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| 1988 De bruit et de fureur (de Jean-Claude Brisseau) par Marie-Claude Loiselle 1989 Route One Usa (de Robert Kramer) par Gérard Grugeau 1990 Bouge pas, meurs et ressuscite (de Vitali kanevski) par André Roy 1991 La fille aux allumettes (d'Aki kaurismaki) par André Roy 1992 An Angel at My Table (de Jane Campion) par Philippe Gajan 1993 Raining Stones (de Ken Loach) par Marco de Blois 1994 Au travers des oliviers (d'Abbas Kiarostami) par Gilles Marsolais 1995 Vive lamour (de Tsai Ming-liang) par André Roy 1996 La comédie de dieu (de Joao Cesar Monteiro) par Marcel Jean 1997 Mère et fils (d'Alexandre Sokourov) par Gérard Grugeau 1998 Hana-Bi (de Takeshi Kitano) par Philippe Gajan 1999 Le temps retrouvé (de Raoul Ruiz) par André Roy |
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| 1988 De bruit et de fureur de Jean-Claude Brisseau par Marie-Claude Loiselle [ 24 images n° 100 p. 5 ] |
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| Dès le début, la nouvelle équipe de 24 images donne le ton et scelle sa cohésion autour dun film fort et intransigeant, dans lesprit de ce qui, jusquà aujourdhui, lanimera. Second film de Jean-Claude Brisseau, De bruit et de fureur, après douze ans, apparaît toujours aussi percutant et réaffirme le bien-fondé de notre enthousiasme dalors . De bruit et de fureur prend pour cadre une cité HLM de la région parisienne, sans jamais toutefois considérer la vérité documentaire sur laquelle il repose comme une fin, comme un regard purement descriptif sur le monde à la façon de tant dautres films français à caractère social de ces dernières années dont les réalisateurs, sur des sujets semblables, se sont cassé les dents (pensons seulement à linfect et racoleur La haine de Kassovitz). Brisseau, lui, ne cherche pas à démontrer quoi que ce soit, pas plus quà dénoncer cet enfer au quotidien quil révèle pourtant implacablement (rappelez-vous cette scène absolument délirante où le père de Jean-Roger, interprété par un Bruno Cremer magistral comme toujours chez Brisseau, tire de la carabine dans lappartement), car ici le «mal» ne vient pas de lautre, mais il est bien en soi, en nous, au coeur de lhomme et nest exacerbé que par certaines conditions sociales particulières. Il transcende au contraire en la transfigurant la réalité brute et brutale pour conduire le film là où il est possible dapprocher le mystère de la vie et de sa soeur, la mort. Ce film est une sorte dâpre poème sur la condition humaine, tout entier tourné vers labsolu. Un absolu qui affleure dans le plan à tout instant, porté par la ferme assurance dune sobriété formelle parfaitement maîtrisée doù émergent détranges échappées oniriques qui affirment déjà cette manière propre à Brisseau (nous le verrons par la suite avec le magnifique Noce blanche, puis avec Céline et Lange noir) déchapper à toutes représentations ou explications convenues du monde qui nous entoure: quelles soient sociologiques, psychologiques, matérialistes ou mystiques. De bruit et de fureur demeure à ce jour le plus grand film dun cinéaste qui, néanmoins, apparaît toujours comme un roc, insolite et solitaire, au milieu des fluctuations capricieuses du cinéma français. |
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| 1999 Le temps retrouvé de Raoul Ruiz par André Roy [ 24 images n° 100 p. 16 ] |
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| Marginal, longtemps ignoré par la majorité des critiques (ne parlons pas des distributeurs), Raoul Ruiz a persisté et, après un nombre incalculable de films, a réussi à affirmer un style irréductible, unique (qualifions-le de baroque), le travaillant jusquà son plein accomplissement, comme le confirment ses dernières oeuvres, impeccables. Qualifiés à tort de difficiles, ses films sont pourtant simples, dune simplicité savante et poétique qui leur donne cet aspect si mystérieux, si insaisissable. Films aussi simples que les rêves, dont il sagira de découvrir la clef à travers les condensations (les métaphores) et les déplacements (les métonymies). Tous les films de Ruiz y compris Le temps retrouvé, son plus récent sont ainsi construits, et comme dans un rêve, ils nous obligent à nous abandonner aux pouvoirs de linterprétation: à la fois leur trouver un sens et en jouer, cest-à-dire les remettre en scène pour nous-mêmes. De ce point de vue Le temps retrouvé nest donc pas une adaptation du roman de Proust, mais littéralement une interprétation. Raoul Ruiz sinvente le roman final de la Recherche. Il lui demeure fidèle tout en ne renonçant pas à ses propres figures esthétiques élaborées depuis maintenant plus de trente ans. Il se réapproprie Proust et le transmue (on connaît son intérêt pour lalchimie). Et le texte passant en images devient un rituel, un petit théâtre totalement ruizien qui déploie souverainement ses effets formels comme autant déquations qui retrouveraient l«essence» du cinéma: le mouvement. Le cinéma de Ruiz, à nul autre pareil, cest cette image-mouvement définie par Gilles Deleuze, cette coupe dans le temps (mot proustien sil en est un) que le plan concrétise. Le plan, cest à la fois le vide et le plein du temps, et le cinéaste lorganise avec ses divers procédés habituels, en les harmonisant parfaitement dans Le temps retrouvé: lillusion, le trompe-loeil, lanamorphose, le tableau vivant (entre autres choses) vont créer des courts-circuits, des accélérations et des dilatations temporels. Ces procédés tiennent à la fois du théâtre et du cinéma primitif, celui de Méliès particulièrement. Ruiz réussit ainsi à nous perdre (comme dans un rêve, on y revient) en nous plongeant littéralement dans le roman de Proust grâce à lanalogie continue quil établit entre lorigine littéraire du film et lorigine mécaniquement cinématographique du récit. Une analogie qui se constitue dans un art de la répétition et de la variation, qui ne peut être quun art du mouvement mental, et qui sert dassise à lenchevêtrement du temps: ce temps fait et défait, perdu et retrouvé qui rejoindra miraculeusement le projet fondamental de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. |
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