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| [ Voir 24 images n° 119 p. 55-63 ] | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Soraïda, une femme de Palestine de Tahani Rached État de siège par Gérard Grugeau Mémoires affectives de Françis Leclerc Mythes et mémoire par Pierre Barrette The Beautiful Washing Machine de James Lee La beauté de l'étrange Vu au Festival des films du monde par Gérard Grugeau Welcome to Kentucky de Craig Welch En périphérie de Marienbad par Marco de Blois Ont collaboré : Pierre Barrette [P.B.], Marco de Blois [M.D.], Marcel Jean [M.J.], Jacques Kermabon [J.K.], Gilles Marsolais [G.M.]. The Brown Bunny de Vincent Gallo Code 46 de Michael Winterbottom Collateral de Michael Mann Control Room de Jehane Noujaim Elles étaient cinq de Ghyslaine Côté The Manchurian Candidate de Jonathan Demme La planque d'Alexandre Gagnon et Thierry Gendron The Village de M. Night Shyamalan |
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![]() Soraïda, au centre. Un film porté par une parole qui se fait « arme ». |
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| Soraïda, une femme de Palestine de Tahani Rached État de siège par Gérard Grugeau Le dernier film de Tahani Rached est placé sous le signe de la parole, une parole en mal dexpression qui nomme sans détour loccupation israélienne de la Cisjordanie et dénonce loppression de tout un peuple déchu de ses droits ancestraux sur sa propre terre, un peuple en résistance dans lattente déchirante du retour du pays perdu. Pour les Palestiniens assiégés, emmurés, cette occupation est comme une tumeur proliférante qui étrangle lespace mental, réduit « lhorizon de la pensée » et colonise jusquaux rêves, créant ainsi une sorte de « réalité hallucinatoire » qui rappelle lévocation quen faisait Assaf Oron, du mouvement des refuzniks*, dans sa Lettre aux Juifs américains. Cette parole catharsis qui se libère ici est portée essentiellement par Soraïda, Palestinienne de la diaspora née en Colombie et, plus que jamais, écartelée dans son identité depuis léclatement de la seconde intifada. Entre la combattante de jadis, lépouse, la mère, la sur, la voisine, la militante des droits des femmes active auprès de lAide juridique, Soraïda multiplie les rôles et sefforce de concilier les morceaux épars dune identité morcelée, même si le rapport aux enfants, qui protègent des pesanteurs du réel et quil faut initier au devoir de mémoire, prend le pas sur tout le reste. Le ciment unificateur du monde auquel appartient Soraïda, et plus largement de la psyché palestinienne, reste lattachement à la terre. Une terre passion à propos de laquelle le poète Mahmoud Darwich écrivait : « Nous sommes dans la chair de notre pays. Il est nous ». Et cest cette empreinte viscérale du pays dans les curs et les esprits qui permet de supporter tant bien que mal les humiliations d« une culture de la mort » contre nature, vécue au quotidien. À travers lamour de Soraïda pour sa terre et son engagement envers les siens, Tahani Rached sattache à décrire la vie dans un quartier de Ramallah qui résiste au jour le jour par des petits gestes arrachés à lhorreur et parvient à préserver dans la tourmente un certain art de vivre teinté dhumour et de fatalisme. Elle rend compte du passé inscrit dans le cheminement des gens (le combat sans fin et sans gain, la perte didentité) et expose la solidarité intergénérationnelle des femmes prises dans la spirale de la guerre. Avec une grande capacité danalyse, celles-ci se questionnent sur les rapports ambivalents qui lient lopprimé et loppresseur, sans passer sous silence pour autant la violence inévitable quengendre la non-reconnaissance par lAutre dun avenir qui ne peut pourtant être que commun. Comment, au-delà de la colère et de la honte, faire prévaloir la dignité et le courage, comment préserver son humanité (lenjeu du film, et de toute guerre) et sa liberté desprit face à un adversaire meurtri lui aussi dans sa chair et qui recule devant ses responsabilités historiques ? Fragiles, les mots sont là et ce trop-plein de parole se fait « arme » pour apprivoiser la douleur, limpuissance, la colère, lespoir pour tenter de convaincre et de rapprocher malgré les brûlures de lhistoire. À la faveur des entrevues, des échanges, la caméra attentive de Jacques Leduc saisit le paysage intérieur tourmenté dune femme remarquable et de son entourage. Si cette parole souveraine émeut par sa franchise face aux enjeux du conflit et génère le formidable supplément dâme qui fait si cruellement défaut au spectacle complaisant des actualités télévisées quotidiennes centrées sur la seule représentation de la violence, elle marque aussi les limites de la démarche généreuse de Tahani Rached. Au-delà de lémouvant témoignage humain, Soraïda, une femme de Palestine souffre dun déficit de cinéma, dune abdication du voir devant le dire. Constamment stimulant en dépit de ses manques, le film relaie certes une parole qui, par son déferlement incessant (et quelques redondances), renvoie à lobsession de lenfermement, mais il délaisse aussi trop souvent un travail sur le son et limage pour rendre prégnante la sensation physique du « ghetto », donner à voir linscription des corps dans un espace sans doute limité par les conditions mêmes de loccupation (et du tournage), mais que lon voudrait davantage ressentir comme à la source de lidentité dun peuple qui a « grandi dans les blessures». Quelques trop rares échappées favorisent le primat de limage en captant fugitivement la réalité des territoires occupés, ou ce « vaste ciel ouvert », miroir de lindomptable liberté de Soraïda. Prisonnier de loppressante forteresse des mots, le film en oublie le pouvoir sublimant du cinéma et échoue en partie dans son désir doffrir pleinement à notre regard cette terre contrastée de Palestine tant chérie. Soraïda, une femme de Palestine nen reste pas moins un film essentiel qui provoque chez le spectateur un irrépressible élan de solidarité avec une femme exemplaire, dont les propos et les comportements portent toutes les douleurs et les espérances dun peuple floué par lhistoire. * réservistes réfractaires de larmée israélienne. Soraïda, une femme de Palestine Québec, 2004. Ré., rech. et scé.. : Tahani Rached. Ph. : Jacques Leduc. Son : Yann Cleary. Mont.: Hélène Girard. Mont. son : Claude Beaugrand. Mus. : Jean Derome. 119 minutes. Couleur. Prod. : Yves Bisaillon (ONF). Dist. : ONF. |
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![]() Roy Dupuis. Une quête didentité où se lient lindividuel et le collectif. |
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| Mémoires affectives de Françis Leclerc Mythes et mémoire par Pierre Barrette Avec son premier film (Jeune fille à la fenêtre), Francis Leclerc avait non seulement fait la preuve quil maîtrisait un style cela, de plus en plus de jeunes cinéastes nous le jettent au visage sans ménagement , mais quil pouvait aussi développer une histoire et établir un ton, ce qui semble déjà plus rare. Mémoires affectives, son second long métrage, révèle un auteur : quelquun qui use du langage cinématographique comme dun outil quil sest approprié, et qui le met au service dune sensibilité éminemment personnelle, dune vision du monde et de la réalité qui tend à luniversel alors même quelle est on ne peut plus ancrée dans un espace concret, celui du territoire, du pays, pris ici dans le sens le plus fort du terme. Le motif qui est filé de bout en bout du film est celui de lenquête, avec au cur du récit le passé énigmatique dun homme qui a perdu la mémoire mais peut-être devrait-on parler plutôt dune quête, puisque lobjet de cette investigation, moins quune vérité cachée, concerne lidentité et la construction de la subjectivité; moins quun secret, le sens de lexpérience humaine et des rapports avec autrui. Alexandre Tourneur est-ce un hasard si le personnage principal porte le nom de famille du célèbre réalisateur de Out of the Past ? , en creusant son passé, part en réalité à la recherche de lui-même, et les signes disséminés le long de la route où il sengage apparaissent comme autant dénigmes à résoudre, de fausses pistes, dindices qui lui révèlent le sens de son existence. La figure de lamnésique a souvent été exploitée au cinéma et dans la littérature, certainement à cause du riche potentiel narratif quelle recèle et des jeux sur le savoir quelle permet doù son importance dans les intrigues policières , mais on sait aussi sur quelles facilités elle débouche parfois; Francis Leclerc et Marcel Beaulieu (qui cosignent le scénario) les ont habilement évitées, en même temps que les pièges où il aurait été si facile de tomber. En outre, grâce au jeu et à la présence très forte de Roy Dupuis (qui a pris une maturité exceptionnelle depuis quelques années), leur amnésique est fascinant et jamais artificiel, à la fois plein de contradictions et humain jusquau bout des doigts, son histoire largement crédible et racontée avec une économie de moyens qui la rend exemplaire une sorte de mythe contemporain, où chacun peut retrouver une part des angoisses fondamentales qui lhabitent à divers degrés. Lidentification au protagoniste se fait dailleurs dautant plus facilement que nous découvrons en même temps que lui la réalité qui fut la sienne; le processus a quelque chose de profondément cathartique et fraye, on sen doute bien, avec les mécanismes de la cure psychanalytique, ouvrant de la sorte sur des révélations qui concernent ce quil est convenu dappeler après Carl Jung linconscient collectif. Cet aspect du film, qui permet de lier ensemble le destin individuel dun homme au destin commun du peuple québécois, est souligné de façon très précise par un insert sur la plaque dune automobile : le « Je me souviens » ainsi mis en relief devient le rappel ironique de la situation de Tourneur, en même temps quune invitation énigmatique à penser le sort de cet homme dans une perspective historique et sociale, et plus seulement psychologique. Les réserves quon peut avoir sur ce film qui développe une vision somme toute très puissante des jeux de la mémoire et de lidentité ont surtout trait à la direction photo : les variations de teintes à lécran, qui font passer les couleurs dun registre naturel à une sorte de gris-bleu uniforme, métallique, font penser parfois à une coquetterie doù nest pas exclu cette sorte de maniérisme esthétisant qui affecte, par exemple, le travail dun Denis Villeneuve, et qui trop souvent joue comme le signe un peu vide dune contemporanéité de surface. Mais dans la mesure où cela semble faire partie dune panoplie de moyens formels qui visent surtout à générer des atmosphères troubles, à créer un climat unique adapté aux tribulations psychologiques du héros, il faut reconnaître que leffet densemble est assez percutant. Leclerc a un sens du cadre, une façon bien à lui de construire ses images qui révèlent une profonde intimité avec les arcanes du filmage; il exploite au maximum le format grand écran, il nhésite pas à parsemer son montage de faux raccords et même à loccasion à faire disparaître un personnage au détour dun panoramique, laissant entendre de la sorte que la caméra en se déplaçant creuse le temps autant que lespace. Voilà une conception résolument moderne de la mise en scène, qui a de quoi réjouir; on nassiste pas tous les jours à la naissance dun cinéaste. Mémoires affectives Québec, 2004. Ré. : Francis Leclerc. Scé. : Leclerc et Marcel Beaulieu. Ph. : Steve Asselin. Mont. : Glenn Berman. Mus. : Pierre Duchesne. Int. : Roy Dupuis, Rosa Zacharie, Maka Kotto, Nathalie Coupal, Karine Lagueux, Benoît Gouin, Robert Lalonde, Guy Thauvette. 110 minutes. Couleur. Prod. : Barbara Shrier pour Palomar. Dist. : Alliance Atlantis Vivafilm. |
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| Welcome to Kentucky de Craig Welch En périphérie de Marienbad par Marco de Blois Étonnant cheminement que celui de Craig Welch. Son premier film danimation produit à lONF, un cartoon amusant et coloré intitulé No Problem (1992), ne laissait pas présager les deux films qui allaient suivre. Datant de 1996, How Wings Are Attached to the Back of Angels est une uvre en noir et blanc desprit surréaliste dont le rythme lent, les images très travaillées, le sens du détail, lhumour noir et le climat cauchemardesque annoncent un tournant majeur (ceux qui ont vu Crash de David Cronenberg lors de sa sortie en salle ont probablement conservé en mémoire ce singulier court métrage qui le précédait). Welcome to Kentucky sinscrit dans une veine graphique comparable, sauf que la narration paraît ici se désarticuler pour se faire plus allusive et perdre de sa transparence. Rétrospectivement toutefois, les trois courts métrages forment un tout cohérent en ce quils dépeignent un déséquilibre mental une sorte de mal de vivre dont Welcome to Kentucky serait lexpression la plus radicale et achevée. Lun des aspects les plus frappants de ce film est sa sécheresse émotionnelle, ce qui est étonnant compte tenu de la densité de son contenu (on y pressent une mort imminente, vraisemblablement par suicide). En fait, il ny a pas ici de déploiement de sentiments, mais plutôt la mise en place dune atmosphère de dépression et dangoisse qui se fait de plus en plus palpable. Il faut peut-être qualifier Welcome to Kentucky duvre « cérébrale », mais comme ce qualificatif a parfois valeur dinsulte, nous éviterons de lemployer ; disons que l« émotion » se manifeste ici par le travail sur limage et sur les transitions dune scène à lautre. Au début, nous voyons des parties dun corps masculin émergeant de leau tandis quune voix féminine entendue sur un répondeur téléphonique dit : « Allô ! Tu es là ? Où es-tu ? » Débute alors un long travelling gauche-droite, parfois interrompu par des recadrages, sur des paysages mornes et en noir et blanc (étendues deau, plaines, forêts) dans lesquels réapparaît souvent un insistant motif circulaire (soleil, il dun poisson, pomme, houppier). La voix revient à quelques reprises, vaguement enquiquineuse, comme si elle voulait nous ramener à la réalité alors que nous nous délectons dans une sorte de volupté morose. Des métamorphoses et des changements déchelle inopinés produisent des effets de surprise, comme lorsque des hommes se suivant à la queue leu leu se confondent avec des troncs darbres, qui deviennent ensuite des lignes verticales dans une tapisserie sur laquelle est accroché un poisson empaillé quon retrouvera plus tard dans leau... Commençant son film par une mort annoncée, le réalisateur étire pendant onze minutes ce bref instant de désespoir où il ne se passe rien, ce point dorgue, ces points de suspension, cette seconde avant que linéluctable ait lieu Le film réussit à opérer une étrange fascination grâce à lindéniable talent de dessinateur de Craig Welch (son style est extrêmement précis et privilégie les détails nets, aussi bien dans la suggestion des volumes que dans celle de la lumière) et à un rythme cinétique et musical rigoureusement maintenu (il faut dailleurs à ce sujet souligner que la contribution de Normand Roger à la conception sonore est indispensable à la réussite du film). Dans le joli monde bien consensuel de lanimation, Welcome to Kentucky est un film qui risque fort dêtre mal compris. Dune part, le cinéaste prouve ici son talent tout en refusant de jouer la carte de la virtuosité. Le mouvement, exhibé parfois jusquà lobscénité dans certaines uvres, se résume ici au strict nécessaire. Dautre part, le film de Welch est exigeant, il a été réalisé par un artisan dune impressionnante méticulosité et il témoigne dune réelle personnalité dauteur. Welcome to Kentucky Québec, 2004. Ré. et scé. : Craig Welch. Conception sonore et musique : Norman Roger. 12 minutes. Noir et blanc. Prod. et dist. : ONF. |
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| The Brown Bunny de Vincent Gallo Inutile de le cacher, le film de Vincent Gallo la scène finale en particulier, une fellation qui ne cache rien du membre érigé dudit Gallo avait suscité les sarcasmes de la Croisette en 2003 et a été descendu en flammes par une bonne part de la critique. Depuis, le réalisateur et acteur principal en a retouché le montage, en retranchant trente minutes. Nous ne parlerons ici que du film dans sa version originale de 119 minutes telle que proposée en compétition cannoise. Quy voit-on ? Un motard, interprété par un Vincent Gallo mutique, sur une piste de compétition, prenant la route, sentraînant dans une sorte de désert, séduisant des femmes pour les abandonner aussitôt Lencéphalogramme de cette dramaturgie est résolument plat. Nous sommes ailleurs, en deçà de la dramaturgie, dans une tension vers le vide, le blanc, le silence, la solitude. Les paysages défilent derrière le pare-brise dune voiture, le temps sécoule, la vie sécoule, sans but, rien narrive, rien de se résout. En dautres temps, nous aurions parlé dune errance, poussée par Gallo dans ses plus extrêmes retranchements, jusquà lépure. On peut sy ennuyer, jai été hypnotisé. Mais au-delà de cette expérience sensible, dans laquelle filmer du neutre confine à labstraction, il y a ce que nous voyons des États-Unis. À cette infra-vie de la dramaturgie fait écho une infra-vie de ces paysages américains, de ces bourgades désolées, vides, comme hors du temps. Un moment, Vincent Gallo sarrête chez un couple de personnes âgées, on comprend quils partagent des souvenirs, mais ils ne se disent rien ou si peu. La catastrophe a eu lieu, ne demeure que lhébétude. Au terme du film, on comprend rétrospectivement que Gallo a filmé labsence, le deuil, une solitude de culpabilité. Lapparition féminine finale est un fantôme, un fantasme, la fille de ces vieillards. Séclaire alors son énigmatique esquive des femmes croisées au fil de son errance. Ce film valait-il tant de hargne ? À moins que ce que fait payer la critique américaine à cet acteur reconnu, sexe-symbole à la séduction fruste, cest davoir tourné le dos à lestablishment et aux conventions du cinéma pour affirmer une démarche absolument solitaire, en complète indépendance. The Brown Bunny (É.-U., 2003. Ré., scé. et prod. : Vincent Gallo. Int. : Vincent Gallo, Chloé Sevigny, Cheryl Tiegs, Elisabeth Blake, Anna Vereschi, Mary Morasky.) 93 min. J.K. |
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| Collateral de Michael Mann Il y a un style Michael Mann, caractérisé par lemploi quasi constant dune musique dambiance et une conception très graphique de la mise en scène. Collateral, malgré le recours à une intrigue typée aux enjeux simplistes, permet au cinéaste dexprimer son style sans entraves, davantage encore quil ne lavait fait avec Heat (1995), le film qui sen rapproche le plus dans sa filmographie. Collateral repose sur une approche structurale du récit, le film jouant ouvertement de lutilisation dune série darchétypes pour les manipuler habilement et les détourner. Il en va ainsi des deux personnages principaux, interprétés par Tom Cruise et Jamie Foxx, deux hommes que tout oppose et qui doivent traverser ensemble plusieurs épreuves, chacun deux transformant lautre (la transformation est radicale dans le cas du personnage de Cruise). En anglais, on appelle buddy films les longs métrages qui présentent de telles situations (48 Hours, Twins, etc.). Ce sont généralement des comédies, genre auquel nappartient indubitablement pas Collateral qui expose demblée un sérieux de cérémonie. Une partie de lintérêt du film vient donc de la façon dont Mann applique une structure de comédie à une situation tragique, cela sans jamais sacrifier cette dernière sur lautel du comique (à lopposé de Die Hard : With a Vengeance, par exemple, qui est une comédie daction). Collateral se singularise aussi en ce que ladversaire nest pas extérieur au tandem de personnages principaux : Tom Cruise interprète un tueur à gages avec lequel Foxx est forcé de collaborer mais dont il cherche à contrecarrer les plans. Ce travail sur la structure du film hollywoodien, Michael Mann le poursuit par son approche plastique singulière, dominée par des références à la peinture et à la photographie hyperréalistes. Il en résulte une uvre hautement stylisée, qui a peu à voir avec lesthétique du cinéma de consommation courante. Collateral (É.-U., 2004. Ré. : Michael Mann. Ph. : Dion Beebe, Paul Cameron. Int. : Tom Cruise, Jamie Foxx, Jada Pinkett Smith, Mark Ruffalo). 120 min. Dist. : DreamWorks. M.J. |
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| La planque d'Alexandre Gagnon et Thierry Gendron Deux petits trafiquants qui ont détourné à leur profit une importante quantité dhéroïne squattent une usine désaffectée en attendant de recevoir de lextérieur laide qui leur permettrait den profiter. Mais la méfiance sinstalle entre eux, source dune tension croissante au sein de ce huis clos oppressant. Produit avec un budget ridicule de 30 000 $, ce petit film efficace rend fort bien à lécran cette tension, en évitant les écueils dun sujet familier. Les réalisateurs ont tourné en vidéo numérique avec deux caméras, chacune cernant lun des deux personnages, sans décors ni éclairage dappoint, en misant sur une bonne dose dimprovisation et les hasards du moment, tant pour les dialogues que pour les cadrages. Le spectateur a tôt fait de sadapter à la texture particulière de ce thriller psychologique qui correspond au délabrement des lieux et à ce que vivent intérieurement ces deux êtres perdus au bout de la nuit. En postproduction, les réalisateurs ont exploré davantage les limites du DV, pour aménager un flash-back tout à fait original, évoquant le traitement au fusain, voire la gravure à la manière noire, ou pour rendre compte de la destruction même de limage à linstar du destin suicidaire des deux personnages (Martin Desgagné et Pierre-Antoine Lasnier, excellents). La planque est une belle surprise dans le paysage cinématographique québécois de la part de deux jeunes qui, sitôt sortis de luniversité, ont osé contourner le système de production institutionnel. La planque (Qué., 2004. Ré. et prod. : Alexandre Gagnon et Thierry Gendron. Int. : Martin Desgagné, Pierre-Antoine Lasnier.) 70 min. Dist. : K-Films. G.M. |
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