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Vérités et mensonges d'un documenteur Robert Morin |
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| Vérités et mensonges dun documenteur par Marie-Claude Loiselle Entretien avec Robert Morin propos recueillis par Georges Privet Le Petit Robert du grand Morin par Yves Rousseau et Georges Privet Lettre ouverte à Robert Morin en guise déloge du camping sauvage par Jean Pierre Lefebvre Robert Morin comme une question incontournable par Gilles marsolais Profession : médiateurs du réel par Philippe Gajan Morin par Morin propos recueillis par Georges Privet Autoportraits obscènes par Marco de Blois Entretien avec Lorraine Dufour propos recueillis par Georges Privet Le chantier créatif par Georges Privet |
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| Robert Morin na pas attendu les nouvelles techniques comme celle de la vidéo numérique pour sapproprier une liberté que refusent demblée les institutions et contourner la rigidité des structures de production mises en place précisément pour protéger notre cinéma policé contre les trublions comme lui... Ce faiseur de «vues», comme il aime à se définir lui-même, a ce côté insoumis et «délinquant» qui était le propre des Québécois davant leur domestication massive par la vie de banlieue. Plutôt que de courber léchine devant les normes économiques, esthétiques et idéologiques imposées à notre cinématographie, Morin préfère travailler à lécart, avec les moyens du bord, et, à la façon de tout bon «rabouteux» comme nous en avons tant connu chez nous, redoubler dinventivité afin de faire beaucoup avec le peu quil a sous la main... et toutes les images quil sapproprie. Et si le support vidéo, principalement utilisé par Morin, le confine inlassablement à la marge dun système à lintérieur duquel on a bien du mal à imaginer de toute façon quelle place pourrait occuper une oeuvre aussi débridée et insolite, par ailleurs, il est tout de même déconcertant et révélateur de constater que Robert Morin est un des très rares artistes actuels à faire intimement corps avec la société dont il est issu. On pense alors à un cinéaste comme Gilles Groulx, qui, dix-huit ans après Au pays de Zom, apparaît pour ainsi dire comme le dernier à avoir su saisir, autant par la fiction que par une voie plus «documentaire», quelque chose de notre réalité collective. Groulx est parvenu, en se battant, certes, jusquau bout contre les contraintes de toutes sortes, à tourner, à être cinéaste. Robert Morin, pour sa part, est arrivé exactement vingt ans après lui sur le «marché des images». Et, dès lors, plus rien na été pareil. Ainsi, cest tout notre cinéma tel quil est devenu, dans ses structures comme dans son conformisme, que Morin met à mal, et cela, par une absence de limites et dautocensure à tous points de vue. Morin tourne le couteau dans les plaies quil ouvre jusquaux entrailles. Il fonce, il plonge au coeur de ses sujets, et bien souvent, grâce à eux, jusquau cur de ce «nous» collectif, son travail, par cette quête didentité, prenant alors la forme dune sorte de thérapie extrême où lon sombre à mesure quon se dévoile. Insaisissable, singulière, loeuvre de Robert Morin a pourtant fait couler encore très peu dencre. Or, après vingt ans, force est de constater quelle incarne davantage quaucune autre ce pouvoir de liberté qui, aujourdhui plus que jamais, fait si radicalement défaut à notre cinématographie. Marie-Claude Loiselle [ 24 images n° 102 p. 6 ] |
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| Entretien avec Robert Morin propos recueillis par Georges Privet [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 102 p. 6-12 ] |
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| De Blanche-Neige à Antonin Artaud 24 images : Quels sont tes premiers souvenirs de cinéma? Robert Morin: (Rires) Je me souviens que jai pété les plombs à deux ans et demi en voyant la sorcière arriver dans Blanche-Neige! Jai fait une crise dhystérie; mes parents ont été obligés de me sortir du cinéma et de me mettre la tête sous leau! Après ça, jai fait tous les cinémas des salles paroissiales de Côte-Saint-Paul et de Saint-Henri. Les Looney Tunes, Tom Mix, des Hercule puis des Maciste. Cétait comme tomber dans une bonbonnière de matante (rires)! La première fois que je suis allé dans un vrai cinéma, cétait avec mon père pour voir Le pont de la rivière Kwai. Ça, ça mavait fessé dans le dash! [ entretein complet voir 24 images n° 102 p. 6-12 ] |
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par Yves Rousseau et Georges Privet [ 24 images n° 102 p. 13-15 ] |
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| ARMES Comme la caméra, le gun ou la mitraillette sont les amplificateurs du discours de ceux qui nont pas accès au discours officiel. Dans Requiem pour un beau sans-cur, lorsque Régis Savoie laisse un moment le revolver, cest pour empoigner une caméra vidéo et dicter son message au solliciteur général, censé ici représenter ce quon pourrait appeler le Pouvoir. Retourner la caméra contre soi équivaut à se braquer un revolver sur la tempe. Dans les deux cas on vise et on «shoote». Le narrateur du Voleur vit en enfer utilise aussi la caméra comme une arme, une forme de voyeurisme-exhibitionnisme actif qui est une constante chez les personnages de Morin. Y.R. |
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| BANLIEUE On pourrait broder sur la banlieue comme étant le lieu du ban (au sens dexil), où vont échouer les différents avatars du conformisme. Zone tampon entre les contrastes violents du centre-ville et la sauvagerie de la grande nature (pas rousseauiste le Morin, voir Windigo ou La femme étrangère), la banlieue aspire au titre de lieu du centre. Cependant, comme le pissenlit est impossible à extirper, leffet laminoir nest pas totalement efficace. Il y aura toujours une grenouille pour troubler les eaux aseptisées de la piscine hors terre. Suffit quun corps étranger ou déviant surgisse pour faire craquer le vernis des apparences, tel le jeune trisomique de Tristesse modèle réduit. Y.R. |
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| CAMÉRA Les personnages de Robert Morin finissent toujours par se «shooter». Quils sinjectent de lhéroïne, se tirent une balle dans la tête ou filment lhistoire de leur vie, ils cherchent tous ultimement à fuir la réalité qui les entoure et à redéfinir leur rapport au monde. Mais la caméra a un avantage sur larme et laiguille: elle permet de rester en contact avec le réel tout en le réinventant. Dailleurs, pour les personnages de Morin, la caméra devient vite un outil dexploration permanente: les protagonistes de Gus est encore dans larmée, du Voleur vit en enfer et de Yes Sir! Madame... (pour ne nommer que ceux-là) découvrent véritablement leur place dans lunivers en tournant leur caméra sur le monde quils occupent. Généralement trouvée par hasard ou léguée par un parent, celle-ci devient vite loutil dun film dont on nous dit souvent quil a été découvert dans les ruines dune maison abandonnée ou flottant à la dérive. Bref, un objet trouvé qui a permis à quelquun de se découvrir, et qui a accouché dun autre objet trouvé (le film) qui nous permettra peut-être de nous découvrir nous aussi... G.P. |
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![]() Quelques instants avant le Nouvel An. |
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| CHUTES Le cinéma de Robert Morin est fait de chutes: quil sagisse de celles que vivent ses personnages (qui nen finissent plus de descendre, de tomber, de dévier...) ou de celles à partir desquelles il fabrique ses oeuvres (plusieurs de ses films ont été tournés avec des restes de pellicule, complétés avec des images prises sur le vif et pimentés dextraits de scènes détournées de leur sens originel...) Filmant avec des bouts de ficelle des personnages qui perdent le fil de leur histoire, Morin est lun des plus grands «récupérateurs» de laudiovisuel mondial, une sorte de chineur de limaginaire, qui hante le dépotoir culturel de son époque et y trouve à la fois ses sujets (les laissés-pour-compte) et les moyens de son esthétique (celle de la «cour à scrap»). On pourrait même dire, en exagérant (mais à peine), que le cinéma de Morin part de la poubelle pour descendre aux enfers... G.P. |
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| DROGUE Toute la panoplie est réquisitionnée: légales (alcool, télé, etc.) et illégales (coke, pot, héroïne, etc.). Sans les réduire à cette facette, on pourrait dire que les personnages sont souvent des polytoxicomanes comme les «chambreurs» de Quelques instants avant le Nouvel An, dans lequel la télé et la bière sadditionnent et sannulent à la fois. Le cinéma lui-même peut être considéré comme une drogue. Comme il est difficile de vivre sans illusions, la liberté réside peut-être dans le choix de ses drogues et de leur effet. Si la télé se place décidément du côté des endormeurs de révolte, bref du côté des narcotiques, un bon film, comme une bonne drogue, devrait donner des visions, stimuler, inspirer voire révolter. Y.R. |
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| FÉTICHISME Quils avalent des couteaux, soulèvent des haltères, se réfugient au sommet dun poteau ou idolâtrent les chansons de Marcel Martel, les excentriques de Robert Morin entretiennent un rapport privilégié avec les objets grâce auxquels ils tentent de modifier leur rapport au monde. Leur attachement à ces fétiches na dégal que celui du cinéaste pour les objets-symboles qui jalonnent son cinéma: miroir (symbole du dédoublement), grenouilles (mascotte du colonisé), télévision (moyen daliénation) et caméra (instrument dexploration), auxquels sajoutent tous ces clins doeil, ces éléments récurrents et ces personnages que lon retrouve brièvement dune uvre à lautre, comme si toutes les histoires qui peuplent la planète Morin se déroulaient simultanément; comme si elles nétaient toutes que les différentes facettes dune même réalité insaisissable dans son ensemble. Chez Morin, le fétiche est nécessaire car il donne un sens à lunivers, singularise lindividu et ouvre la porte dun monde secret. G.P. |
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![]() Tristesse modèle réduit. |
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| MARGINAUX Détenus, bandits, évadés, junkies, Amérindiens, trisomiques, nains, insomniaques, danseuses de club, «chambreurs» en dérive, la liste est longue et ne doit pas faire croire que lunivers de Robert Morin se résume à un gigantesque freak show. Mais outre cette position excentrée, ces personnages ont autre chose de plus essentiel en commun. Morin en dit: «Je vois bien que les gens qui mintéressent sont ceux qui vivent dans la conscience de leur anéantissement». Mais cette conscience est terriblement exigeante, pour ne pas dire impossible, doù lusage fréquent des psychotropes et autre narcotiques. Les histoires de Morin sont souvent des chroniques de mort annoncée. Mais on ne disparaît pas si facilement ni si vite et en attendant, il faut bien faire quelque chose. En fait, le centre (tout comme le lieu du pouvoir en tant que tel, qui ne réside pas dans les parlements) nexiste à peu près pas dans luvre de Morin, sauf peut-être à létat de fantasme, celui de la banlieue, et dans un discours médiatique méprisé par le cinéaste et ses personnages. Un peu comme pour ce mythique «véritable réel», le vrai centre ne serait peut-être quune chimère, une création des agences de sondage et des médias? Lhypothèse vaut dêtre considérée. Y.R. |
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| MÉDIAS De tous les médias, la télé est linstrument le plus omniprésent, le plus accessible. «Plus présente que ne létaient autrefois les crucifix», disait Morin dans le numéro 78 de 24 images. Lanalogie religieuse en dit long. Le soin porté par Régis Savoie à la précision des détails les plus sordides (nombre de balles et à quel endroit elles ont troué la peau, cadeau au journaliste dun scrap-book où sont consignés ses exploits) dans Requiem pour un beau sans-cur relève davantage de la gestion de son image médiatique que du simple exhibitionnisme. Les médias les plus méprisés (journaux de type hebdo-photo-allô police, télévision populiste) sont les vecteurs dune sorte de chanson de geste destinée à limaginaire populaire, qui tient lieu de mémoire collective. Les médias sont-ils en eux-mêmes un pouvoir ou le vecteur de figures du pouvoir, le canal et la forme par lesquels les symboles sont diffusés ? Lattrait de tel ou tel culte vient-il davantage de sa mise en scène particulière (une grande force du christianisme) ou de la foi pure et dure? Y.R.. |
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| MÉTAMORPHOSES uvre contemplative sur les déceptions dun culturiste, Ma richesse a causé mes privations (qui tire son titre des Métamorphoses dOvide!) montre bien la fascination de Morin pour les transformations de tout ordre, pour les gens qui veulent devenir quelquun dautre et pour les êtres dont la différence (assumée ou non) est aussi inaltérable quévidente. Dans la mesure où il filme des transformations, Morin savère un conteur somme toute relativement classique, dont le sens de la construction narrative se conforme à plus de 2300 ans de tradition aristotélicienne. Là où Morin se distingue, cest notamment dans la manière dont il embrasse complètement la transformation de ses personnages; dans sa façon de sy identifier et de la compléter, puis de nous la tendre à la fois comme une caricature et un reflet de nos propres rêves. G.P. |
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![]() Photo : Robert Morin |
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| PHOTO Morin étant venu à limage mouvante après avoir touché à la peinture et à la photographie, on pourrait longuement sattarder sur les liens entre ses uvres dans ces deux domaines et lensemble de son travail vidéo-cinématographique. Contentons-nous de dire que son oeuvre photographique (qui se mêlait parfois à la peinture, et avait souvent une connotation politique) annonçait déjà le ciné-vidéaste par son intérêt pour le social et son approche instantanée, par sa volonté de mêler les formes et par son aspect inclassable. Il est dailleurs intéressant de souligner que lorsque Morin discute de son oeuvre hybride, il ne parle jamais de films et rarement de bandes mais presque toujours de «vues», tout simplement. Un terme qui décrit chez lui à la fois lobjet et ce quil donne à voir. G.P. |
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| REALITY-SHOW Cette expression doublement paradoxale (car quoiquelle soit dorigine anglaise, elle est surtout utilisée en français...) suggère bien le flou et le malaise qui entoure une grande partie de loeuvre de Robert Morin. Car chez Morin, la «réalité» et le «show» sont non seulement indissociables mais intimement liés, puisque ce nest quen les croisant quil peut vraiment fouiller la vie secrète (la seule qui compte) de ses personnages. Empruntant au documentaire son apparence de réalité, et retenant de la fiction sa capacité à incarner nos émotions, Morin a créé un style où la réalité et le «show» séclairent et se confondent. De là sans doute le malaise qui gagne certains devant laspect inclassable des oeuvres de cet auteur qui abolit non seulement les distinctions habituelles entre les types de cinéma, les formats et les genres, mais qui refuse aussi obstinément de «faire écran» entre nous et les personnages quil nous montre; embrassant complètement leurs fantasmes, leur discours et leurs obsessions; plongeant avec eux jusquau fond de labysse où ils se sont perdus (ou trouvés?)... et doù ils nous contemplent. G.P. |
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| SCHIZOPHRÉNIE Clinique et évidente dans Yes Sir! Madame... (qui sappelait originellement Double face!), la schizophrénie est le lot existentiel des personnages de Robert Morin, quil sagisse de La femme étrangère, qui est tiraillée par les expériences quelle a connues dans les deux tribus où elle a vécu, ou des Indiens de Windigo, partagés entre leur culture et celle du peuple (lui-même passablement schizo) qui les a conquis. Hésitant constamment entre le français et langlais, entre la révolte et la dépendance, entre la quête de liberté et lanéantissement, les personnages de Morin vivent dans un perpétuel entre-deux que son uvre reflète tant par sa forme (mi-cinéma, mi-vidéo) que par ses modes de narration (qui multiplient souvent les points de vue contradictoires sur une même action). Du reste, la schizophrénie est toujours, chez Morin, une réaction presque normale pour qui prend conscience de la complexité des choses. Mieux vaut lassumer pleinement si lon ne veut pas quelle nous mène malgré nous à la folie (Le voleur vit en enfer), au suicide (Requiem pour un beau sans-cur) ou au statut de mort-vivant (la petite vie de banlieue qui est pour Morin le pire des renoncements). G.P. |
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| VOYAGE Quils partent pour le Grand Nord (Windigo) ou quils senferment dans une piquerie (Quiconque meurt, meurt à douleur), les personnages de Robert Morin entament toujours un voyage qui les conduit au bout deux-mêmes. Chez lui, la quête extérieure se meut inévitablement en une quête intérieure, qui transforme les grands espaces en huis clos et le décor le plus anodin en un trou sans fond. Dailleurs, le voyage physique nest jamais, pour Morin, que lamorce dun périple mental, même lorsquil emprunte les apparences dun road movie pour tourner en rond dans la tête dun fou (Yes Sir! Madame...). Car où quils aillent, ces personnages ne peuvent échapper à ce quils sont: les ex-détenus de La réception portent leur véritable prison en eux; le colonisé de Yes Sir! Madame... charrie avec lui sa schizophrénie congénitale; et le personnage de La femme étrangère ne sera jamais chez lui où que ce soit. Chez Morin, le décor nest finalement quun accessoire, le voyage quune errance, et la réalité quune illusion. Pour lui, il ny a de vrai que les mensonges exposés par la chute, le destin révélé par la dérive et les vérités découvertes dans la descente. Un aller simple, qui ne lest jamais, et dont on revient rarement indemne. Bon voyage... G.P. |
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en guise d'éloge du camping sauvage par Jean Pierre lefebvre [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 102 p. 16-17 ] |
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![]() Le voleur vit en enfer. |
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| (...) Bref, si jadditionne tes propos, tes films et tes vidéos, si je fais la somme, disons de Yes Sir! Madame... et de la vie telle quelle est, je constate que vous avez, toi et tes rejetons, une obsession commune, celle du sens des choses et du support lui-même; en définitive, vous montrez la vie telle quelle nest pas dans la majeure partie de ses représentations. Profonde et bienfaisante délinquance. Car la vie telle quelle est ne connaît de rectitude aucune; la reproduire à limage des images sans imaginaire, sans regard et sans vision personnelle, cest la réduire à une copie conforme dune copie conforme dune copie conforme... Copier coller, copier coller, copier coller... Clonage de la pensée et de lémotion inertes. Comme si les nuages restaient éternellement les mêmes... Comme si tout était écrit davance, et au passé, dans le scénario du devenir... (...) [ texte complet voir 24 images n° 102 p. 16-17 ] |
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Comme une question incontournable par Gilles Marsolais [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 102 p. 18 ] |
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![]() Gus est encore dans l'armée. |
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Médiateurs du réel par Philippe Gajan [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 102 p. 19-21 ] |
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![]() Partant de la réalité dune petite communauté, Ma vie cest pour le restant de mes jours nous enchaîne à limaginaire dun peuple. |
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| (...) Tout compte fait, mieux vaut ne pas trop jouer au jeu des genres avec luvre de Robert Morin et Lorraine Dufour. Documentaire de limaginaire collectif ou fiction du réel, il est clair que cest la ligne floue entre les deux qui intéresse les vidéastes. Leur uvre nest ni sociale, ni psychologique. Elle émane dun véritable rapport au monde, une tentative dapprivoiser ce qui ne peut que nous échapper, cest-à-dire le réel. Pour arriver à leurs fins, ils utilisent, plus souvent quà leur tour, lauthenticité de gens qui nont plus rien à perdre, pour qui ce fameux rapport au monde nest ni théorique, ni philosophique mais bien plutôt une question de survie. Survie mentale du voleur qui sent passer le vent de la folie et qui pourtant a bien vu battre le cur de la dinde au four, survie mentale encore dEarl Tremblay, celui qui dans un même souffle sécrie «Yes Sir!» et «Madame», survie physique du beau sans-cur. Mais aussi survie de «personnages aliénés par leur environnement social et affectif, qui les empêche alors de se réaliser, mais qui vont, à et par la caméra cathartique, se révéler peu à peu à eux-mêmes»1. Et ce monde, cest le Québec daujourdhui, un Québec scruté à la loupe, à la fois décor et acteur des histoires simples de Robert Morin et Lorraine Dufour. En 1977, ils faisaient partie des huit fondateurs de la Coop Vidéo de Montréal. Ils ont depuis porté bien haut létendard dun regroupement collectif qui uvre pour le collectif. [ texte complet voir 24 images n°102 p.19-21 ] |
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par Morin propos recueillis par Georges Privet [ 24 images n° 102 p. 22-26 ] |
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![]() Le royaume est commencé. |
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| Motel (1974, 10 minutes). Un coup dessai, tourné nimporte comment, pour se faire un curriculum vitæ: «À lépoque, jétais assistant-caméraman sur un film pour Bell Canada. On montait à Québec, James Gray et moi, et on sest arrêtés dans un motel pour prendre une bière. On avait le kodak dans le coffre, et on est entrés dans le motel en filmant nimporte quoi: la cuisine, le poulet dans la marmite, les toilettes. On la mis dans notre c.v., parce quon était jeunes et quon voulait se faire un c.v. Cest juste un plan-séquence de 10 minutes, une bobine muette de 400 pieds. Mais cest un film que je ne renierais pas, parce que cest drôle à regarder. En plus, ça ma valu de me faire mettre à la porte de la production, alors... (rires)» Le sculpturiste (1976, 27 minutes). Une commande du Vidéographe sur le culturisme, réalisée à loccasion des Olympiques. «Ce nest pas vraiment une vue à moi, dans la mesure où ce nest pas un projet que jai initié ou qui ressemble à ce que jai lhabitude de faire. On nous avait demandé daborder des sujets reliés aux sports, mais de façon indirecte. Moi, javais choisi les culturistes. Mais cétait vraiment une commande: un documentaire très straight, avec des «têtes parlantes» et des stock shots. Cest sans intérêt, sinon que ça ma permis de rencontrer André Guilbault, le gars quon retrouve dans Ma richesse a causé mes privations.» Même mort, il faut sorganiser (1977, 30 minutes). Un petit documentaire sur une coopérative funéraire dont le slogan était (sans blague) «Même mort, il faut sorganiser». «Ça, cest un projet qui avait été commencé par un Français qui a fait faillite et qui nous a laissés, Saint-Louis, Lorraine et moi, avec son film sur les bras! Cest le film qui est à lorigine de la Coop Vidéo. Cest aussi là quon a commencé à travailler avec des voix off et à expérimenter avec toutes sortes de choses, tout simplement parce que cétait le seul moyen dessayer de sauver un film sans queue ni tête (rires)...» Le royaume est commencé (1980, 52 minutes). Les préparatifs dun mariage entre deux amis denfance qui sépouseront sous une banderole annonçant: Le royaume est commencé. «Ça, cest pas pire, même si cest deux fois trop long (rires). Il men reste le souvenir dune scène intéressante où on suivait en parallèle le gars et la fille qui se rendaient au mariage... Comme plusieurs des portraits qui ont suivi, cest quelque chose que jai fait sans trop savoir pourquoi, parce que javais besoin de le faire. Pour moi, cétait une réponse à tous ces documentaires de lONF où on prend deux personnages à Moncton et on appelle ça LAcadie lAcadie?!? Ces espèces de trucs où on essaie de te faire comprendre tout un problème social à partir de deux ou trois individus...» Gus est encore dans larmée (1980, 20 minutes). Faux home movie dun soldat qui tombe amoureux dun autre durant les manuvres. «Jétais caméraman pour un film de lONF à Petawawa avec la gang de la Coop. Comme on navait rien à faire le soir, on samusait en tournant nimporte quoi avec les restants des bobines. Quand les gens de lONF ont fait développer ça, ils ont vu toutes les affaires straight quon tournait le jour, et à la fin, toutes les affaires bizarres quon filmait le soir (rires)... Alors, lONF nous a envoyé une facture de 400 $! Mais ça ma vraiment donné la piqûre du cinéma. Avant ça, jétais content dêtre caméraman. Après, jai commencé à vraiment vouloir faire mes propres vues.» Ma vie, cest pour le restant de mes jours (1980, 27 minutes). Dans un bar de campagne, un rembourreur tente, sous les yeux de son amie, dintégrer un numéro de cascadeur au spectacle dune danseuse nue. Étrange «happening» à mi-chemin entre le psychodrame et lorgie. «Ça, cest un accident que jai tiré de Il a gagné ses épaulettes. LInstitut québécois du cinéma mavait donné 5000 $ pour faire une vue sur des gens ordinaires qui font des choses hors de lordinaire... Alors, je me suis retrouvé avec ce cascadeur, quon a filmé dans un petit hôtel à Saint-Pie-de-Bagot. Et là, ça a dévié et cest devenu une espèce de descente où jai accompagné les gens que je filmais. Pour moi, cest la taverne de Bruegel! Quand jai envoyé ça aux gens qui avaient accepté le projet, ils mont dit que je ferais mieux de changer de job! En entendant ça, je me suis dit: «Vous voulez que jarrête? Ben, je vais continuer (rires)!» Il a gagné ses épaulettes (1981, 35 minutes). Morin nous convie cette fois à une promenade hilarante à travers le petit monde de lexhibitionnisme prolétaire, qui nous amène du «poteau-thon» de Gérard Vermette aux marathons du «roi de la marche». «Je me suis toujours demandé sil y avait un moyen de prendre une formule comme le reality show et den faire quelque chose dintéressant. Parce que ce quil y a de bien dans le reality show, cest que tu te retrouves face à des vraies personnes. Comment on les exploite, cest un autre problème... À partir de ce moment-là, jai commencé à faire une série de portraits qui se sont enchaînés les uns aux autres, pendant une couple dannées. Des choses que je nai jamais été capable de vendre et qui ne sont jamais passées nulle part...» |
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![]() Ma richesse a causé mes privations. |
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| Ma richesse a causé mes privations (1982, 26 minutes). Ou les aventures dun propriétaire de studio de culturisme qui décide de retourner à la compétition à 40 ans. Quelque chose comme Arnold Gratton. «Jai toujours été fasciné par les métamorphoses. Le culturisme, cest une des métamorphoses les plus visuelles qui puissent exister. Mais je ne voulais surtout pas traiter ça à travers le parcours dun gagnant. Au contraire, ça mintéressait de faire un truc existentiel sur un gars qui perd un concours... Lidée des tapes existentiels, cest de laisser naître la dramaturgie en donnant les éléments de base dune histoire que tu peux construire même si elle nest pas complètement visible à lécran. Tout ça pour éviter la manière démagogique dont 99 % des réalisateurs utilisent le cinéma...» A Postcard from Victoria (1983, 14 minutes). Ou quand les colonisateurs servent les fantasmes des colonisés. Une immigrante anglaise qui vient de débarquer à Victoria décroche un emploi de guide chez une Canadienne propriétaire dune réplique de la maison de lépouse de Shakespeare. «Jétais invité avec Lorraine au Western Front, à Victoria, qui est un centre dartistes qui donnent dans lart conceptuel et le vidéo feedback. Or, la matière sur laquelle on travaille, nous, cest lêtre humain. Quand on est arrivés là, on nous a dit: Vous avez trois semaines pour faire quelque chose. Mais moi, je suis un marathonien, pas un sprinter. Avec Lorraine, je suis tombé sur ces deux femmes-là. Et jaimais bien lidée que ce soit lAnglaise qui soit limmigrante, la loser, la pauvre! En fait, je voulais refaire Petra von Kant, mais en très, très, très petit (rires)...» Le mystérieux Paul (1983, 27 minutes). Paul est un avaleur de couteaux à la retraite. Malgré les interdictions de son médecin et de sa famille, il continue davaler des couteaux et des tubes de néon secrètement... «Le roi de la marche, quon voit dans Il a gagné ses épaulettes, était un des amis du mystérieux Paul et cest lui qui men avait parlé. Son histoire, dans le fond, cest le drame dun gars qui est obligé de faire en cachette les choses qui le passionnent, qui est obligé de prendre sa retraite parce quon lui pousse dans le dos. Comme ça va tous nous arriver un jour.» Le voleur vit en enfer (1984, 19 minutes). Un chômeur qui vient demménager dans un quartier pauvre filme la vie de son voisinage pour se convaincre quil nest pas en train de devenir fou. «Cest un film qui est né parce que jétais sur le b.s., que je navais pas dargent pour sortir, que javais juste une vieille Bolex à crinque et quelques vieux morceaux de film. Alors, je filmais ce qui se passait autour, sans vraiment avoir de plan.» Lorsquon lui demande où il a trouvé létrange maison triangulaire où habite le personnage principal, Morin part à rire: «Je restais là; cétait vraiment ma maison! Puis le voisin, cétait vraiment mon voisin! Et le titre, cétait un graffiti que jai vu écrit sur une porte! Le set-up est absolument documenté. Ce qui nest pas documenté, cest le personnage... Dans le fond, Le voleur..., cest un peu mon Rear Window. Sauf que là, linfirmité qui garde le personnage devant sa fenêtre, cest le b.s.» |
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![]() Toi, t'es-tu lucky? |
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| Toi, tes-tu lucky? (1984, 25 minutes). Portrait de Pierre, né nain dans une famille de nains où lon est clown ou lutteur, mais qui rêve dêtre «normal» et amoureux. «Cest peut-être le tape que jaime le plus dans cette série-là. Je pense que cest le plus curieux et le plus touchant. Cest peut-être aussi celui qui montre le mieux lespèce de mélange de fiction et de documentaire que jessayais de faire. Quand on entre dans le monde intérieur de Pierre, cest bâti comme une fiction. Alors quà dautres moments, cest vraiment construit comme un documentaire où on observe la surface de sa vie. Aujourdhui, je me dis que mes portraits qui ont le mieux marché, ce sont ceux qui sont nés dun coup de foudre entre moi et les gens que je filmais. Pierre et moi, on était vraiment devenus chums. Ça fait un boutte quon sest pas vus...» On se paye la gomme (1984, 25 minutes). Deux couples damis québécois regardent le film de leurs vacances au Mexique. À la fin de la soirée, une famille de Mexicains débarque à limproviste et demande à utiliser le téléphone... «Ça, cest vraiment un tape où je me suis complètement planté! Lidée, cétait de confronter de vrais touristes québécois à leurs comportements et à leurs contradictions. Je voulais les mettre en situation face au tiers monde. Mais ils nont jamais vu lironie de la situation et le film a complètement dérapé. Après une expérience comme ça, tu ne crois plus au pouvoir de laudiovisuel dapporter le moindre changement social...» Mauvais mal (1984, 29 minutes). Quinze ans avant The Blair Witch Project, Morin signait un faux documentaire dhorreur sur une petite ville dévastée par le chômage, la misère et... les loups-garous (!). «Jai toujours eu limpression davoir raté Mauvais mal, qui a été somme toute bâclé. Mais comme je passe beaucoup de temps dans cette région et que je connais bien ces gens-là, jaimerais faire une suite qui reprenne des scènes de loriginal et qui examine ce qui a changé depuis: les femmes qui sont parties, laugmentation du taux de suicide, la dévastation économique. Un mélange dhorreur, de cinéma contemplatif, de commentaire social et de réflexion politique. Et jaimerais le faire en filmant les mêmes personnes qui ont vieilli depuis ce temps-là. Un peu comme Michael Apted avec 42 Up...» Quelques instants avant le Nouvel An (1986, 23 minutes). Un déficient mental léger arrive dans une maison de pension la veille du jour de lAn et passe la soirée avec un locataire à regarder une émission exaltant les années 70. «Yvon Leduc, de la Ligue nationale dimprovisation, avait eu lidée dun pilote pour une série télévisée improvisée construite sur un canevas très lâche. La série aurait tourné autour dun déficient qui aurait été une espèce de chevalier moderne quon aurait suivi dépisode en épisode. Mais finalement, Leduc voulait que ça prenne une tournure, et moi, une autre. Alors, jai fini par moccuper de la caméra et on a tourné ça en une ou deux journées... À la fin, ça ne lintéressait plus, alors je me suis retrouvé à faire le montage. Cétait tellement tout croche quaujourdhui, ça passerait pour un film de Dogma. (rires)» |
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![]() Tristesse modèle réduit. |
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| Tristesse modèle réduit (1987, 83 minutes). Ou laliénation de la vie de banlieue vue à travers le regard dun garçon trisomique. «Une autre déception... Dans ma tête de naïf, de gars qui a tout le temps fait des vues à 500 ou à 1000 piastres, je me disais: Avec 750 000 $, je vais me payer la traite! Je voulais tourner en extérieurs, mais en faisant projeter les paysages ambiants sur des blue screens, pour avoir un effet dirréel, visualiser le monde imaginaire dun déficient. Puis un jour, le directeur de production ma dit: Où est-ce que tu ten vas avec ça? Avec le budget que tas, tu peux à peine te payer cinq acteurs pendant un mois! Alors, je me suis retrouvé à tourner une vue ben straight qui a été sauvée par le déficient lui-même. À larrivée, jai été très surpris que ce soit aussi bien reçu.» La femme étrangère (1988, 25 minutes). Portrait documentaire dune Brésilienne tiraillée entre deux mondes: celui des Indiens Yanomami, qui la kidnappèrent enfant et avec qui elle vécut pendant 24 ans, et celui dont elle est originaire, qui la rejette à son retour parce que ses enfants sont devenus des Indiens. Comme The Searchers version documentaire. «Au départ, cétait supposé être une bande-annonce pour essayer dintéresser des investisseurs à un long métrage racontant lhistoire de cette femme-là. Mais cétait une production compliquée à monter, une affaire de plusieurs millions de dollars. Alors, à un moment donné, je me suis dit: Fuck, jai autre chose à faire! Mais jai toujours les droits de lhistoire et jaimerais encore la produire. Cest vraiment Tarzan à lenvers, Tarzan au féminin...» |
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![]() La réception. |
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| La réception (1989, 77 minutes). Dix ex-détenus, dont un caméraman, sont invités par un hôte absent dans une vaste demeure isolée, où ils sont tués les uns après les autres. Suspense aux airs de psychodrame inspiré par Les dix petits nègres dAgatha Christie. «Ça faisait longtemps que je me disais: Pourquoi est-ce que les tout-nus auraient pas le droit de prendre des histoires célèbres et de les raconter avec des peanuts. Alors, je me suis dit que jallais prendre une histoire connue et que jallais la faire jouer par des gens qui ne létaient pas, en essayant daller plus loin que le drame proprement dit et daborder aussi quelque chose de politique. Je voulais essayer de montrer ce quest lâme dun prisonnier sans que ce soit faussé par le décor dune prison. En fait, je voulais filmer la prison quon porte en soi...» Preliminary Notes for a Western (1990, 22 minutes). Une méditation sur les archétypes du western classique et leur résonance à notre époque, inspirée par Toll Bridge, une nouvelle dErnst Haycock. «Ça, cest un échec (rires)! Jétais au Banff Center, une espèce de place dartistes, et je me suis fait avoir. On mavait invité pour faire cette vue-là pendant six semaines. Mais en bout de ligne, on ma imposé une équipe, parce quil se faisait aussi là de lentraînement de caméramans et toutes sortes de trucs... Alors, je me suis retrouvé avec une équipe lente, qui était incapable de faire de la caméra à lépaule. Javais 30 personnes autour de moi alors que javais juste besoin dun kodak. Il reste quelques plans intéressants quon a collés ensemble et que Lorraine a sauvés avec un voice-over...» |
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![]() Requiem pour un beau sans cur |
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| Requiem pour un beau sans-cur (1992, 92 minutes). Ou les trois derniers jours dun supercriminel, vu par huit personnes qui sen souviennent très différemment. Cest le film qui a révélé le vidéaste au monde du cinéma. «Jai commencé à exister en tant que cinéaste quand jai fait Requiem... Et lironie, cest que je voulais dabord faire ça en vidéo! Au départ, ça devait être sept ou huit personnes qui parlent face à une caméra, dans leur maison. Je voulais que ça ressemble à un reportage télévisé sur la vie de quelquun. Mais je nai pas été capable de financer ce trip-là en vidéo; ça aurait coûté 75 000 $ ou 100 000 $. À lépoque, cétait impossible de trouver de largent pour financer un vidéo de ce prix-là. Par contre, il était possible de trouver un million et demi pour le faire en 35 mm! À la fin, cest un film dont je suis relativement content parce que cest certainement une des choses qui est le plus proche de ce que javais en tête au début. Un bon souvenir...» |
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![]() Windigo. |
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| Windigo (1994, 97 minutes). Heart of Darkness en Haute-Gatineau, avec un leader amérindien à la place de Kurtz, un reporter télé à la place de Willard et un budget de 2,9 M$ au lieu des 30 M$ de Coppola. «Windigo, cest un film qui dit quon est tous les autochtones de quelquun; quon veut tous avoir le beurre et largent du beurre. Alors, forcément, ça fait pas des peuples forts... Le nationalisme, de toute façon, cest quelque chose qui ma toujours fait peur. Quand je vois les Québécois se promener avec des drapeaux du Québec sur la tête le 24 juin, je me cache... Pour revenir à Windigo, cest un film que jai limpression davoir manqué, qui nest peut-être que 60 % de ce que je voulais en faire dabord. Comme cétait un film sur un sujet très grave, je me disais quil fallait lalléger un peu, y mettre des séquences comiques. Mais finalement, pour des raisons de budget, la première chose quon a scrapée, cest justement les scènes comiques. À la fin, on était tellement mal pris quon a fini par tourner les 20 dernières minutes en une seule journée! Dur...» Yes Sir! Madame... (1994, 75 minutes). De son salon, Earl Tremblay nous montre le film de sa vie: celle dun parfait bilingue, totalement schizo, qui devient vendeur de minounes, présentateur de strip-teaseuses et candidat pour la «Big Blue Machine» de Brian Mulroney. «Jétais allé aux Îles-de-la-Madeleine pour faire de la caméra pour un ami... À un moment donné, javais tellement de matériel pris sur le vif quune histoire a commencé à se former. Et à partir du moment où jai su que le personnage allait sen aller en politique, ça a déboulé. Mais ça a quand même été long: cinq ou six ans de travail pour aboutir à 75 pages de voice-over... Ces films- là, comme Yes Sir!... ou Le voleur vit en enfer, sont faits comme de la peinture ou du free-jazz. Cest ma réponse à tous ces projets Ça, cest justement un projet que je me suis payé en disant: Ça va aller nulle part. Et ça ma libéré.» Quiconque meurt, meurt à douleur (1997, 90 minutes). Dans une piquerie, une descente de police filmée par la télévision tourne au bénéfice des assiégés lorsque ceux-ci prennent en otage un caméraman et deux policiers. «Jai déjà eu des problèmes de dope assez sérieux. À un moment donné, à la fin de Windigo, jai pensé me soulager avec de la grosse drogue. Je ne lai pas fait, finalement, et jai écrit cette histoire-là à la place. Je voulais faire quelque chose de tellement insupportable que ce serait presque de lordre de la sensation physique... Jusque-là, toutes mes vues étaient très conceptuelles. Mais là, jai eu limpression daller dans la sensation, dexplorer limpact presque physique quon peut créer en jouant avec des images et du son... Dans ce sens-là, cétait une nouvelle expérience, comme lont dailleurs été toutes ces vues-là. Certaines ont fonctionné, dautres nont pas marché et dautres sont seulement réussies à moitié. Mais lessentiel, pour moi, cétait de les faire et de continuer dexpérimenter...» |
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L'indécence chez Robert Morin par Marco de Blois [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 102 p. 27-29 ] |
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![]() Robert Morin, caméraman-réalisateur de Yes Sir! Madame..., cyclope fasciné jusquau voyeurisme par ses sujets. |
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| Ce qui se déroule à lécran est en effet généralement drôle. Toutefois ces images parfois graveleuses et souvent granuleuses, nous prennent de force, dautant plus que Morin filme la plupart du temps tel un amoureux enragé, avec une sorte daffection brutale, sans apprêt, la caméra happant les images et les restituant sèchement. Avons-nous réellement été conviés à assister à ce quon nous montre ou ne sommes-nous que des intrus? On peut même parfois douter que les sujets aient accepté dêtre filmés sous cet angle. Et pourquoi, au juste, aurions-nous envie de regarder ça? Nous éprouvons alors plusieurs sentiments contradictoires. Ainsi, une partie de notre malaise sexplique par le fait que le cinéaste sollicite continuellement le spectateur, lui renvoie la balle. Chez Morin, nous ne retrouvons pas cette barrière habituellement présente au cinéma, qui sépare le réalisateur de ses sujets et quon nomme «saine» distance. Morin fait quelques pas vers ceux quil filme, ceux-ci vont vers lui, et cest à cette frontière entre deux solitudes qua lieu la rencontre et que se met en branle la création. Si bien quil ne paraît pas y avoir de hiérarchie entre le filmeur et les filmés, puisque Morin ne surplombe jamais ses univers mais sy noie presque. Seul un réflexe de résistance nous retient de nous y engloutir nous aussi. Si lindécence de ces uvres fascine, elle provoque en même temps chez le spectateur une réaction de rejet. [ texte complet voir 24 images n° 102 p. 27-29 ] |
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Entretien avec Lorraine Dufour propos recueillis par Georges Privet [ intro seulement, entretien complet voir 24 images n° 102 p. 30-31 ] |
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![]() Robert Morin et Lorraine Dufour. |
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| Le chantier créatif par Georges Privet [ intro seulement, texte complet voir 24 images n° 102 p. 32-33 ] |
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![]() À propos de son projet intitulé T.G.I.F. (Thank Golf Its Friday), Robert Morin fait remarquer: «Lespoir de pouvoir changer le monde est complètement disparu avec la banlieue... Alors, je me suis dit que ce serait bien de parler du banlieusard comme dune aberration scientifique, dune espèce de parasite de lautomobile... |
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