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![]() Chronique dun été (1960) de Jean Rouch, le long métrage qui devint le manifeste du cinéma-vérité. |
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| Travelling arrière Un échec essentiel par Robert Lévesque [ 24 images n° 119 p. 49 ] |
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| Quarante-quatre ans plus tard, revoir Chronique dun été est une expérience désolante mais chère au cur du cinéphile, car cette expérience (dite alors) de cinéma-vérité (Rouch filmant des gens quEdgar Morin a choisis, et quon tente de cerner au plus près de leurs soucis) est un échec, ce que reconnaissent Rouch et Morin à la fin du film. Mais cet échec est un jalon important de lhistoire du (dit maintenant) cinéma direct. Cétait lété 1960, Rouch avait 43 ans et Morin 39, tous deux Parisiens, lun ethnographe, lautre sociologue, et pourtant laventure (un été durant, questionner, observer, vivre avec des individus ordinaires) allait tourner court, lethnographe ne réussissant pas à trouver lhomme derrière le masque, le sociologue ratant son enquête. Gilles Marsolais, dans Laventure du cinéma direct, soutient que « cette direction bicéphale a nui dans une certaine mesure au film ». Javais presque tout oublié de ce documentaire, me souvenant vaguement que lon arrêtait des gens dans la rue pour leur demander sils étaient heureux. Il y a de ça lorsque, à la manière dun micro-trottoir, une fille sadresse à des passants, mais ce nest quune amorce volontairement dérisoire, le prélude critique dune fresque sociale autrement ambitieuse qui, dans lesprit de Morin, devait fixer un moment de lhistoire, cet été-là : de Gaulle était revenu au pouvoir, il y avait la guerre (sans nom) dAlgérie, le Congo en guerre civile, la société de consommation qui sinstallait, le métro, boulot, dodo débutait... Rouch, il sen est expliqué, préférait, à lidée de la fresque, une suite chronologique dévolutions personnelles, moins nombreuses, plus observées, mais les deux intellectuels ne se sont pas affrontés (Morin semble avoir décidé seul de bien des approches, dont limpudeur) et cest ainsi quà la fin du film, dans une scène où, après leur avoir projeté la pellicule, ils demandent aux individus ce quils en pensent, le désarroi est évident, lun des filmés lance : « Cest un film ennuyeux ». Presque tous approuvent et Rouch conclut : « On a voulu faire un film damour, on a un film de réaction ». Vertov et Flaherty Si, sur le plan sociologique, ça na rien donné (Morin amène le sujet de lAlgérie et un jeune demande : « Pourquoi la France abandonnerait ses droits ? » ce à quoi Morin réplique : « cest très vaseux, la France » et on passe à autre chose, le film confine à la ringardise), sur le plan cinématographique Chronique dun été innovait. Pour la première fois (rêve de Dziga Vertov) le son et limage se baladaient ensemble, avec les personnages, Michel Brault tenant une caméra Éclair KMT légère, fonctionnant sur piles avec magnéto portatif synchrone, un prototype quAndré Coutant, son inventeur, avait refilé à léquipe de Rouch. La vie saisie à limproviste, ce que Vertov à Moscou appelait le Kinopravda, le ciné-il qui capte; en quelque sorte lidée de « vol » est à la source du « cinéma-vérité ». En 1930, cest ce que fait Vigo pour À propos de Nice, sa caméra est dissimulée et prend des gens à leur insu afin dattraper la vérité des gestes, des attitudes. À Cannes en 1961, Rouch et Morin utilisèrent sur laffiche de Chronique dun été lexpression « nouveau cinéma-vérité ». Le long métrage devint le manifeste du genre dit « nouveau » parce que leur cinéma se distinguait de la « caméra voleuse » de Vertov en se tournant vers le « vécu », lhomme dans le réel doté de sa parole, attitude relevant de lesprit de cet autre sourcier du direct quétait lAméricain Robert Flaherty. En regardant aujourdhui Chronique dun été lémotion naît des images bien plus que des propos épars, lintérêt vient du travail de sculpteur queffectuait Brault à la caméra plus que des questions de Morin et des comportements des gens filmés. Fait avec agilité, voilà un travail documentaire où la caméra est un acteur qui se laisse apprivoiser autant quil apprivoise. On ne prétend pas filmer la vérité mais poser le problème de la vérité. Mais le duo Rouch-Morin narriva cet été-là quà constater son impossibilité de le faire. En réduisant la dissonance, ils auraient pu se dire quils avaient fait un film sur lincommunicabilité. Cet échec intellectuel nempêcha pas la relance du cinéma-vérité (expression que le cinéaste Mario Ruspoli rectifie en 1963 par cinéma direct, moins ambigu) qui vivra des années deffervescence, et lon sait comment, au Québec, cet héritage trouvera une terre fertile, comment ces mises en scène documentaires basées sur la réalité des êtres et des choses, faites avec intuition et une longue fréquentation dun milieu, donnera les chefs-duvre de Perrault et du caméraman de Chronique dun été, ce cher Michel Brault dont Rouch disait aux Cahiers du cinéma en 1963 : « Cest Brault qui a apporté une technique nouvelle de tournage que nous ne connaissions pas et que nous copions tous depuis ». Ce film sera présenté en novembre, dans le cadre des Rencontres du documentaire lors de la rétrospective consacrée à Jean Rouch. |
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![]() Le sang dun poète (1930). |
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| Cocteau en DVD Le phénix au miroir par Marcel Jean [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 119 p. 50-51 ] |
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| La remarquable exposition que le Musée des beaux-arts de Montréal consacrait à Jean Cocteau lété dernier incite inévitablement à revisiter la filmographie du poète : les extraits choisis y sont dune telle fulgurance que la curiosité sen trouve immédiatement allumée. Cocteau serait-il un plus grand cinéaste que le souvenir quon en garde ? Serait-il le successeur de Méliès ? Le magicien, le bricoleur merveilleux qui a compris quau cinéma voir cest croire ? Alors que la plupart des grands auteurs européens sont encore plutôt mal servis par lédition DVD nord-américaine, Cocteau fait exception : dès lan 2000 Criterion a édité La belle et la bête (1946) ainsi que la « trilogie dOrphée » Le sang dun poète (1930), Orphée (1949) et Le testament dOrphée (1960) en bonifiant le tout dune impressionnante batterie de suppléments. Cet empressement à rendre cette uvre disponible sexplique par lexceptionnelle notoriété dont Cocteau jouit aux États-Unis. [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 119 p. 50-51 ] |
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![]() Objective Burma! (1945) de Raoul Walsh. Chronique des hommes autant que poème des éléments. |
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| Objective Burma! La baïonnette et le firmament par Édouard Vergnon [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 119 p. 52-53 ] |
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| En polémiquant un peu, on pourrait affirmer que le cinéma américain na jamais produit que trois grands films de guerre : Objective Burma !, Men in War (Anthony Mann) et The Deer Hunter (Michael Cimino). Et encore, le film de Cimino est dabord un film sur lAmérique : ce nest pas le soldat au combat qui lintéresse, mais bien le citoyen américain et au-delà les fondements de la communauté auquel il appartient, couple, amis, pays. Comment faire tenir une communauté par lamour quand on revient le cur empoisonné de chagrin et de rancur ? Les films de Walsh et de Mann nont pas cette ambition. Ils attaquent de front leur sujet et ne quittent jamais le terrain du conflit ni les habits du soldat. Sur le papier, les histoires sont semblables : une escouade de fantassins progresse péniblement au cur dune nature inconnue dont chaque buisson peut recouvrir lennemi et se verra en partie décimée au sommet dune colline. La trame ainsi posée, il est passionnant de voir comment chacun de ces cinéastes sen empare pour en livrer une vision toute personnelle. À commencer par des partis pris de mise en scène résolument différents : la mise en scène de Mann est travaillée par la conscience humaine et les dilemmes moraux du conflit (la dureté de la guerre y est avant tout psychologique), celle de Walsh, par le geste du combat et linfiniment grand de la géographie (la dureté de la guerre y est avant tout physique). Il nest pas jusquà lappréhension de la nature proprement dite qui ne soit différente dans lun et lautre film. Sèche, nue, miroir des états dâme chez Mann, elle est au contraire humide, dense et cosmique chez Walsh. Cest de ce film que maintenant nous parlerons. [...] [...] La beauté spécifique du film tient déjà à ce quil peut être vu essentiellement comme une suite de plans dhommes perdus dans du feuillage, de visages cachés par la broussaille, de frêles silhouettes mouchetant le paysage. La mise en scène est très impressionnante dans cette capacité à enregistrer la pure progression physique des hommes dans la jungle et à en restituer sa forme de « noyade ». Peu de paroles, pas de réel moment de bravoure, ni de véritable héroïsme. [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 119 p. 52-53 ] |
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