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| La révolution institutionnelle ? 24 images N° 87 - p. 3 |
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| Tout semble soudainement mis en uvre pour laisser croire qu'un vent nouveau souffle sur les organismes subventionnaires de notre cinéma : les discours ronflants truffés de bonnes intentions à l'égard du cinéma d'auteur et indépendant, les mea-culpa, et même le coup du « je n'ai pas la solution à tout » (François Macerola dixit, La Presse, 10 mai 1997). Les fonctionnaires n'ont pourtant pas l'habitude d'afficher autant d'humilité lorsqu'il s'agit de s'arroger le droit de juger à eux seuls de la vie ou de la mort d'un projet et de trancher sur sa qualité. Certes, l'intention de permettre à un plus grand nombre de films à petit ou moyen budget d'être produits ne peut qu'être saluée, de même que l'idée (qui n'en est qu'à ce stade pour l'instant) de prélever un pourcentage sur les billets de cinéma et la location de vidéocassettes pour ainsi obliger les films étrangers (c.-à-d. américains principalement) exploités sur notre territoire à contribuer au financement de notre cinéma, sur le modèle de ce qui se fait en France depuis déjà plusieurs années. Mais là où les bonnes intentions retombent dans les mêmes taupières, c'est lorsque les directeurs de Téléfilm et de la SODEC abordent la question des scénarios et de ce qu'ils désignent comme une « écriture déficiente ». Que très peu de gens ici sachent écrire une histoire selon les règles classiques est une chose et cela est probablement vrai - même s'il y a de quoi s'étonner dans un pays qui a une tradition de conteurs -,mais on perçoit plutôt, derrière cette remarque, la même sempiternelle poursuite d'une recette qui gangrène notre cinéma depuis déjà un bon moment, celle de la «bonne histoire»: la clé du succès. Et encore là, cette fixation obsessionnelle sur le scénario, comme seul garant de la qualité d'un film, témoigne d'un manque absolu de culture cinématographique; sinon de culture tout court. Si tout ne devait se juger que d'après une histoire sur papier, on préfère ne pas imaginer le sort réservé à des scénarios tels que ceux des plus grandes réalisations de l'histoire du cinéma, que ce soit Le charme discret de la bourgeoisie, Huit et demi, L'Avventura, Les trois couronnes du matelot ou Le sacrifice, s'ils devaient se retrouver un jour sur la table d'un de ces fonctionnaires omnipotents. Quelle oeuvrette édulcorée il en sortirait, si l'un d'eux parvenait à être tourné, après maintes et maintes réécritures (afin de rendre les situations plus crédibles, la psychologie plus solide, les rebondissements plus efficaces, etc.) - sans compter les judicieux commentaires de ces intervenants mandatés aux projections en cours de production pour traquer l'erreur (ils en trouvent toujours, on les paye pour ça). Et puis, comme si tout cela ne suffisait pas, le pdg de Téléfilm en rajoute en annonçant qu'il compte prendre conseil auprès des libérateurs de notre télé, les fondateurs de Musique Plus et de MuchMusic! On voit d'ici à quoi ressemblera le nouveau cinéma québécois «jeune et imaginatif » ! |
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| Mais venons-en à l'évidence : de viser encore et toujours la soi-disant faiblesse des scénarios pour expliquer la déchéance actuelle de notre cinéma (les fameux « films de qualité » dont tous les fonctionnaires se vantaient se sont-ils soudainement transformés en crapauds ?) permet aux institutions de se dédouaner de toute responsabilité et de refuser de voir qu'ils ont eux-mêmes créé les carcans qui étranglent notre cinéma et l'ont mis en péril. Se voyant investies du devoir (et du Pouvoir) d'administrer les deniers de notre culture, en même temps que de celui de juger de sa qualité, ces « têtes gérantes » de nos organismes ne vont pas se faire hara-kiri et se désigner comme les principaux responsables du naufrage. S'ils doivent trouver un coupable, ils le nommeront « scénario » et auront ainsi l'assurance de préserver leur mainmise paternaliste sur l'essentiel de la création. Pourtant, qui peut ne pas voir que notre cinéma est précisément malade d'une obsession du scénario infaillible, véritable Graal dont la poursuite l'oppresse tragiquement ? Qui sera dupe encore de ce miroir aux alouettes que nous tendent aujourd'hui, main dans la main, Téléfilm et la SODEC lorsqu'ils clament la renaissance du cinéma d'auteur ou usurpent la dénomination de « nouvelle vague »(1) ? Qu'y a-t-il de réellement nouveau dans ce qui apparaît comme une énième trouvaille pour mieux régenter, domestiquer, policer notre cinéma ? Et chaque fois l'atrophier davantage... Marie-Claude Loiselle |
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