exister ne se goûte que sur fond de risque permanent. Il est de ceux qui vont trop loin. Toute sa filmographie, jusque et y compris ses plus banales productions commerciales, proclame une logique de l’« outrepassement », où le beau et le laid, le bon et le mauvais goût n’ont plus cours. Roy est au-delà de ces catégories. La transe n’est pas prosélyte : on peut choisir de ne pas y entrer, pour goûter ailleurs des plaisirs plus raisonnables. Il est dès lors concevable de ne pas entrer chez lui tout comme on se refuse à entrer chez Sean Penn ou Anthony Hopkins. Mais il faut alors savoir ce que l’on perd : une certaine qualité de vertige sauvage, une cruauté de la joie, une algèbre des extrêmes.

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 30-33 ]