Ont collaboré:
Pierre Barrette — P.B. Arnaud Bouquet — A.B. Marco de Blois — M.D. Philippe Gajan — P.G.
Gérard Grugeau — G.G. Marcel Jean — M.J. André Roy — A.R.
[ voir 24 images n° 106 p. 57-63 ]
Cast Away (de Robert Zemeckis)
La chambre des magiciennes (de Claude Miller)
Finding Forrester (de Gus Van Sant)
The Gift (de Sam Raimi)
Hannibal (de Ridley Scott)
Life Without Death (de Frank Cole)
Petite chérie (de Anne Villacèque)
The Pledge (de Sean Penn)
Quills (de Philip Kaufman)
Les rivières pourpres (de Mathieu Kassovitz)
State and Main (de David Mamet)
Thomas est amoureux (de Pierre-Paul Renders)
Traffic (de Steven Soderbergh)
La veuve de Saint-Pierre (de Patrice Leconte)
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Anne Brochet, Annie Noël (de dos) et Mathilde Seigner.
La chambre des magiciennes (de Claude Miller)
critique par Gérard Grugeau

Tourné en numérique avec deux caméras pour la chaîne culturelle Arte, La chambre des magiciennes surprend et séduit par la petite révolution que représente dans la filmographie de Claude Miller cette adaptation réjouissante d’un des chapitres des Yeux bandés de la romancière norvégienne Siri Hustvedt. En filmant au plus près la dérive intérieure d’une jeune étudiante en anthropologie passionnée de cultures primitives qui somatise sa vie faite de frustrations accumulées, l’auteur de Dites-lui que je l’aime et de La chambre blanche (pièce de théâtre filmée sur le thème de la psychanalyse) trouve dans l’outil numérique un moyen des plus adéquats de faire grincer allègrement les formes et de coller aux univers phobiques issus de son imaginaire sombre. Caméra au poing, mobilité du cadre, variation des échelles de plans, cadrages cassés, texture d’image chargée d’une inquiétante étrangeté, libération du jeu des acteurs (tous excellents): autant d’éléments concourant à faire de ce parcours initiatique aux confins de la folie un «drame comique» (voire grotesque) à l’ironie dévastatatrice qui débouche pour son héroïne sur l’apprentissage de la compassion au contact de la douleur des autres. Le cinéma troublant et attachant de Claude Miller a parfois tendance à souffrir d’une sorte de surmoi qui en limite le plein épanouissement (l’ombre de Truffaut dans La petite voleuse, celle de Festen et du Royaume dans le cas présent). Dans La chambre des magiciennes, la création se vit plus audacieusement... à l’image de son héroïne qui apprend à voir différemment et à reconstruire le monde en prenant ses distances par rapport au terrain miné et paralysant de la névrose. Grâce au numérique, Miller filme dans une sorte d’urgence jubilatoire (on la sent physiquement à l’écran) qui revivifie le regard et l’imaginaire. Il réhabite ainsi le cinéma de façon plus franche et spontanée sans se couper de son terrain de prédilection fertile en angoisses vénéneuses. - G.G.


La chambre des magiciennes
(Fr. 1999. Ré.: Claude Miller. Int.: Anne Brochet, Mathilde Seigner, Annie Noël, Yves.) 79 min. Dist.: Film Tonic.

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Anthony Hopkins, Julianne Moore.
Hannibal (de Ridley Scott)
critique par Marcel Jean

The Silence of the Lambs se terminait sur un plan montrant Hannibal Lecter (Anthony Hopkins) suivant à la trace l’ancien directeur de sa geôle sous le soleil d’un quelconque pays du sud. Le film a par la suite été couronné d’oscars en plus de faire courir les foules. Tout cela, on peut se le demander, justifiait-il une suite? On aurait pu croire que oui (pour des raisons cinématographiques autant qu’économiques), mais malheureusement la patte lourde de Ridley Scott et un scénario indigent ont réussi à faire d’un projet prometteur une bête entreprise commerciale.

Il y avait un sujet en or qui s’offrait aux auteurs d’Hannibal: le rapport entre la culture et la barbarie, le fait que l’art ne sauvera pas (toujours) le monde (c’est d’ailleurs l’une des leçons à tirer du nazisme). En effet, Hannibal Lecter, individu sanguinaire mais aussi médecin, homme de goût, bibliothécaire et historien de l’art, était le personnage idéal pour inaugurer une réflexion sur ce thème. Malheureusement, les deux stars qui signent le scénario du film — le cinéaste et dramaturge David Mamet et Steven Zaillian, qui a scénarisé Schindler’s List et le prochain Scorsese) — n’ont pu concocter autre chose qu’une histoire alambiquée et invraisemblable reposant sur quelques meurtres sophistiqués (pour la bande de commerçants aux commandes du film, ce sens du détail est important, car on vise ici plus large que le public adolescent qui fait honneur aux autres films de serial killers).

Le médiocre Ridley Scott (son Gladiator reste affligeant malgré tous les honneurs dont on l’a gratifié) ne pouvait évidemment pas sauver le plat. Il continue plutôt de donner des signes de plus en plus inquiétants de la pathologie qui l’amène à calquer maladroitement Kubrick. Je me contenterai d’un exemple: dans Hannibal, le vrai vilain est un infirme, comme souvent chez Kubrick où les hommes en fauteuil roulant ont toujours été suspects (voir Dr Strangelove et Barry Lyndon). - M.J.


Hannibal
(É.-U. 2001. Ré.: Ridley Scott. Int.: Anthony Hopkins, Julianne Moore, Gary Oldman, Ray Liotta, Giancarlo Giannini.) 131 min. Dist.: Universal.
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Life Without Death (de Frank Cole)
critique par André Roy

Journal de voyage, Life Without Death est un document minimaliste racontant la traversée du désert du Sahara, à dos de chameau, sur une distance de 7 100 km, de l’océan Atlantique à la mer Rouge, entre novembre 1989 et novembre 1990, de Frank Cole, qui signe ici son deuxième long métrage après Life (1988). Ce périple long et épuisant à travers plusieurs pays en guerre, le cinéaste l’a filmé seul, avec une caméra Bolex, une minuterie lui permettant de régler le cadre et de s’inclure dans le plan. Si Cole explique au début du film l’élément déclencheur de son voyage: la maladie et le décès de son grand-père qui provoquent en lui une volonté de vaincre la mort, ce qui nous vaudra quelques considérations sur la cryogénie et les régimes à basses calories, il l’oublie heureusement assez vite pour s’en tenir à un récit aussi précis que maniaque dans lequel dominent des plans immobiles qui confinent parfois, dans leur rigidité, à l’abstraction. Ce film rigoureux, épuré au possible, parfois un peu mécanique, se soumet au travail du temps du voyage, exorcisant le spectateur par son ton austère et l’hypnotisant par son rythme languide, à la mesure de l’impression d’enfermement et d’autisme que dégagent, contradictoirement, l’immensité et le vide du désert. Lui-même au centre de l’image, le cinéaste aimante notre regard et provoque à la fois fascination et malaise, suspense et angoisse (la traversée est dangereuse à cause des bandits et risquée à cause de son organisation réduite au strict minimum), au risque d’abolir toute distance, c’est-à-dire ce vide essentiel, sain qui laisse à notre regard son autonomie. On aura compris que ce voyage traduit à la fois une catharsis et une assomption, et que le film est une sorte de soliloque narcissique, auquel il est permis d’adhérer ou pas. Le film se conjugue, sans complaisance ni pathos, à un mode essentiellement autobiographique qui l’éloigne du reportage télévisé comme du documentaire militant. Life Without Death est le dernier film de Frank Cole car celui-ci est mort en octobre 2000, attaqué et tué par des bandits lors d’une traversée ultérieure du désert du Sahara. - A.R.


Life Without Death
(Can. 2000. Ré.: Frank Cole. Ph. et mont.: Frank Cole et Francis Miquet. Mus.: Richard Horowitz.) 83 min. Dist.: Necessary Illusions Productions.