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| Ont collaboré : Pierre Barrette [ P.B. ] - Julien Fronfrède [ J.F. ] - Gérard Grugeau [ G.G. ] - Marcel Jean [ M.J. ] - Marie-Claude Loiselle [ M.-C.L. ] - Gilles Marsolais [ G.M. ] - Fabien Philippe [ F.Ph. ] - André Roy [ A.R. ] [ voir 24 images n° 116-117 p. 87-92 ] |
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| Le bonheur c'est une chanson triste de François Delisle Ce qu'il reste de nous de François Prévost et Hugo Latulippe Depuis qu'Otar est parti de Julie Bertucelli Les égarés d'André Téchiné Good Bye Lenin! de Wolfgang Becker The Ladykillers d'Ethan et Joel Coen Monica la mitraille de Pierre Houle Nathalie... de Anne Fontaine The Passion of the Christ de Mel Gibson The Company de Robert Altman The Corporation de Mark Achbar Vues de l'est de Carole Laganière Zatoichi de Takeshi Kitano Zéro tolérance de Michka Saäl |
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| Le bonheur c'est une chanson triste de François Delisle critique par André Roy Anne-Marie, publicitaire en chômage, approche les gens avec une mini DV et leur pose une question : « Pour vous, cest quoi le bonheur ? » Au fil des rencontres, elle, ou plutôt sa caméra, nous met en face, le plus souvent pour un très court moment, de personnes, nombreuses, qui répondent peu ou prou à sa demande. Anne-Marie ne tourne pas un documentaire, sa caméra est utilisée comme un carnet de notes; ses pages sont ici des images et composent un film dans le film. Lacte de filmer est chez elle minuscule, privé. Son problème, cest quelle na aucune intention de filmer, cest-à-dire denregistrer un peu de réel, de le cadrer. Son geste est purement égoïste, narcissique même : cest celui qui lui permettra de trouver des raisons de vivre, elle qui est ici bien désespérée; elle éclate en sanglots plusieurs fois sans quon sache pourquoi (le film a un côté très sombre). Le cinéaste, bon point pour lui, na pas voulu « psychologiser » son récit. Par une fiction délibérément délitée, il nous force toutefois si nous voulons bien nous interroger sur le devenir du cinéma - à mettre en question le rôle et lemploi de la caméra de poche. Son Bonheur cest une chanson triste en devient presque un petit essai de sémiologie de la DV. Quand limage devient-elle un plan ? Que veut dire un plan en numérique ? Quel est la fonction du montage dans la continuité des images ? Quels sont les nouveaux rapports avec lespace et le temps quinstitue cette technologie ? Mais, malheureusement, le film nouvre guère dhorizons sur le filmage, le filmable et le filmé. La caméra stylo dAnne-Marie, plus discrète que voyeuriste, tout entière dans laléatoire, dissout plutôt le geste de filmer, et la morale quil pose. Pas de modification, de perturbation, de dépassement du réel, mais la seule captation. François Delisle, dont le premier long métrage, Ruth (1994), était plus que prometteur, ne nous offre ni une nouvelle façon de filmer ni, donc, un nouveau regard. Sa (trop grande) confiance dans le pouvoir de la minicaméra, et limprovisation quelle entraîne, dans lespoir que le filmage organiserait par lui seul les éléments du film, remplacerait une mise en scène et suppléerait au manque de scénario, débouche sur un film banal et boiteux. En bout de ligne : tout est dans le support (le contenant) et rien, ou si peu, nest laissé au récit (le contenu). Dommage, car dans le formatage généralisé annoncé du cinéma québécois, ce film aurait été nécessaire. Le bonheur c'est une chanson triste (Qué. 2004. Ré., scé. et prod. : François Delisle. Ph. : Édith Labbé. Son : Marcel Chouinard. Mont.: Pascale Paroissien. Int.: Anne-Marie Cadieux, Boucar Diouf, Frédérick De Grandpré, Kent McQuaid, Marie Brassard, Micheline Lanctôt.) 90 min. Dist. : Cinéma libre. |
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| Ce qu'il reste de nous de François Prévost et Hugo Latulippe critique par Gérard Grugeau Filmé clandestinement sur huit ans, Ce qu'il reste de nous se propose de faire entendre les voix des Tibétains de lintérieur et de documenter le véritable génocide culturel et politique dont ils sont victimes depuis linvasion de leur pays par la Chine en 1949. Disparition de plus dun million de personnes, destruction de plus de 6 000 sites sacrés, surmilitarisation, encadrement de la pratique bouddhique et campagne de « rééducation », pillage des ressources naturelles, stérilisations forcées, immigration chinoise massive et savamment orchestrée, acculturation : tels sont les terribles maux qui affligent une société ancestrale en voie de totale assimilation. Seul baume susceptible de panser les blessures : le retour du dalaï-lama qui lutte en exil pour la survie de son peuple et favorise une solution négociée avec loccupant. Et cest la parole despoir enregistrée sur cassette de cette figure tutélaire, que la narratrice Kalsang Dolma (réfugiée au Québec) apporte en secret à ses compatriotes, tout en nourrissant sa propre quête identitaire. Face à cette irruption du principe de réalité dans leur vie miséreuse, face à ce retour du refoulé par limage, les réactions sur le vif des Tibétains sont bouleversantes, certains livrant timidement à lécran, à visage découvert, une parole trop longtemps bâillonnée. Pouvoir du cinéma qui, dans son art de montrer, agit comme un éveilleur de consciences. Et comme le soulignait Serge Daney, « montrer est un geste qui oblige à voir, à regarder. Sans ce geste, il ny a que de limagerie ». Or, les auteurs du film suggèrent justement de regarder, et éventuellement de faire bouger les choses. Regarder dans les yeux un peuple digne et souffrant qui saccroche désespérément aux gestes millénaires de son héritage culturel pour ne pas disparaître. En dénonçant notamment lancrage du bouddhisme dans une forme de résignation, mais surtout lindifférence des Nations unies (alertées du génocide en cours dès les années 1950) et la complaisance des Occidentaux vis-à-vis de la puissance commerciale que représente la Chine, Ce quil reste de nous se veut un film politique contre « la déshumanisation du monde ». Mais « si quelque chose a été montré, il faut que quelquun accuse réception », poursuivait Daney dans sa réflexion. Et ce quelquun ici, cest bien sûr nous, la communauté internationale, seul espoir de la cause tibétaine. Communauté que François Prévost et Hugo Latulippe interpellent avec force, même si leur film-constat plutôt défaitiste et on les comprend néchappe pas totalement aux clichés didéalisation dun Tibet unidimensionnel refermé sur son rêve daccession à la liberté par la non-violence et dun statu quo qui nourrit linertie. Bien sûr, on ne peut quadhérer au vu de libération du peuple tibétain et le film a le mérite de dévoiler une vision de lintérieur, mais il fait aussi limpasse sur des aspects importants de la réalité, comme le passé de lutte de ce peuple, les dissensions suscitées par le choix douloureux entre lindépendance et lautonomie, voire entre la non-violence et le recours aux armes. Autant daspects éludés qui montrent que lHistoire est toujours plus complexe quil ny paraît, même si la « petite histoire » à visage humain reste toujours lessentiel. Ce qu'il reste de nous (Qué. 2004. Ré. : François Prévost et Hugo Latulippe. Avec la participation de Kalsang Dolma.) 76 min. Prod. et dist. : ONF. |
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| Les égarés d'André Téchiné critique par Fabien Philippe Le tournage au Maroc et en caméra numérique de Loin, son précédent film, aurait-il réconcilié André Téchiné avec lessence pure de son cinéma ? Il faut croire que oui au regard de son dernier opus, Les égarés, où il renoue avec léconomie dramatique et esthétique qui faisait la force des Roseaux sauvages. Le cinéaste saffranchit du système dramatique des Voleurs et dAlice et Martin qui, construit par fragments narratifs, altérait la limpidité des personnages et la fluidité de lhistoire. Ici, il retrouve le Sud-Ouest de la France, région de son enfance, pour un «roman dapprentissage» sur fond de Seconde Guerre mondiale. En confrontant une mère accompagnée de ses deux enfants avec un jeune inconnu, Yvan, Téchiné pose le nouveau jalon de son interrogation du désir et du modèle masculin, entamée avec Rendez-vous. Cette fois, lhomme est lié à la guerre, incarnant une figure de rumeurs plus que de chair. Et tandis que le gouvernement de Vichy se prépare au-dehors, les quatre égarés du titre délient, dans une maison isolée en forêt, les rapports sociaux classiques pour construire une famille naturelle. La jeune mère ira jusquà enterrer le revolver dYvan, geste ô combien symbolique de déni de lhomme adulte. Et la relation charnelle quils vivront sera plus proche de celle pratiquée dans les dortoirs dadolescents que des comportements conjugaux. Champs de bataille contre champ de linnocence. Voilà ce que le cinéaste fait de mieux : capter la pureté, à la lisière de la guerre des adultes. Baignée par la lumière chaude dAgnès Godard, la nature tarnaise engloutit littéralement les quatre réfugiés. Au point que limage saventure du côté du conte, entre évanescence lumineuse et drame embrumé. On joue aux morts, on joue à lamour. Tout lart de Téchiné demeure dans ce parfait équilibre entre sphère historique et bulle intimiste. Aux images de combats, formelles et fugitives, il oppose les plans fluides et le temps dilué de la forêt. Jusquà la résolution finale avec lintrusion des soldats qui remettront les pendules à lheure, au propre comme au figuré. À croire que le secret de linnocence dans le cinéma téchinéen résiderait dans le reniement du modèle masculin établi. Les égarés (Fr. 2003. Ré.: André Téchiné. Int.: Emmanuelle Béart, Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Clémence Meyer.) 95 min. Dist.: Christal Films. Sortie : 4 juin |
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| Vues de l'est de Carole Laganière critique par Marie-Claude Loiselle Il sagit dune très belle surprise que ce film de Carole Laganière, dans lequel la cinéaste sattarde à filmer quelques enfants du quartier Hochelaga-Maisonneuve, lieu où elle-même a grandi et qui traîne la lourde image dun des quartiers les plus défavorisés de Montréal. Ce sont sept enfants que lon découvre dans ce quils ont dattachant et de beau, exprimé à travers leurs douleurs et leur conscience précoce du rude jeu de la vie, mais aussi, et peut-être surtout, par leurs rêves et leur confiance en lavenir. Devant faire face quotidiennement à la pauvreté, classés selon les études et les statistiques comme les représentants mêmes de cette misère urbaine, ces jeunes perçoivent pourtant assez de lumière dans leur vie pour considérer que la pauvreté ne les concerne pas directement et ne touche que lautre, celui quils croisent dans la rue, celui quils voient sur une image denfants dailleurs touchés par la famine. Ainsi, ce que lon retient avant tout de ces sept enfants, cest bel et bien leurs espoirs : pour la toute légère Marianne, qui veut apprendre à voler, celui de retrouver son père lorsquelle sera grande, pour Vanessa, qui aime la musique, celui de pouvoir lenseigner, pour Maxime, dapprendre le métier de son père afin de lui succéder comme mécanicien, pour Samantha de devenir vétérinaire ou médecin. Malgré la tristesse qui habite la troublante Vanessa, malgré la colère qui fait perdre le contrôle à Jean-Roch, et malgré toutes les difficultés quotidiennes que lon devine plus quelles sont exposées, on sent autour de ces enfants la présence dun milieu qui peut aussi être attentif à eux, des parents soucieux du sort de ceux quils ont mis au monde. La solitude de ces jeunes est présente, mais nest jamais montrée comme une fatalité, puisquun père, une mère, une famille nest jamais loin. On peut dailleurs reprocher au film de ne pas nous avoir fait découvrir davantage le lien qui unit ces enfants à leur famille, car les rares moments où nous avons accès à cette relation sont parmi les plus beaux : le mécanicien, père de six enfants, pour qui lidée de transmettre quelque chose à ceux-ci est primordial, les mères aimantes et ayant le souci de léducation de leurs filles (Samantha ou Valérie), le père de Vanessa qui regrette avec tellement de lucidité davoir laissé filer sa chance dapprendre un métier. Carole Laganière trouve ici le bon niveau doù filmer ces jeunes. Nous sentons lattention quelle porte à chacun dentre eux, les filmant pour ce quelle aime en eux, mais aussi attrapant certainement au passage une part delle-même et de ses origines. Après ces trop brèves cinquante-deux minutes, nous navons que lenvie de connaître davantage ces enfants et cest à regret que nous les quittons si vite. Vues de l'est (Qué. 2004. Ré.: Carole Laganière. Ph.: Philippe Lavalette. Mont.: France Pilon. Mus.: Bertrand Chénier.) 52 min. Prod. et dist.: Nathalie Barton pour InformAction. |
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Zatoichi de Takeshi Kitano critique par Julien Frondère Après pas moins de vingt-six films sortis dans les années 1960 et 1970, le héros légendaire et véritable icône du panthéon du film de samouraïs japonais (le Chambara comme on lappelle) quest Zatoichi est de retour. Coup médiatique ultime, il est cette fois campé par nul autre que Takeshi Kitano, lacteur cinéaste qui ne cesse de porter brillamment aux yeux de lOccident létendard dun magistral renouveau du cinéma nippon. Kitano endosse donc un rôle quaucun autre naurait précédemment osé même imaginer reprendre (après la mort en 1993 de son incarnation au cinéma, lacteur Shintaro Katsu), celui du samouraï aveugle, masseur errant qui, en période féodale, va de village en village, finissant toujours aux prises avec une horde de personnages torturés, au passé trouble et à la dextérité martiale diabolique. Si le cinéma de Kitano possède un style très marqué, il était toutefois raisonnable de douter de la réussite de ce film hommage, tout en références. Mais Kitano est une force brute, un auteur authentique qui a réussi à faire sien un genre (et un pan entier de lhistoire cinématographique japonaise), lintégrant en parfaite symbiose dans son propre univers. Et cest bel et bien par là que lentreprise devient pur plaisir cinéphilique et que Kitano saffirme plus que jamais comme un cinéaste majeur. Grand spécialiste de lerrance au cinéma, il a réussi à transformer le samouraï Zatoichi en un très crédible émule de ses habituels criminels désuvrés et autres hommes brisés qui peuplent son cinéma, personnages qui, au gré de leurs dérives, symbolisent chacun à leur manière une quête du sens de lexistence humaine. Plus forte encore est la manière dont résonne ici, aspect si crucial dans luvre de Kitano, cette esthétique de la disparition (montrer rarement les éléments dinformation importants de la narration, terminer presque toujours les plans un peu après que les protagonistes sont sortis du champ, etc.) dynamisée par des personnages sur-présents (qui font souvent face à la caméra), le tout visant à mettre à distance le spectateur pour mieux lattirer progressivement, de façon quasi hypnotique. Mais, comme souvent chez Kitano, Zatoichi, le personnage principal, finit par seffacer graduellement (autre travail esthétique sur la disparition) pour laisser sépanouir au premier plan les nombreux seconds rôles du film. Car le cinéma de Kitano sait aussi être très généreux, voire profondément humaniste. Point culminant de cet aspect, la si belle scène de fin du film grande fête dont le spectateur sent très clairement quil fait partie , magnifique prestation de danse filmée frontalement à laquelle tous les protagonistes participent sans bien sûr Zatoichi/Kitano, déjà disparu vers de nouvelles aventures. Ou dautres films. Zatoichi (Japon 2003. Ré.: Takeshi Kitano. Int.: Kitano, Tadanobu Asano, Michiyo Ogusa, Yui Natsukawa.) 116 min. Dist. : Séville. Sortie : 18 juin |
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