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![]() Dog Star Man (réal. de 1961 à 1964), monumentale création programmatique de lensemble de luvre de Brakhage. |
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| Stan Brakhage, stellaire et cellulaire par Marcel Jean [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 20-21 ] |
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| Stan Brakhage est mort le 9 mars 2003. Il avait 70 ans. Son uvre foisonnante près de 400 films est un phare dans lhistoire du cinéma expérimental. Lexcellente maison dédition Criterion lui consacre un coffret de deux disques simplement intitulé By Brakhage : An Anthology. Vingt-six films sy retrouvent, sélectionnés par Marilyn Brakhage et Bruce Kawin, avec lapprobation du cinéaste. Face à une filmographie comme celle de Stan Brakhage, à la fois abondante et difficile daccès, nous serions malvenus de critiquer ces choix, dautant plus quils offrent un survol de la carrière de lartiste qui sétend de 1951 à 2001. On sétonnera tout de même de labsence, sans la déplorer, du célèbre Anticipation of the Night (1958), qui a marqué lhistoire du cinéma en étant à lorigine de la fondation, par Jonas Mekas et consorts, de la Film-Makers Cooperative de New York. Nayant pas revu le film depuis mes années duniversité, il y a plus de vingt ans, je ne peux dire sil a bien vieilli et sil conserve encore aujourdhui sa pertinence. Cependant, lonirisme puissant de cette quête visuelle désespérée de lenfance a laissé en moi une trace indélébile qui fait que le seul nom de Brakhage memplira toujours dune émotion intense. Peu de cinéastes expérimentaux ont la capacité de marquer à ce point le spectateur et si Brakhage est de ceux-là, cest en partie grâce à lintimité quil a accepté de partager à travers son cinéma : le cinéma de Brakhage relève parfois du film de famille et la dimension autobiographique est largement présente dans plusieurs de ses réalisations. Mais, si le cinéma de Brakhage est si émouvant, ce nest pas tant par son sujet que par son esthétique : Brakhage émeut par le cinéma, cest-à-dire par la caméra, le cadre, le mouvement, le montage, le rythme. Fred Camper le fait dailleurs remarquer dans lexcellent texte quil lui consacre dans le livret accompagnant les deux disques. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 20-21 ] |
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![]() Silver Lode (1954). |
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| Trois westerns dAllan Dwan par Édouard Vergnon [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 22-23 ] |
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| Un réalisateur cinéphile (Wenders) et de grands critiques (Biette, Daney, Lourcelles) ont souvent dit leur admiration pour luvre dAllan Dwan, cinéaste américain mort en 1981, sans avoir été lobjet dhommage ou de célébration et à qui lon attribue près de 100 films. Doù vient pourtant que son uvre soit encore si peu montrée et si peu vue ? On trouvera peut-être réponse à cette question en découvrant ou en revoyant trois de ses films édités en DVD : Cattle Queen of Montana, Silver Lode et Tennessees Partner (1). Tous furent réalisés durant la période la plus féconde de sa carrière, soit les sept années précédant la réalisation de son dernier film (The Most Dangerous Man Alive, 1961), avec le même producteur, les mêmes acteurs, les mêmes techniciens (dont le grand chef opérateur John Alton) et des budgets toujours plus dérisoires. Cest une aubaine que de pouvoir ainsi prendre connaissance de ces trois réalisations, car plus encore que dans ses films noirs (Slightly Scarlet, qui vaut surtout pour la superbe photo dAlton), de guerre (Sands of Iwo Jima, très mauvais) ou daventures (Passion, Escape to Burma, vite oubliés), cest dans le genre du western que sépanouit pleinement le talent spécifique de Dwan. Si les trois films racontent des histoires différentes dans Silver Lode (1954), il sagit de prouver linnocence dun personnage en temps réel, dans Tennessees Partner (1955), de se faire un ami puis de le perdre, et dans Cattle Queen of Montana (1954) de faire triompher la mémoire dun père , le spectateur est demblée frappé par lextrême simplicité de ces trois récits qui progressent au seul rythme des actions des protagonistes. Pas ou peu de psychologie : on est ce quon fait avant dêtre ce quon dit. Le temps, les dialogues, les lieux, la nature jamais ne devancent ou ne sous-tendent autre chose que ce que limage veut bien immédiatement nous montrer. Rien qui saute aux yeux, qui soit dramatisé, pas un changement daxe ou un vieux fond de décor qui tiendrait lieu de discours : tout ségalise au contraire divinement dans la plus parfaite des transparences. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 22-23 ] |
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![]() Véronique Silver dans Le mirage (1992). Un cinéma inclassable et hors du temps, taraudé par un brûlant besoin délévation. |
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| DVD Coffret Jean-Claude Guiguet Ne tuons pas la beauté du monde par Gérard Grugeau [ 24 images n° 118 p. 24-25 ] |
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| Le siège de tramway vacant à côté de Véronique Silver dans lune des séquences qui ouvrent Les passagers aimante le regard. Cette béance rouge dans le plan comme une politesse du cur, une exhortation au voyage, parle demblée à limagination et marque la place du spectateur sans lequel le film resterait lettre morte. Ce vide à combler nous invite, bien sûr, à monter à bord de ce Tramway nommé désir, que lon peut voir comme une allégorie du cinéma de Jean-Claude Guiguet, et à mêler notre destinée à celle de la petite communauté humaine que le cinéaste dépeint amoureusement de film en film. Quatre longs métrages et deux courts en 25 ans, édités aujourdhui par K-films sous la forme dun coffret des plus à-propos* avec commentaires éclairants du réalisateur : luvre est peu prolixe, mais généreuse et indispensable. Unique dans le paysage français de par sa plénitude formelle et sa grande exigence décriture, que certains associent à tort à une forme de préciosité coupée de la vie alors quelle nous y renvoie sans cesse, ce cinéma atypique creuse son sillon au confluent des époques et des esthétiques. Et ce, en empruntant volontiers les chemins de traverse pour mieux affirmer une singularité qui advient comme autant doccasions de beauté. Les influences sont là, diverses et paradoxales, du moins en apparence, mais toujours transcendées et exemptes de nostalgie. Resurgit comme en écho le charme délicieusement suranné de tout un pan du cinéma populaire français des années 1930 à 1950 (les réalisateurs Grémillon, Vigo, Ophuls, les comédiennes à la présence charismatique comme Hélène Surgère dans Les belles manières (1978) et Patachou dans Faubourg Saint-Martin (1986), lesquelles rappellent la Danielle Darrieux ou la Micheline Presle des classiques dantan). On ne sétonnera guère dailleurs de voir les noms des Paul Vecchiali, Gérard Frot-Coutaz et Jacques Davila tous amoureux des grandes actrices associés aux génériques des films, dessinant en filigrane la généalogie souterraine dune famille élective à jamais soudée par une passion commune : celle dun 7e art au passé mythique qui enflamme toujours les imaginaires. Sans rien renier de cette filiation originelle, le cinéma inclassable et hors du temps de Jean-Claude Guiguet partage dautres affinités qui vont dun impressionnisme aux échos viscontiens (Le mirage, 1992, une coproduction France-Québec, avec Louise Marleau dans le plus beau rôle de sa carrière au cinéma) à lémancipation formelle dune Nouvelle Vague fortement marquée par lesthétique godardienne qui fait léloge du fragment, de la rime des raccords et de « la dissémination du sens » (Les passagers, 1999). Comme Godard ou Manoel de Oliveira, Jean-Claude Guiguet appartient par ailleurs à une famille cinématographique européenne pétrie dérudition, et son uvre finement ciselée et dialoguée (anti-naturalisme et musicalité littéraire de la langue) est avant tout celle dun auteur éclairé et esthète. Un esthète qui rêve le cinéma comme une pratique exigeante, hybride et fédératrice, toujours encline à décloisonner et à accueillir dans son écrin les éblouissements somptueux des autres arts qui sinterpellent à lenvi avec le plus grand naturel. « Doù vient que les vents chauds et pluvieux apportent avec eux le goût de la musique ? » questionne Anna (Fabienne Babe) en citant Nietzsche dans Le mirage. Somme de tous les arts, le cinéma convoque ici la littérature (Thomas Mann, Hugo, Kipling, La Fontaine), la musique classique et populaire (les chanteuses réalistes), au même titre que la poésie (Léo Ferré et Baudelaire), la peinture ou la philosophie. Et tous ces acquis de la civilisation se fondent élégamment dans larchitecture ouverte de structures narratives qui exaltent le miracle de la vie tout en donnant à voir ce qui circule « entre les gens, lespace, les sons et les couleurs » (Pierrot le fou). En marge des modes et de lagitation contemporaine, réfractaires aux scénarios forclos (le film vit sa propre vie, cherche sa forme et sa vérité tout en échappant en partie à son créateur), les fictions rares et précieuses de Jean-Claude Guiguet nous parviennent au terme dun long travail de maturation. Elles ne sont jamais utilitaires et nobéissent quaux impératifs dune nécessité intérieure qui se nourrit au présent de toutes les rumeurs du monde. Le désir de cinéma peut surgir dun fait divers brillamment transposé, qui met en lumière limplacabilité des rapports de classe entre une bourgeoise cultivée et un jeune exclus, comme dans léblouissant Les belles manières, presque bressonien dans sa cruelle âpreté et sa sombre épure. Il peut aussi sinscrire en phase avec un étrange fait de société (la prostitution occasionnelle et cachée), qui rassemble autour dun hôtel et de sa tenancière plusieurs femmes flouées par la vie, comme dans le mélodramatique Faubourg Saint-Martin, « opéra de chambre » tout en délicatesse plongeant dans la nuit des âmes. Le désir dimages peut découler encore dune expérience personnelle le rajeunissement soudain dune mère à lapproche de la mort et entrer subtilement en résonance avec lunivers tourmenté dune nouvelle de Thomas Mann comme dans Le mirage, superbe drame contemplatif touché par la grâce et porté par une nature romantique aussi radieuse quinquiétante. Ou enfin, il peut advenir dune volonté de questionner sous une forme kaléidoscopique, non linéaire, ce quil reste de notre humanité dans un monde matérialiste agonisant, dévasté par le libéralisme économique et assassiné au nom de « lidée béate du progrès », comme dans ladmirable Les passagers, fable méditative aux accents parfois burlesques, et ode bouleversante à une morale du regard, seule garante de lendemains qui chantent. Ancré dans lactualité mais toujours en quête de sa portion déternité qui lui assurera la pérennité des uvres universelles, le cinéma de Jean-Claude Guiguet fait écho à létat du monde. Un monde enténébré de désirs contradictoires qui se débat pour ouvrir les yeux à la lumière. Souvent clos sur lui-même, comme en témoigne le refuge bourgeois et vampirisant des Belles manières et de Faubourg Saint-Martin, ce lieu chaotique savère aussi lourd de menaces et travaillé par de mystérieuses forces souterraines, qui peuvent prendre différentes formes : lambiguïté de la nature, la mort associée au désir amoureux dans Le mirage, ou le sida endémique dans Les passagers et Une nuit ordinaire, émouvant court métrage de la série « Lamour est à réinventer », réalisée par un collectif de cinéastes pour soutenir une campagne de prévention contre la peste des temps modernes. Mais ce monde cerné par lhorreur et au bord de lanéantissement, au sein duquel lidée même de lhomme tend à se dissoudre, a encore les réflexes de la survie et lénergie nécessaire pour contrer la barbarie ambiante et se laisser porter par ses pulsions de vie (dont la sexualité) ou sabandonner au romanesque générateur de grands sentiments. Pour qui sait le regarder, le monde irradie toujours (voir la magnificence innocente des corps dans Les passagers) et ne cesse daspirer à la virginité du paradis perdu, source de lumière et dallégresse. Devant le cinéma de Jean-Claude Guiguet nous revient en mémoire la phrase de Godard : « Si mettre en scène est un regard, monter est un battement de cur ». Rechercher losmose parfaite entre la mise en scène et le montage, entre le regard et le cur, loin de toute indécence exhibitionniste, telle est la posture juste de lartiste. Fond et forme : lun ne va pas sans lautre. Et si ce cinéma-là trouve ses sources dinspiration dans la vie et la familiarité du quotidien, il ne se veut jamais réaliste pour autant. Il ne peut sépanouir que dans une stylisation et une théâtralisation de lexistence qui saccordent pleinement aux désirs de son auteur. On est ici dans la transfiguration du réel, loin des signes rassurants dun cinéma balisé. Pour introduire une nouvelle lisibilité du monde, la mise en scène de Jean-Claude Guiguet, classique dans un premier temps, dhumeur plus buissonnière dans Les passagers (avec narratrice et structure chorale qui rassemble dans une même continuité nimbée de fantastique le monde des vivants et des morts), joue volontiers de la frontalité et de lillusion, du collage et de la citation. Tout contribue ici à accéder à une autre réalité, fuyante, insaisissable, à limage dune nature paradoxale, refermée sur ses énigmes silencieuses et secrètes. Du frottement des plans, qui entrent en relation harmonique au-delà de leur hétérogénéité première, naissent la « déflagration poétique » et « la solidarité des idées », selon les termes de Pierre Reverdy. Cest dire que, sensible à lallégorie et à lidée de communauté (« Je suis bien votre pareil, je suis bien pareil à vous », chante Jean Ferrat sur des paroles dAragon dans Faubourg Saint-Martin), ce cinéma-là tente de saffranchir de toute la laideur de notre temps pour filmer en poésie et caresser lirreprésentable. Cest dire aussi que, métaphysique dans son essence même, ce cinéma-là est taraudé par un brûlant besoin délévation. Dans un monde à la dérive où tout se perd, il semble bien ne rester que la beauté comme ultime point dancrage et comme dernière arme de subversion pour toucher à la lumière des âmes et sauver lhumanité de la perdition. Mais comme toujours chez Jean-Claude Guiguet, le paradis a son envers. Peut-être parce que, comme la formulé Rilke : « la beauté est le commencement de la terreur que nous sommes capables de supporter ». À chacun donc de plonger ou non dans le fracas de ses propres abîmes pour en revenir transfiguré et illuminer le monde de sa seule présence. * Sont inclus également trois courts métrages choisis par le cinéaste : La steppe dEmmanuel Parreaud et Nuit/Amant et Typhon sur les empyreumes de Haydée Caillot. |
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| Travelling arrière À lui la liberté par Robert Lévesque [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 26 ] |
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![]() René Clair à sa table de montage. |
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| En janvier 1936 René Clair débarque à New York pour la sortie de The Ghost Goes West (Fantôme à vendre) quil a tourné à Londres, il a 38 ans et la réputation de meilleur cinéaste européen; un critique britannique la qualifié de « Chaplin dEurope» et son film À nous la liberté, qui influencera lécriture des Temps modernes, a connu le succès aux États-Unis où son décorateur Lazare Meerson a été nominé aux Oscar de 1932. Les offres des majors pleuvent donc et il résiste. Se disant quils ne seront pas capables de lui offrir la liberté dont il a besoin, il reprend le paquebot. Ses amis à Hollywood, Claude Autant-Lara et Robert Florey, sachant que pour Clair un bon film vaut mieux que beaucoup dargent, ne lencouragent dailleurs pas à faire le grand saut. Autant-Lara lui écrira : « Je ne vois pas ce que lAmérique pourrait vous apporter ni ce que vous pourriez apporter à lAmérique ; ils ne comprendaient pas ». Laffaire semble entendue : lauteur du Million, dEntracte et de Paris qui dort ne mettra pas le pied dans lusine Hollywood. La guerre va cependant en décider autrement... [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 26 ] |
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