par Philippe Gajan

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 36-40 ]

Voir Gilles Groulx (de Denis Chouinard)
Voir... toute affaire cessante
critique par Philippe Gajan

Le coffret DVD de La collection Mémoire de l'ONF
L'intégrale de l'œuvre de Gilles Groulx

Événement majeur s’il en est, la sortie conjointe du documentaire de Denis Chouinard, Voir Gilles Groulx, et du coffret de La collection Mémoire de l’ONF, L’intégrale de l’œuvre de Gilles Groulx (sans compter la rétrospective de la Cinémathèque québécoise), vient à point nommé souligner l’urgence toujours renouvelée de s’immerger dans cette œuvre lumineuse de par sa cohérence, sa puissance et son audace. Événement majeur qui, contrairement à la batterie d’hommages habituels qui vient rappeler les bienfaits de se « plonger en histoire », s’offre comme une tentative contemporaine et déterminée de dire l’importance pour le Québec et pour le cinéma de relever la tête (peut-être même de la sortir du sac). «Visiter», «prendre rendez-vous avec» l’œuvre de Gilles Groulx en 2002, c’est dans un premier temps délaisser tout ce qui se fait aujourd’hui pour retrouver la conviction qu’un cinéma «de conscience», beau et fort à la fois, est encore possible et qu’il se doit d’exister. La leçon de Groulx est plus que jamais vivante.
Georges Dor dans
OÙ êtes-vous donc ?
(1968).
[...] Gilles Groulx est un des grands monteurs de ce premier siècle de cinéma. C’est d’ailleurs comme monteur à Radio-Canada qu’il entre «en cinéma», puis à l’ONF bien qu'il faille probablement faire remonter la génèse de son art aux relations qu’il noua avec les signataires du Refus global comme le montre Voir Gilles Groulx. De façon assez superficielle, il serait plutôt facile de le mettre en relation avec l’école russe pour laquelle le film se faisait au montage. Mais il est peut-être plus juste de préciser que l’un des rares cinéastes québécois à avoir assumé le montage de ses films (à tel point qu’il refusa de signer un Normétal mutilé justement au montage) possédait une vision bien plus vaste que les aspects techniques du montage image. Gilles Groulx, d’une certaine façon «monte» le réel et ce, dès le départ, dans sa manière de l’appréhender. Qu’il aborde le hockey et sa charge mythologique dans Un jeu si simple, orchestrant une montée dramatique saisissante, ou qu’il filme l’actualité sociale dans 24 heures ou plus…, la présentant comme un suspense dont le spectateur au bout du compte serait chargé du dénouement («ce film est un suspense car son dénouement dépend de nous tous»), le réel est le socle de son cinéma. Et si le réel est le socle et le cinéma l’outil dont il dispose, la séduction est la pierre angulaire de sa stratégie de conquête. Car dans ce cinéma, montage rime avec séduction («Le montage — vertu et tentation par excellence chez Groulx», dira Robert Daudelin, coffret 1, p. 6), séduction dont Gilles Groulx prendra peu à peu conscience. À son cinéma brillant, séduisant des débuts (que ceux qui en doutent jettent un œil sur les premières minutes de Voir Miami..., étourdissantes, époustouflantes), succèdent des films en prise directe sur la séduction. Il séduit tout d’abord en utilisant cette arme pour mieux la combattre, et c’est le cas de ses films-essais sur la séduction de la société de consommation, Entre tu et vous et Où êtes-vous donc?, puis en modifiant la forme de ses films afin de mieux la contenir. Séduction de la forme inhérente au cinéma face à la séduction de la société, on en revient toujours à la dialectique entre éthique et esthétique. C’est le pari notamment d’Au pays de Zom, qui travestit en film-opéra sa critique du capitalisme. Audacieux, surprenant, Au pays de Zom n’en est pas moins une réussite, certes moins connue que Le chat dans le sac, tant dans sa forme délicieusement ironique lorsqu’il s’agit de contredire les cartons en début de scène par la séquence suivante, que dans son message. Monsieur Zom, le capitaliste, ment, se ment et finalement trouvera le bonheur en mourant sur scène, le film opposant alors sans cesse séduction et bonheur. Proche aussi bien du conte moral que de la fable bouffonne, Au pays de Zom illustre bien l’incroyable liberté du cinéaste, non seulement à faire évoluer son cinéma en fonction d’une adéquation de la forme et du contenu mais aussi en fonction d’une évolution de la place du cinéma dans la société. [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 36-40 ]
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Voir Gilles Groulx (de Denis Chouinard)
Voir... toute affaire cessante
critique par Philippe Gajan

[ texte complet voir 24 images n° 111 p. 39 ]

Les raquetteurs (1958) de Gilles Groulx et Michel Brault.
De ce documentaire, on aime le titre, Voir et non pas revoir. Il dit bien ce qu’il a à dire. On aime aussi le ton, sobre, absolument pas affecté, son montage, intelligent et alerte, les gens qui s’y côtoient, Barbara Ulrich et Bernard Gosselin en tête, les caméos savoureux car égaux à eux-mêmes (Denys Arcand et Pierre Falardeau) et enfin, et surtout, la façon dont il remplit la mission qu’il semble s’être imposée: donner envie de voir l’œuvre de Gilles Groulx, aujourd’hui, maintenant, toute affaire cessante. Toute l’œuvre, pas un extrait, pour s’y plonger, en s’en voulant de ne pas l’avoir fait avant ou plus souvent. [...]

[ texte complet voir 24 images n° 111 p. 39 ]
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Le coffret DVD de La collection Mémoire de l'ONF
L'intégrale de l'œuvre de Gilles Groulx

[ texte complet voir 24 images n° 111 p. 40 ]
L’offensive de l’ONF sur l’œuvre de Gilles Groulx ne saurait occulter un autre fait majeur concomitant: ce coffret, particulièrement en DVD, est un événement dans le monde de l’édition québécoise.