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![]() propos recueillis par Marie-Claude Loiselle photo: Bertrand Carrière [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 109 p. 42-48 ] |
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| [...] « 24 IMAGES: Lanecdote dont sinspire Mariages se déroulait en réalité dans les années 30. Pourquoi avoir choisi plutôt de situer lhistoire à la fin du XIXe siècle? » « CATHERINE MARTIN: Je dirais pour une raison, avant tout, picturale. Javais envie de filmer ces robes sabliers, aux contours bien définis. Jaime beaucoup les gravures dEdvard Munch où toutes les lignes sont très renforcées tout en restant souples. Ce nest jamais froid. Je voyais aussi en moi, comme dans un rêve éveillé, une femme portant une longue robe verte, qui remontait inlassablement une colline. Cette image me poursuivait tellement quà un moment donné, jai fait un dessin de cette femme. On aurait dit quil fallait quelle sorte de moi. Mais je nai jamais cherché à faire que lépoque à laquelle se déroule le film soit traitée de façon réaliste. Tout au long du tournage, je nai pas cessé de répéter à tout le monde quon ne tournait pas Les filles de Caleb (cela dit sans mépris pour la série ). Je voulais surtout évoquer la fin du XIXe siècle, en la réinventant totalement, et pour cela, je me suis beaucoup inspirée dun peintre danois de cette époque, Wilhelm Hammershøi, principalement pour lintérieur de la maison du notaire, que je voulais très monochrome, dans les teintes de gris, afin de suggérer ce sentiment doppression propre à laustérité de cette période victorienne. Le synopsis sest construit, en fait, à partir déléments épars, qui se sont regroupés au fil de mes recherches, mais la robe verte, elle, demeurait bien présente. Lhistoire dYvonne ma tellement hantée que je narrive pas vraiment à comprendre pourquoi. Cela sexplique peut-être en partie par le fait quil y a eu tellement de ces femmes sacrifiées. Cest étonnant combien, déjà au moment où je faisais lire le scénario, on a pu me raconter dhistoires de famille. Je voulais également me rapprocher de ce lieu important de lidentité, cest-à-dire la sexualité; ici celle de la jeune femme dont je raconte le trajet intérieur. Pour moi, la sexualité est le lieu obscur de lidentité de chaque être humain. Mais je voulais que sur ce plan aussi ce soit avant tout suggéré, à travers leau, la terre, lhumidité et tous ces éléments qui évoquent le désir, la sensualité, la sexualité. » « 24 IMAGES: On sent que vous êtes préoccupée par la question de la complicité entre femmes de différentes générations. Ainsi, on retrouve un peu cette même solidarité féminine dans Les dames du 9e et Mariages. » « CATHERINE MARTIN: Au XIXe siècle, les liens entre les générations étaient beaucoup plus nombreux. Jai travaillé sur ces deux films en parallèle à un moment de ma vie où ce qui mintéressait le plus était daller vers le territoire de la mère. De ma mère, mais aussi de la mère plus universelle, considérant que nos grands-mères, nos arrière grands-mères nous ont beaucoup apporté. À leur manière, elles nous ont montré le chemin. Jai longuement réfléchi à la question des origines, en cherchant à savoir ce qui ma été transmis, doù je viens, donc doù lon vient, parce que je pars du «je» en espérant toujours avoir une portée plus vaste. Mariages se passe aujourdhui dans un endroit indéfini (il a été tourné, pour une raison de budget, près de Montréal, dans la région de Mascouche), mais tout au long de mon travail sur le projet, les paysages qui me nourrissaient étaient ceux doù vient ma mère, près de LÎslet-sur-mer, sur la Côte-du-Sud: le fleuve, ses marées, ses couchers de soleil, quelle a vus toute sa vie. Elle ma transmis lamour de cette région-là et du fleuve.» [...] |
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| [...] « 24 IMAGES: Anastasie nest dailleurs pas montrée comme une apparition. Le monde dans lequel vivaient les gens de cette époque est un univers sacralisé, mais où il ny a pas de distinction entre le naturel et ce que nous nommerons le surnaturel. » « CATHERINE MARTIN: Même si on parle de miracle et que les gens voient cette femme comme une sainte, cette transformation dune morte en statue de sel nest pas non plus complètement liée à la religion. Je voulais surtout mettre laccent sur ce quelle devient pour Yvonne, par cette présence magique. Jai lu les uvres de Bernanos, notamment le roman dont Bresson sest inspiré pour Mouchette. Je suis très sensible à son attrait pour les paysans, pour la terre quil avait connue étant plus jeune, à son lien avec lenfance. En fait, il écrivait pour lenfant quil avait été, en essayant de traduire ce quil avait ressenti devant le monde, et cest très beau, très touchant. Ce sont en même temps des uvres sombres, troublantes, qui ont certains liens avec le surnaturel. Un autre auteur très important pour moi depuis des années, cest Bachelard et je my suis complètement plongée pendant lécriture de Mariages et des Dames du 9e. Même sil y a des choses qui méchappent, jentre dans Bachelard avec une sorte de fébrilité, sans pouvoir marrêter. Je suis complètement aspirée par cet esprit en ébullition. Il me dit tellement de choses importantes que cest comme sil me parlait à loreille, et même lorsque je ne comprends pas, je me dis: «Oui, oui, jécoute, je ressens.» Pour Mariages, cest surtout Leau et les rêves que jai lu et relu, puis La flamme dune chandelle, alors que pour mon prochain projet, cest plutôt La poétique de lespace. Bachelard parle de la poésie, de limaginaire, de la rêverie, qui sont vraiment primordiales pour moi, notamment lorsque jécris. Jai besoin de temps pour la rêverie. Je peux parfois passer des semaines sans parvenir à écrire, rester assise devant ma table de travail sans que rien ne se passe. Cest très dur, mais la rêverie arrive pourtant à me prendre. À ce moment-là, je dois marcher ou sortir, puis le travail se fait quand même. Il ma fallu du temps pour comprendre ça Je macharnais beaucoup. Or, sil est parfois nécessaire de sacharner, en dautres temps on doit au contraire sabandonner et laisser les choses venir à soi. Dans le cas de Mariages, cest vraiment ce que jai fait. » [...] [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 109 p. 42-48 ] |
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