Ont collaboré:
Pierre Barrette — P.B. Marco de Blois — M.D. Philippe Gajan — P.G.
Marcel Jean — M.J. André Roy — A.R.

[ voir 24 images n° 112-113 p. 75-79 ]
Home (de Phyllis Katrapani)
Insomnia
(de Christopher Nolan)
Laissez-passer (de Bertrand Tavernier)
Mariage tardif (de Dover Kosashvili)
Minority Report (de Steven Spielberg)
L'odyssée d'Alice Tremblay (de Denise Filiatrault)
Québec-Montréal
(de Ricardo Trogi)
R.I.N
(de Jean-Claude Labrecque)
Road to Perdition
(de Sam Mendes)
Spider-Man (de Sam Raimi)
Star Wars: Episode ll - Attack of the Clones
(de George Lucas)
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Jacques Gamblin et Charlotte Kady.
Laissez-passer (de Bertrand Tavernier)
critique par André Roy

Bertrand Tavernier est un amoureux du cinéma et un grand défenseur de sa mémoire. On se sera pas surpris qu’il rende, avec Laissez-passer, hommage à ses aînés, et guère plus étonné de son admiration pour les cinéastes de la «qualité française» et ses artisans (comme le scénariste Jean Aurenche, qu’il s’est empressé d’engager pour son premier film, L’horloger de Saint-Paul). On se souviendra comment Truffaut pourfendit cette QF dans un article célèbre. Pourtant, pour Tavernier, l’âge d’or du cinéma français correspond aux années de l’Occupation, pendant lesquelles les corps de métier du cinéma n’y ont fait que ce qu’ils devaient faire: tourner des films. Certes, ils n’étaient pas tous veules, et c’est ce que veut illustrer le réalisateur. Sauf qu’il s’y prend mal, parce que sa galerie de portraits fait de tous ces praticiens des métiers du cinéma des partisans de la Résistance (plus ou moins conscients, malicieux ou naïfs). Son film est univoque, et par là mensonger, car il y manque de contre-exemples, qui auraient joué le rôle d’«anti-corps» dans cette glorification d’une industrie collaborationniste dans son essence. Il se restreint à suivre le parcours — dont le point focal est la firme allemande de production La Continental — de l’assistant réalisateur (d’alors) Jean Devaivre et du scénariste Jean Aurenche; le premier devint un vrai résistant, l’autre s’est évertué à refuser tout contrat venant des Allemands. Cela précisé, que pouvons-nous ajouter? Que le film croule sous l’académisme de sa mise en scène, les anecdotes rétro et les notations nostalgiques. Que l’histrionisme des personnages et leur multiplicité (il y a 115 rôles parlants!) ainsi que la durée du film (près de trois heures) effilochent l’attention. Que l’ensemble, en fin de compte, est fade — le côté non-dit de l’époque (pas de collaborateurs, donc pas de coupables) y entrant d’ailleurs pour beaucoup —, timide — la terreur y étant évoquée de manière expéditive
(par un scénariste cachant son étoile jaune sous son écharpe) — et complaisant (les victimes du Service du travail obligatoire). Ce portrait de groupe, représentant en quelque sorte une éternelle douce France, est tout aussi déplaisant qu’ennuyeux.

Laissez-passer
(Fr. 2001. Ré.: Bertrand Tavernier. Int.: Jacques Gamblin, Denis Podalydès, Marie Gillain, Charlotte Kady, Maria Pitarresi, Marie Desgranges.) 170 min. Dist.: TVA Films.

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Tom Cruise et Samantha Morton.
Minority Report (de Steven Spielberg)
critique par Marcel Jean

Disons-le d’emblée, Minority Report est certainement l’un des meilleurs films de Steven Spielberg, c’est-à-dire l’une des œuvres les plus équilibrées de son imposante filmographie. Plus proche de Kubrick que ne l’était A.I. (la tentation totalitaire qui y plane peut rappeler A Clockwork Orange), cette adaptation d’une nouvelle de Philip K. Dick permet à l’auteur de Jurassic Park de
faire étalage de son formidable talent pour la mise en images. En effet, Minority Report est d’abord l’étonnante illustration d’une société futuriste, avec ses autoroutes, sa publicité omniprésente (ce qui est incidemment une source de revenus importante pour les producteurs du film) et ses surprenantes interfaces informatiques. Davantage que dans A.I., Spielberg semble ici avoir fait un travail maniaque de prospective, se positionnant un peu en Visconti de l’avenir tant chaque détail apparaissant à l’écran semble le fruit d’une recherche minutieuse.
Sur le plan thématique, Spielberg parle de culpabilité et continue à dénoncer le messianisme technologique, plaçant toujours sa foi en l’individu d’abord. Encore captivé par la figure du père (on se souviendra que Jurassic Park et Schindler’s List racontaient tous deux comment un homme apprenait à être un père), il construit son récit autour d’un personnage devenu policier à la suite de la disparition de son jeune fils. Cet homme est donc coupable de n’avoir pu empêcher l’enlèvement de son fils, et ses démêlés avec le système d’avant-garde qui le désigne meurtrier avant l’acte lui fournissent l’occasion d’expier sa faute et d’obtenir la rédemption. Pour cela, il lui faudra cependant sacrifier son père spirituel et sauver une jeune femme qui avait été enlevée à sa mère.

Film sombre au dénouement (trop) lumineux, film à la fois enlevé et cérébral – les trois voyants du film se prénomment Agatha, Arthur et Dashiell, références à peine voilées aux écrivains Christie, Clarke et Hammett –, Minority Report est une œuvre qui allie complexité et efficacité. Il s’agit pour Spielberg d’une convaincante fusion entre sa volonté d’être pris au sérieux et son penchant pour les formes et les jeux adolescents.

Minority Report
(É.-U. 2002. Ré.: Steven Spielberg. Int.: Tom Cruise, Max von Sydow, Samantha Morton, Colin Farrell, Tim Blake, Nelson.) 145 min. Dist.: DreamWorks.