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| [ Voir 24 images n° 93-94 p. 82-88 ] | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| La position de l'escargot (de Michka Saäl) Métamorphoses par Gérard Grugeau Wild man blues (de Barbara Kopple) Woody Allen dirigeant Barbara Kopple par Réal La Rochelle
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| The Odd One Dies (de Patrick Yau) L'absurde condition de l'être humain par Philippe Gajan |
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![]() Un voyage surréel dans un imaginaire halluciné. |
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| La crise que traverse actuellement le cinéma de Hong-Kong - en vrac, le rattachement à la Chine continentale, la crise économique, la percée sans précédent jusqu'ici du cinéma hollywoodien sur les écrans hong-kongais et l'exil doré des vedettes locales, comme John Woo, vers ce même Hollywood - oblige les cinéastes à inventer de nouvelles formes d'expression afin de reconquérir leur public sans pour autant tabler sur une surenchère des budgets. À ce jeu-là, un jeune réalisateur, Patrick Yau, fait merveille avec The Odd One Dies. Lorgnant à la fois du côté de Wong Kar-wai en ce qui concerne la créativité visuelle, l'alternance d'accélérés et de ralentis qui soulignent très fortement l'action, voire même la thématique (la difficulté de communiquer, par exemple ou tout simplement l'aspect urbain), et du côté du cinéma de genre auquel il emprunte une partie de sa mythologie, celle des triades dans ce cas, The Odd One Dies se situe au confluent de ces deux influences majeures. L'uvre de Patrick Yau - on a pu voir aussi The Longest Nite, son uvre la plus récente, dans le cadre de Fant-Asia qui décidément s'avère indispensable année après année pour qui s'intéresse à un cinéma en constante évolution - est pourtant plus qu'une habile transgression ou un simple déplacement. Le personnage principal, Mo (Takeshi Kaneshiro), figure étonnamment antihéroïque d'un paumé qui accepte un contrat de tueur à gages, bientôt flanqué d'un alter ego féminin, nous entraîne dans une étrange plongée introspective au cur d'une ville désincarnée. Hong-Kong affiche sa postmodernité et les êtres qui la hantent font plutôt dans la crise existentielle. Pour montrer cela, le cinéaste affectionne les brusques ruptures de ton, alternant les scènes haletantes avec des moments de pause connotant le vide sidérant de ces existences à l'instar de l'intérêt maniaque que notre «héros» porte à l'hygiène corporelle. L'une des marques les plus singulières de The Odd One Dies reste l'absurdité dans laquelle tout le film baigne. Que ce soit à l'aide du recours au comique de répétition, aux ellipses qui défient toute logique, à une faune disparate ou encore à cet étrange romantisme fin de siècle, Patrick Yau nous convie à un voyage surréel dans un imaginaire halluciné. Le film acquiert dès lors une densité bien supérieure à celle que l'on peut retrouver dans des uvres qui ont fait de l'autoréflexivité leur marque de commerce. Loin de se complaire dans une observation de la poésie urbaine et de la solitude de l'être humain vivant dans la ville, le cinéaste capte un état d'esprit et tente de le pousser dans ses derniers retranchements. En ce sens, Patrick Yau va plus loin que Wong Kar-wai dont le cinéma, en comparaison, reste plus formel. Les personnages de The Odd One Dies, tout aussi désemparés que ceux de Happy Together par exemple, ne se retranchent plus dans la poursuite de chimères, mais au contraire vont défier leurs propres échecs, ce qui justifie a posteriori des attitudes carrément suicidaires. Une des scènes récurrentes du film, à cet égard, est cette séquence loufoque où Mo, pour prouver sa capacité à honorer un contrat, tente de poignarder le chef du gang qui le mandate mais ne réussit qu'à lui trancher les doigts. Les acolytes du mutilé se précipitent alors par terre à la recherche des précieux appendices qu'il faut conserver dans la glace. Constamment, des scènes de violence telles que celle-ci, aussi explosives qu'inattendues, tant dans leur irruption que dans leur déroulement, sont désamorcées par des pirouettes de ce genre. Pourtant, et c'est paradoxal, à aucun moment le film ne verse dans le burlesque. Patrick Yau réussit à se tenir en équilibre entre les genres. uvre inclassable, totalement imprévisible, voire déroutante, The Odd One Dies représente assurément un courant novateur dans ces cinématographies d'Asie qui n'arrêtent plus de nous surprendre agréablement. The Odd One Dies Hong-Kong 1997. Ré.: Patrick Yau. Scé.: Wai Ka-fai. Ph.: Cheng Siu-Keung. Mont.: Wong Wing-ming. Mus.: Wong Ying-wah. Int.: Takeshi Kaneshiro, Carmen Lee, Byun Woo-Nin. 89 minutes. Couleur. |
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