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| Du plomb dans l'aile de la Cinémathèque [ 24 images N° 105 - p. 3 ] |
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| Depuis lagrandissement de la Cinémathèque québécoise, dont la réouverture a eu lieu au printemps 1997, on savait les temps difficiles pour cette institution, pilier de la culture cinématographique du Québec. Malgré une extension de son mandat à la télévision ayant nécessité lembauche dun conservateur et une deuxième salle équipée pour présenter les émissions et les uvres sur support vidéo, malgré lajout de deux salles dexposition et un accroissement inévitable des dépenses liées à la gestion dun plus vaste édifice, le budget dopération est demeuré ce quil était avant la rénovation. Cela a eu pour conséquence que le 6 novembre dernier, lors dune assemblée générale spéciale, le Conseil dadministration de la Cinémathèque a sonné lalarme quant à une situation financière dramatique qui place lorganisme dans un état de crise sans précédent. En clair, la Cinémathèque se dirige vers un déficit accumulé de 1 M$, sans que lon sache si les 161 800 $ (non récurrents) octroyés la journée même de cette assemblée par le ministère de la Culture pour combler une partie du déficit annuel (lui, de lordre de 400 000 $) suffiront à rassurer les banques qui se disaient sur le point de retirer à linstitution ses marges de crédit et de lui interdire toutes dépenses supplémentaires, y compris les salaires versés aux employés. Les caisses sont donc non seulement à sec jusquà la fin de lannée budgétaire (31 mars 2001), mais le trou qui reste à combler est toujours de 240 000 $. Il faut rappeler quen 1991, la superficie des entrepôts de conservation de Boucherville devenue insuffisante a été quadruplée, entraînant des dépenses additionnelles de 150 000 $ par année sans quaucune somme supplémentaire ne soit accordée. En 1994, la situation devient à ce point critique que linstitution, placée devant la perspective de gérer la décroissance, considère quil est « impossible de continuer sans un accroissement du mandat qui puisse justifier une injection de fonds gouvernementaux »(1). Ces fonds nont jamais été consentis. La Cinémathèque recevra pourtant 13 M$ pour la rénovation et lagrandissement de ses installations, éveillant lespoir (la grande illusion !) que « le changement déchelle [de ses] activités [permettrait] de créer des liens avec certains secteurs de lindustrie et de toucher de nouveaux publics »(2). Mais là encore, cette part dautofinancement, purement hypothétique il va sans dire, ne sest pas concrétisée. Les commanditaires ne se sont pas bousculés aux portes, la fréquentation de la salle Claude-Jutra est demeurée la même quauparavant, tandis que celle de la salle Fernand-Seguin et des expositions na pas atteint le niveau espéré. Cela dit, faire courir les foules devrait-il être le premier objectif visé par une cinémathèque ? La salle Claude-Jutra reste le seul lieu où il est possible de voir sur grand écran à Montréal, en version originale, des rétrospectives comme celles consacrées à Buñuel, Chaplin, Bresson, Oliveira, Ford, Carle, Lubitsch ou Imamura, et qui, pour leur part, ont fait salle comble bien des soirs. Quant à la nécessité de la salle Fernand-Seguin, elle ne saurait être mise en doute dans un contexte où la plupart des documentaires sont tournés en vidéo, tandis que les lieux de diffusion, eux, demeurent extrêmement limités ce qui a dailleurs conduit la Cinémathèque à augmenter la place qui leur est accordée. Mais la question qui se pose aujourdhui est aussi crue que de savoir si la Cinémathèque pourra continuer à jouer ce rôle de sauvegarde et de diffusion de la mémoire du cinéma. Car sil lui fallait encore restreindre davantage ses dépenses, alors que largent manque déjà pour faire venir certaines copies, quil ny a même plus de budget dacquisition depuis quatre ans et plus de budget consacré au tirage de copies de conservation des films québécois(3), ce serait pour elle séloigner toujours plus de son mandat initial face auquel elle a déjà dû jeter du lest pour survivre. Il y a bien, depuis janvier 2000, un nouveau directeur administratif, mais à moins quil ne soit alchimiste, il y a peu de chance quil puisse transformer le chrome et le granite de lédifice en or. Il devra composer, lui aussi, avec un budget de fonctionnement qui na jamais été indexé en fonction des besoins les plus élémentaires de linstitution. Il y a bien aussi, depuis décembre 1999, un comité créé par le conseil dadministration chargé de trouver des sources de financement externes, notamment du côté de lindustrie du cinéma et de la télévision, mais on peut supposer que les entreprises privées, peu reconnues pour leurs visées philanthropiques, sattendent à ce que la Cinémathèque règle en premier lieu avec le gouvernement son problème de déficit, et retrouve sa vitalité, avant denvisager une quelconque forme dassociation. Mais encore, pourquoi la Cinémathèque devrait-elle avoir à quémander quelques milliers de dollars à des entreprises comme Cinar qui, elles, reçoivent chaque année, provenant des fonds publics, des millions de dollars en subventions ? Pourquoi le gouvernement ne donne-t-il pas plutôt directement ces sommes à la Cinémathèque, considérant, bien sûr, que celui-là reconnaisse celle-ci comme une institution culturelle majeure dans la société québécoise ? Nous aimerions croire que la proposition de la ministre Maltais de mettre sur pied un groupe de travail, formé de deux fonctionnaires du ministère et de trois représentants de la Cinémathèque, soit le signe dune telle prise de conscience. Mais il faudrait surtout que cette ouverture aille de pair avec un soutien financier substantiel de la part du gouvernement, qui permette enfin à la Cinémathèque de reconsolider ses assises et de remplir pleinement son mandat. À quoi bon investir des millions de dollars dans la production de films sil nexiste pas un phare solide pour tout le milieu, un lieu où puisse perdurer et être diffusé ce patrimoine commun ? Le budget moyen dun film québécois aujourdhui est de 3 à 4 M$ et il sen tourne chaque année une bonne dizaine de cet ordre. Pendant ce temps, notre cinémathèque coule. LÉtat tergiversera-t-il encore longtemps avant de lui accorder les quelque 500 000 $ annuels nécessaires à sa survie et à son expansion ? Marie-Claude Loiselle
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