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![]() propos recueillis par Marcel Jean photo: Jacques Dufresne [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 109 p. 30-35 ] |
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| [...] « 24 IMAGES: Dans lhistoire du cinéma danimation, un grand nombre de cinéastes se sont référés à la danse. Je pense notamment à McLaren. » « BROTHERS QUAY: Nous sommes tous des danseurs ratés. Cela étant dit, il y a ce lien entre la danse et la musique qui nous apparaît majeur. Ce sont deux arts affranchis des structures littéraires. Et lanimation aspire à cela, le cinéma peut se définir dans cet environnement formel. » « 24 IMAGES: Notamment sil est sonore plutôt que parlant. » « BROTHERS QUAY: Oui, ce qui nous ramène à la musique, qui est peut-être la plus parfaite des formes dexpression. » « 24 IMAGES: Mais pour revenir à la danse, je me suis beaucoup intéressé moi-même au fait que le cinéma danimation et la danse sont deux arts du mouvement, à la différence que dans le cas du cinéma danimation les mouvements ne sont ceux de personne. Quil y a donc cette absence de corps qui affecte lanimation. Et il y a, dans votre uvre comme dans celle de Svankmajer, une volonté manifeste de contrer cette absence à travers une série de références au corps. Comme lorsque Svankmajer utilise des ossements ou que vous utilisez la viande, la chair. » « BROTHERS QUAY: Nous avons lu ce que vous avez écrit à ce sujet(1). Nous nous étions dit que vous aviez absolument raison. Cétait très beau. En fait, en lisant votre nom, nous avions brièvement cru quil sagissait dun texte écrit par Marcel Jean, le surréaliste, lami de Breton, celui qui est mort récemment. Mais cest un aspect extrêmement intéressant, cette question du corps. Cest quelque chose que nous savons, au plus profond de nos mains, mais cest au-delà de la conscience. Quand on anime en trois dimensions, quand on travaille avec des objets ou des marionnettes, cest la main qui prend le pouvoir. Cest en soi une idée troublante. Cest quelque chose quon découvre intuitivement, à un certain moment de son travail, à travers sa propre expérience de la matière et de lanimation. Cest probablement légèrement différent pour Svankmajer qui, en tant que surréaliste militant, sest trouvé confronté à la théorie, avec lanalyse de tout cela. Vous savez, la construction de ses films est très réfléchie, elle est concise et précise. Cest comme un coup de poing. Ce nest pas notre cas où les choses sont plus mouvantes et où, par conséquent, ce que vous appelez notre travail sur le corps est moins réfléchi. » |
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![]() Street of Crocodiles (1986). |
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| « 24 IMAGES: Est-ce là la principale différence? » « BROTHERS QUAY: En fait, Svankmajer est un cinéaste narratif tandis que nos films sont, disons-le franchement, plutôt faibles sur ce plan. Il a un sens puissant de lhistoire, du concept narratif. Cen est presque effrayant. Dans nos films, prenons lexemple dIn absentia, le spectateur sait quil a fait un voyage, quil a exploré un espace, mais il ne peut pas résumer ce quil a vu en une phrase. On peut le faire avec les films de Svankmajer. Ils fonctionnent comme ça. Pas les nôtres. » « 24 IMAGES: Vos films ne nous laissent pas le choix: il faut faire lexpérience de les voir et de les entendre. On ne peut les réduire à une suite de mots, à un ou plusieurs concepts. » « BROTHERS QUAY: Quand nous devons résumer nos films pour le British Film Institute ou à dautres fins, cest une véritable torture. Nos films sont allusifs, élusifs et fragmentaires. Ils nexistent que dans la forme, que dans le moment de la projection. Cest un peu comme lorsquon ouvre la fenêtre et quon sent une odeur fugitive. Le temps de se demander ce que cest, elle est déjà partie et elle ne reviendra plus. Pourtant, elle était bien là, présente, intense, mais pendant un si court moment » « 24 IMAGES: Ny a-t-il pas là une parenté avec la musique? » « BROTHERS QUAY: Tout aspire à la musique! La musique, cest ce quil y a de mieux. Un langage presque mathématique, une notation dune grande complexité et dun haut niveau dabstraction, et un résultat qui opère au niveau des émotions pures. Mais la poésie est aussi une forme dexpression extrêmement stimulante. À cause de la rythmique, qui nous ramène encore à la musique, mais aussi à cause de la concision. Vous pouvez explorer un univers entier en trois lignes. Comme avec les haïkus. Le haïku est une forme passionnante. Cest graphique, il y a un rythme, mais le contenu global est si oblique, à la fois mince et gigantesque Cela défie la logique. On dirait un parfum. » [...] [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 109 p. 30-35 ] |
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