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| Avant le jour Entretien avec Lucie Lambert propos recueillis par Gérard Grugeau Avant le jour critique par Gérard Grugeau |
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| Avant le jour (de Lucie Lambert) Les passagers de la nature critique par Gérard Grugeau [ 24 images n° 98-99 p. 15 ] |
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![]() Un art de l'attente et de la révélation. |
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| Lucie Lambert est une cinéaste matérialiste qui croit fermement qu'en travaillant le réel, le cinéma peut laisser sa trace sur le visage du monde. Naturellement campé en poésie, son cinéma convoque à l'écran les métaphores-signes de ce travail sur la matière du monde. À l'image de la pâte à pain que l'on pétrit avec amour. Le récit d'un accouchement ouvre le film. Nous sommes encore dans la nuit de la non-connaissance, mais tout, autour de nous, est déjà création. Il faut juste donner du temps au temps, laver le regard, s'imprégner de l'essence des choses entre chaque contraction du corps et de l'esprit. Malléables à l'envi et unis pour célébrer la vie, le réel et le cinéma vont sous nos yeux accoucher d'une forme en étreignant le monde... et l'enfant promet d'être beau. La vie ici naît de la rencontre de la cinéaste avec un territoire (la basse Côte-Nord) et ses habitants. Chapelet d'îles que l'on nomme d'entrée pour marquer l'attachement à un coin de pays jadis riche en activités humaines (essentiellement la pêche) et aujourd'hui menacé de disparaître. Avant le jour sera comme un voyage initiatique vers tous les au-delà. «Passagers de la nature», les personnages sont les griots de ce territoire à dire, à retenir. Ils sont aussi les sourciers passionnés d'une mémoire et d'un imaginaire qui vont s'épancher au détour des mots et des silences. Au coeur du récit, personnage en soi, le bateau fait figure de fenêtre ouverte sur des contrées invisibles, de sonde exploratrice d'un réel toujours à naître, de vaisseau fantôme dérivant sur le Styx aux portes des croyances. On sent très vite que Lucie Lambert travaille le réel à plusieurs niveaux, vigie postée au carrefour du documentaire et de la fiction. Le film se façonne par strates qui, en s'accumulant, forment une sorte de cartographie organique des hommes et de leur milieu, car pour la réalisatrice de Paysage sous les paupières, tout est matière et énergie... et tout raccorde. Et c'est justement dans le raccord des plans que tout se joue, se crée, se transmet. Le cinéma est là pour prendre en charge, faire lien, faire cause commune avec une communauté en sursis qui garde amoureusement le territoire. Loin de toute narration classique, le montage impressionniste et presque musical des séquences interpelle l'esprit vagabond du spectateur, lâché en toute liberté dans le grand mystère de la matière du monde. Confidences pudiques des personnages accablés par la perte mais résolument tournés vers l'avenir, longs travellings hypnotisants et plans fixes de paysages d'une beauté âpre, mélancolique, ou échappées oniriques dans les replis infinis de la fiction: tout dans le travail expansif de Lucie Lambert invite à multiplier les lignes de fuite, à élargir la vision. Gédéon parle de l'influence de la lune sur les courants tout en évoquant les premiers hommes dans l'espace. À l'écran, les passagers du Nordik Express débarquent sur fond de ciel de science-fiction. Puis, Gédéon s'interroge sur la présence des fantômes que l'on croise dans l'île à l'automne. Au gré de ce constant va-et-vient entre le réel et l'imaginaire, de ces glissements progressifs du sens, les fils narratifs se complexifient, le récit gagne en densité et en émotion. Lucie Lambert va même jusqu'à se permettre une longue séquence silencieuse sur l'inquiétude des parents face à la survie de leurs enfants. La mort est là qui rôde. La salle des machines du bateau nous aspire. Les enfants jouent à cache-cache dans des maisons désertées, ouvertes aux esprits (comme dans Paysage ...). Le son d'une guitare égrène ses tristes notes alors que Florence met en sacs sa récolte de petits fruits. Égaré momentanément dans un arrière-monde fourmillant d'insondables énigmes, le film décroche de l'irréel pour finalement raccorder aux personnages et à la vie. On comprend une fois de plus que chez Lucie Lambert le cloisonnement n'existe pas, que tout circule et communique par effet de contagion. Il y a là tout un art de l'attente et de la révélation. Dans cette disponibilité extrême au réel et dans l'intuition singulière qui préside à l'orchestration des signes, parfois répétitifs mais jamais gratuits (le quotidien est routine, la matière immémoriale), réside toute la pertinence de ce cinéma. Un cinéma appréhendé comme un lieu de rencontre et d'échange, qui se construit et s'accomplit avec la complicité des sujets filmés et d'un spectateur prêt à larguer les amarres pour voyager au-delà de l'écran. AVANT LE JOUR Visionnement d'un court extrait Québec 1999. Ré. et scé.: Lucie Lambert. Ph.: Serge Giguère. Son: Diane Carrière. Mont. image: René Roberge. Mont. son: Hugo Brochu, Martin Allard. Mus.: Yves Desrosiers. Prod.: Sylvain L'Espérance. 93 minutes. 16 mm gonflé en 35 mm. Couleur. Dist.: Cinéma Libre. |
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