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| Le travail : une chanson de gestes par Robert Daudelin Le cinéma québécois aux frontières de l'espace social par Pierre Barrette Machine, travail, cinéma : les noces difficiles par Philippe Gajan C'est comme regarder dormir quelqu'un qu'on aime par Jacques Leduc Ce vieux rêve qui bouge (d'Alain Guiraudie) Que reste-t-il de nos labeurs ? par Marie-Claude Loiselle Entretien avec Alain Guiraudie propos recueillis par Jacques Kermabon Professeur : un des plus beaux métiers du monde par Yves Rousseau Petit abécédaire du travail par Pierre Barette, Philippe Gajan, Marcel Jean, Yves Rousseau et André Roy |
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| Le travail : une chanson de gestes par Robert Daudelin [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 5-7 ] |
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| [...] Il fut un temps lépoque du cinéma dit du «samedi soir» en France et des telefoni bianchi en Italie où on ne travaillait jamais au cinéma! Le cinéma contemporain na guère fait mieux. Il y a bien de temps en temps une «waitress» pour tomber amoureuse dAl Pacino (Frankie and Johnny de Garry K. Marshall) ou de Jack Nicholson (As Good As It Gets de James L. Brooks), mais cela répond davantage aux exigences dun genre (la comédie dite «de situations») que dune volonté de parler du travail. (Geneviève Bujold, dans les mêmes fonctions, est nettement plus convaincante dans Entre la mer et leau douce de Michel Brault). Dans le cinéma américain, cest plutôt du côté de Martin Ritt quil faudrait chercher: les enfants-mineurs de The Molly Maguires et la petite ouvrière du textile de Norma Rae (sur jumelle de la jeune ouvrière de On est au coton de Denys Arcand), malgré (ou à cause de) lhumanisme communisant du cinéaste, sont des personnages beaucoup plus ancrés dans la réalité du travail. De façon générale, il nest évidemment pas nécessaire dêtre marxiste pour comprendre que lusine est un lieu dexploitation. Le travail à la chaîne est limage même de lhomme assujetti à son travail et dont les gestes chronométrés (Chaplin lavait déjà éloquemment traduit) ne sont que le prolongement mécanique de la machine globale que constitue lusine réalité correctement illustrée par Élise ou La vraie vie de Michel Drach et La classe ouvrière va au paradis dElio Petri. Louis Malle voulant traiter du même sujet devra se tourner vers le documentaire (Humain, trop humain) et Godard vers la métaphore (Sauve qui peut (la vie). Le travail ménager est une autre forme de travail à la chaîne, ce qua bien compris et si admirablement mis en scène Chantal Akerman dans son immense Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles. Filmant en temps réel et en plans fixes les gestes répétitifs de son héroïne préparant un repas ou faisant un lit, Akerman livre, sans aucun sentimentalisme, un portrait à la limite du supportable de la femme au foyer. Sans discours, avec des dialogues réduits à leur plus simple expression, elle confère à ces gestes réputés banals une dimension proprement tragique. Puis vint Cantet Si René Allio a su un jour pénétrer limaginaire dune femme de ménage (Rude journée pour la reine), le cinéma français nen est pas pour autant célèbre pour la place quy occupe le travail. Or récemment, cest de ce côté que nous sont venues les bonnes surprises: Y aura-t-il de la neige à Noël? de Sandrine Veysset avec Daniel Duval en paysan bossant dur, et Le petit voleur dÉrick Zonca, avec comme héros un jeune boulanger bien saisi dans le quotidien de son métier, sont deux exemples de cette volonté nouvelle dancrer le destin de personnages dans leur travail.[...] |
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![]() Ressources humaines de Laurent Cantet. Quand le travail devient affaire de claviers et de boutons. |
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| [...] La réflexion la plus brûlante, de par son urgence et sa pertinence, cest du côté de Laurent Cantet quon la trouve. En deux films (Ressources humaines et Lemploi du temps), ce cinéaste modeste et rigoureux, mieux que personne, nous a proposé une réflexion tout à fait moderne sur le travail. Si le travail en usine est filmé (et très bien filmé) dans Ressources humaines, cest davantage sa fonction comme moteur de la société qui est remise en question par le cinéaste, que son pouvoir daliénation tel que laurait dénoncé une approche marxiste classique. La société actuelle, nous dit Cantet, va éclater à partir de lusage quon va faire du travail. Qui a désormais droit au travail? Louvrier qualifié ou linformaticien? Ou le cadre scientifiquement formé et capable de tout planifier? Et le film nest jamais démonstratif: lémotion est toujours convoquée et notre réflexion salimente toujours à lefficacité de la mise en scène et du travail des comédiens (non professionnels, pour la plupart). Lemploi du temps, le film plus récent de Cantet, pose les mêmes questions, dans une perspective plus abstraite, plus terrifiante aussi. Cest un film sur labsence de travail. Le protagoniste, titulaire dune fonction déjà plutôt abstraite, se retrouve sans emploi et décide de mimer le travail. Quoi de plus humiliant dans une société où lautorité de lhomme se fonde encore sur son travail (et sur largent que ce travail lui permet de rapporter à la maison) que dêtre identifié «sans travail» un statut qui pourtant risque de devenir de plus en plus courant dans nos sociétés postindustrielles
Plus encore que dans le premier film, la mise en scène, comme la direction dacteurs, sont ici dune rigueur absolue: impossible de sen échapper. Le vrai film dépouvante, cest Lemploi du temps. Les gestes du travail sont le plus souvent des gestes publics, et pourtant ce sont des gestes profondément intimes: tout individu sy engage totalement, sy trahit. Doù peut-être la difficulté de les filmer. Doù aussi lurgence de continuer à essayer de les filmer, dautant plus que dans nos sociétés dites avancées, le travail devient de plus en plus abstrait affaire de claviers et de boutons et que les gestes perdent leur sens. De plus en plus doutils acquièrent le statut dartefacts et quittent latelier pour le musée; bientôt les Arriflex et les Aaton les y rejoindront [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 5-7 ] |
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| Le cinéma québécois aux frontières de l'espace social par Pierre Barrette [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 8-10 ] |
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| Cet ancrage profond du travail dans la sphère éminemment concrète de lexpérience humaine est probablement ce qui explique que cest surtout le documentaire dans le cinéma dici qui ait exploité ce filon. Pierre Perrault reste en ce sens à la fois le précurseur et le modèle: de lart ressuscité de la pêche au marsouin qui permet de faire revivre les gestes oubliés du passé, aux images poignantes des cultivateurs dépossédés dAbitibi, le grand documentariste avait largement compris que pour approcher lhomme, on doit non seulement lécouter, mais aussi le regarder travailler. Ceux qui aujourdhui gardent vivante cette riche tradition québécoise ont souvent les mêmes préoccupations, adaptées à notre temps: on na quà penser au très beau film de Catherine Martin Les dames du 9e ou même à son tout récent Océan, ou encore à celui que Serge Giguère a consacré à Gilles Garand, le musicien-syndicaliste (Le reel du mégaphone), pour sen convaincre. Mais quen est-il du cinéma de fiction? Quelle place notre cinématographie actuelle donne-t-elle à ce pan important de la réalité québécoise? [...] | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| [...] Il est remarquable en effet que les histoires que racontent nombre de films québécois depuis quelques années mettent en scène des personnages qui refusent ni plus ni moins lunivers du travail et choisissent demblée un mode de vie marginal, qui les place à la frontière de la communauté humaine. Il peut sagir carrément dexclus, de robineux tels quon les désignait il ny a pas si longtemps, comme dans Joyeux calvaire de Denys Arcand; ce peut être aussi, et cest le cas de presque toute luvre de Pierre Falardeau à lexception de la série des Elvis Gratton (dans Octobre, Le party et 15 février 1839), des personnages emprisonnés, au propre ou au figuré, donc mis à lécart de la société et placés en dehors du circuit de la production. On ne compte plus au Québec les films qui mettent en scène des criminels, des mafieux, des motards, le monde des drogués et des petits revendeurs (parmi lesquels Hochelaga de Michel Jetté, Le dernier souffle de Richard Ciupka, La loi du cochon dÉrik Canuel ou Requiem pour un beau sans-cur et Quiconque meurt, meurt à douleur de Robert Morin), ou simplement des marginaux qui refusent de jouer le jeu social (comme dans Eldorado de Charles Binamé, Yellowknife de Rodrigue Jean et la plupart des films récents dAndré Forcier, par exemple). Comment expliquer quune petite cinématographie comme la nôtre consacre une part si grande de son énergie à mettre en scène les frontières de son espace social, et si peu à représenter cet espace lui-même? Cest un peu comme si lidentité fuyante et mal assurée du Québec en devenir générait un inconfort qui empêche les cinéastes den viser le centre et leur fait systématiquement préférer la périphérie. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 8-10 ] |
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| Machine, travail, cinéma : les noces difficiles par Philippe Gajan [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 11-13 ] |
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| [...] Dans le cinéma américain, le travail reste une religion, plus que pour nimporte quel autre pays occidental: cest dailleurs étonnant de constater comme, avec la triade travail, famille, État, on fait rapidement le tour dune bonne partie de la production hollywoodienne. Souvent, un «héros» américain se définit dabord par sa fonction et donc son travail, il est avocat, médecin, policier ou pompier et on le voit plus quà son tour dans lexercice de ces fonctions. Ces mêmes fonctions déterminent son action dans le film. Cest lune des significations que lon peut trouver à Space Cowboy dEastwood. Nos braves papys de lespace ne recouvrent leur identité quà partir du moment où ils redeviennent ces bons vieux mécaniciens de lespace davant linformatisation à outrance, eux qui refusaient de se laisser supplanter par les machines
ou par des singes. Que reste-t-il à dire? Un mot peut-être sur lintermède du cinéma de la modernité. Les films de Jacques Tati mettent en scène un doux illuminé en butte à cette fameuse vie moderne dont la machine se fait plus souvent quà son tour la parfaite illustration. Dans les films de Tati, la machine, bien plus que le fleuron de la modernité, est le symbole dune mésadaptation de lhomme à son environnement. La machine, froide, inhumaine, jalonne le parcours du «héros» dobstacles absurdes. Cest lépoque du rêve du tout automatisé, qui rime avec perte didentité. Mais du travail à la chaîne qui produit ces robots de lère de la domotique, il nest pas question. Encore une fois, la machine pose problème et le cinéma se refuse à lui rendre justice. De socialement inacceptable du fait de lassujettissement des masses dont elle se faisait loutil, elle est devenue le symbole de la science sans conscience dans le cinéma hollywoodien et celui de la perte de conscience dans le monde moderne. La machine est dangereuse, pour ce quelle est intrinsèquement, ou par ce quon en fait. |
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![]() Playtime de Jacques Tati, ou la machine comme symbole dune mésadaptation de lhomme à son environnement. |
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| Quen est-il, dès lors, dune représentation contemporaine adéquate du rapport de lhomme à la machine dans le monde du travail daujourdhui? Ne considérons pas le documentaire, qui a son propre modus operandi, ni le portrait (dhomme, de métier, de société), pour nous intéresser à la fiction et donc à la mythologie du travail dans nos sociétés postindustrielles. Lexemple qui vient à lesprit immédiatement est bien sûr Ressources humaines. Dans ce film, le rapport de lhomme à la machine garde son aspect humain, il est dédramatisé aussi, et le travail sapparente davantage à la fonction de lartisan. Car ce nest plus la machine anthropomorphique, lantre de Metropolis, ni même, malgré le sujet du film, le médiateur de lesclavagisme par lequel le patronat maintient ses troupes. Ici, la machine nest quobjet, outil de travail justement et filmée comme tel, pas très loin finalement dun assemblage de tôles inanimées auquel louvrier prête temporairement vie. Dailleurs, le père ne répète-t-il pas dune certaine façon les mêmes gestes quà lusine, une fois chez lui, dans son sous-sol quil a aménagé en menuiserie? Si la dimension sociale est pourtant omniprésente dans le film, cest bien plutôt à travers les rapports humains quil faut la chercher. Et si les gestes du père se ressemblent à lusine et à la maison, cest quil sagit de ceux dun vieil homme fatigué, usé, vidé de sa combativité par la vie et non par la machine. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 11-13 ] |
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| C'est comme regarder dormir quelqu'un qu'on aime par Jacques Leduc [ texte complet voir 24 images n° 111 p. 14-15 ] |
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| [...] Mais quest-ce que filmer le travail? Filmer le travail, cest comme regarder dormir quelquun quon aime. Filmer le travail cest dabord prendre le temps quil faut. Et prendre le temps au cinéma, cest prendre le cinéma lui-même, qui est, à linstar de la musique, un art du temps. Filmer le travail cest essayer den saisir et den montrer la vraie nature, de la comprendre et de la faire comprendre. Nous voilà en plein documentaire et bien loin des ressorts dramatiques classiques. Mais encore: jusquoù est-ce que je montre le travail, quand il est monotone, sans faire fuir le spectateur que lon devine plus réceptif que la moyenne (puisquil assiste à un documentaire!)? Il en va ici de la monotonie comme il en va de la toile dun peintre, dans une biographie ou dans un film dart. Combien de temps la laisser à lécran? Quatre secondes? Huit? Seize? Cest le rythme du film, en dernière analyse, qui va en déterminer la durée, et même si cest contraire au sens du tableau, art de lespace, fait pour être accroché et contemplé aussi longtemps que lon veut, il va bien falloir couper quelque part! Mais je dérive Combien de temps allouer à la monotonie quand on filme un travail monotone? Assez longtemps pour en faire comprendre la monotonie, me direz-vous. Ça peut être assez court en fin de compte! Faut que le film avance! Une photo de Salgado sur les travailleurs dans les mines dor du Brésil men dira toujours tout autant que le film impossible à faire sur le même sujet. [...] [ texte complet voir 24 images n° 111 p. 14-15 ] |
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| Que reste-t-il de nos labeurs ? par Marie-Claude Loiselle [ 24 images n° 111 p.16 ] |
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| Si le rituel du travail en vient presque ici à revêtir un caractère sacré, cest quil ny a pas dun côté le travail et de lautre la «vraie» vie. Pour Alain Guiraudie, le travail cest aussi la vie. Cest véritablement tout un rapport au monde, déterminé par le travail, qui est ici déployé. Ainsi, se dégage peu à peu du «corps-machine» du technicien une sensualité qui se propage à toute cette succession de gestes répétés, defforts physiques, dallées et venues des ouvriers qui entre la cour envahie par les herbes folles et les parasols où ils se réunissent et lintérieur rôdent autour de lui, linterrogent (et sinterrogent), sympathisent un peu, laissant éclater les aveux et les silences de pudeur autour de cette machine qui, au fil des heures, affiche le compte à rebours du temps qui reste à vivre dans ce lieu, jusquau moment où chacun repartira de son côté vers un avenir inconnu; comme si les jours comptés de cette machine (et de lusine) venaient précipiter les choses, forcer certaines situations, certains rapprochements, aussi improbables ou éphémères soient-ils. Comme si enfin quelque chose de décisif se jouait avec la fermeture de cette usine et la dispersion dune communauté de vie, scellant du coup le sort douvriers désormais seuls face à un monde du travail devenu un monstre à broyer la main-duvre. Placé sous le signe de multiples impossibilités (la liaison du technicien et du patron de lusine, celle dun ouvrier tendre et bourru et du technicien), dun avenir sombre, de la privatisation, de la mondialisation, Ce vieux rêve qui bouge est un film crépusculaire. Pas de faux espoirs ni dillusion dun monde meilleur qui pourrait renaître des cendres de celui qui se meurt. Mais le crépuscule, ce nest pas la nuit: on peut encore y avancer et les personnages de Guiraudie nont rien de résigné, ils ne portent pas le poids de la fatalité sur leurs épaules. Les impossibilités sont des moteurs qui les poussent vers autre chose, qui les obligent à faire un pas de plus, parce quon ne peut pas sarrêter, parce quil y a encore la vie, le désir Et cest en cela aussi que le film dAlain Guiraudie est admirable. |
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| Entretien avec Alain Guiraudie propos recueillis par Jacques Kermabon |
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![]() La machine que l'on démonte, comme pour marquer le compte à rebours du temps. |
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| « 24IMAGES: Si la place du travail est manifeste dans Ce vieux rêve qui bouge, on se rend compte, en repensant à vos précédents films, que cest quelque chose qui a toujours été présent. » ALAIN GUIRAUDIE: Je fais partie dune génération à la charnière de deux époques, qui a assisté à des changements sociaux fondamentaux autour du travail. Mes parents avaient connu le plein emploi et jai grandi au milieu dune culture ouvrière et paysanne pour laquelle le travail est quelque chose dimportant: il ne faut pas perdre son temps à ne rien faire. Et en même temps, cest vrai que jai toujours aimé ne rien faire de mes journées, même si ensuite, jéprouve un sentiment dinsatisfaction. Le travail, cest quand même le lieu par excellence où se tissent les liens sociaux, où lon est en contact huit heures par jour avec des gens que lon na pas choisis. On a un peu trop facilement déterminé que le travail est quelque chose de contraignant, de fondamentalement emmerdant, alors que cela vous rattache à la réalité. Par contre, je me vois mal en train de capter une image documentaire du travail, de filmer quelquun en train de faire un travail qui existe réellement. Ce type de filmage documenté mennuierait, dans la mesure où il y a toujours une espèce de vacuité dans le travail. Que lon filme des types en train de serrer des boulons dans une usine ou quon les filme en train de ne rien foutre, il me semble que cest un peu la même chose, non? Entre le surplus de travail et loisiveté, cest la même absurdité. En ce sens, Ce vieux rêve qui bouge serait linverse des Temps modernes de Chaplin. Presque trois quarts de siècle plus tard, on voit où on en est! Si je dis ne pas être capable de filmer de façon documentaire des gens au travail, je crois que cest aussi pour une question de respect, car ce ne sont pas les quelques mois que jai passés à lusine qui me permettent de parler de ce travail. Je préfère donc décaler les choses et aborder le sujet de façon plus allégorique. Ou encore, comme je lai souvent fait, parler du travail mais en montrant loisiveté. Et ça, cest quelque chose qui me plaît bien: parler dune chose en montrant son contraire. « 24IMAGES: Vous voulez dire quil y a pour vous une impossibilité de filmer le travail réel? » ALAIN GUIRAUDIE: Vous me direz que dans Ce vieux rêve qui bouge, le travail est bien présent. Il y a la machine que lon démonte, mais je vous jure que lorsque les ouvriers qui travaillaient réellement dans lautre partie de lusine venaient voir ce que nous faisions, ils se fendaient la gueule! Ils nous disaient: «Dabord, à qui allez-vous faire croire que cette machine-là existe, et puis ensuite, à qui allez-vous faire croire que votre bonhomme est un ouvrier?» (rires) « 24IMAGES: Ces commentaires ont-ils eu une incidence sur votre mise en scène, ont-ils modifié quelque chose dans les gestes effectués par le technicien? Lui avez-vous suggéré des gestes précis? » ALAIN GUIRAUDIE: Au départ, javais un comédien pour jouer le personnage du technicien, qui nest pas branque et qui sait travailler. De toute façon, on a posé la machine en ne se préoccupant pas de savoir à quoi elle sert ni comment elle marche. Que la machine fonctionne réellement ou non, ça navait pas dimportance. Lessentiel cétait quelle fasse du bruit. Mais franchement, est-ce quon voit réellement le technicien en train de démonter la machine, est-ce quon voit ses gestes? Pas tellement, il me semble. On le voit la tester, il y a des discussions autour de la machine, je le filme quelques fois en train de dévisser des boulons, mais il ny avait pas cinquante mille façons de dévisser ce boulon. Le plus important est de tourner la clef dans le bon sens. En fait, la machine se démonte surtout hors champ. Il me semble que cest quelque chose qui est assez vite évacué, et finalement, je me suis davantage intéressé à lécoulement du temps en montrant la machine à divers stades du démontage, mais aussi à lesthétique de la machine à ces diverses étapes, à ce quon démonte ou ne démonte pas à tel ou tel moment. Aux déplacements aussi. |
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![]() La fin d'un monde ouvrier. |
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| « 24IMAGES: Et pourtant, le souvenir que lon garde effectivement, cest celui dun type qui démonte une machine pendant presque tout le film, bien quil ne semble pas y avoir dans ses gestes un souci dauthenticité. On sent que tout cela est bien construit et stylisé. » ALAIN GUIRAUDIE: Oui, complètement. Je ne suis pas du genre à emmener le comédien dans une vraie usine pour quil rencontre de vrais ouvriers. Jai quand même été plusieurs fois régisseur sur des téléfilms, notamment un qui se passait dans une usine de couture et pour lequel on a fait faire aux comédiennes un stage sur des machines à coudre. Il y a quelque chose là-dedans que je narrive pas à faire sans que je puisse expliquer pourquoi. Jai rencontré le cinéaste portugais Pedro Costa il y a une semaine et on se disait justement tous les deux que filmer le travail ne passe pas forcément par filmer du travail, cest-à-dire filmer des gens en train dexécuter une tâche. Dans La vie rêvée des anges, il y a un plan qui, à mon avis, bousille tout le film. Cest le plan final où Zonca fait un travelling sur des ouvrières devant leur machine à coudre. Je trouve ce plan extrêmement méprisant. « 24IMAGES: Cest un travelling Et le travelling est une affaire de morale, pour reprendre la formule labellisée par Godard. Ici, ce serait un travelling qui nest pas moral? » ALAIN GUIRAUDIE: Cest effectivement une affaire de morale, mais ici, il est plutôt utilisé de façon éthiquement douteuse. Cest comme si ce travelling-là voulait nous dire: «Regardez-moi ces pauvres ouvrières. Regardez-moi ces pauvres filles qui rentrent dans le rang et la misère de tout ce monde-là.» Je ne sais pas si cette impression est due au travelling ou même au fait de filmer des gens qui travaillent « 24IMAGES: Cest peut-être dû au fait que les filmer comme ça, en les surplombant, vient dun coup noyer chaque travailleuse dans la masse. » ALAIN GUIRAUDIE: Alors justement, lorsque je me suis mis à travailler sur le projet de Ce vieux rêve qui bouge, non seulement je me suis dit que je ne voulais pas tomber dans le naturalisme, mais aussi que je voulais méloigner de la logique des masses. Dabord, si tu respectes la logique des faits, une usine qui a compté, comme on peut limaginer vu la grandeur des hangars, un bon millier douvriers avant le dernier plan de licenciement, ne met pas quune dizaine demployés au chômage. Un temps, il en restait une vingtaine au scénario, mais je nen ai gardé que la moitié parce que je ne voyais pas ce que jallais faire des dix autres. Je voulais éviter à tout prix de les réduire à nêtre que des figurants. Il fallait absolument que chacun puisse exister individuellement, ce qui est dautant plus important quil sagit de la classe ouvrière. Il faut la sortir de la logique des masses. Par rapport au plan final du film de Zonca, je crois que vous avez mis le doigt sur le problème: on sy retrouve justement, encore une fois, enfermé dans cette espèce de représentation du monde ouvrier doù aucun individu ne se dégage. Deux dentre eux lont été dans un premier temps, mais pour ensuite être replongés dans la masse. Franchement, un ouvrier, je ne sais même pas ce que cest, mais si ça devient à lécran quelquun à qui on met une blouse ou un bleu de travail pour lui faire simplement effectuer une tâche, ça ne mintéresse pas. En tout cas pas cinématographiquement. « 24IMAGES: Ne faut-il pas interrompre le travail pour quil se passe quelque chose au cinéma? » ALAIN GUIRAUDIE: On simagine que lorsquon est au travail, on ne peut rien faire dautre. Les gens qui voient Ce vieux rêve qui bouge ont lair étonnés de constater à quel point il peut se nouer des affaires de cur dans un lieu de travail, et quon peut y penser à autre chose quau boulot. Quand je me suis mis à élaborer le projet, je sentais quil y avait quelque chose à fouiller là-dedans, mais sans tout de suite mesurer limportance que cela allait prendre. Peut-être que le travail est trop considéré comme une parenthèse dans la vie. Lorsque je parle de travail comme lien social, je veux dire que cest extrêmement important de travailler pour se faire des amis. Par exemple, cest la première fois que je vis dans une ville sans y avoir jamais travaillé. Eh bien, même si cela fait quatre ans que jy suis, cest la ville où je connais le moins de monde. La profession réunit beaucoup les gens. « 24IMAGES: Le film montre un technicien qui est engagé pour démonter la dernière machine dune usine sur le point de fermer. Il est seul à travailler, mais il ne veut pas de laide des autres. » ALAIN GUIRAUDIE: Javais aussi envie dégratigner au passage toutes les histoires de solidarité ouvrière. Personnellement, je nai pas beaucoup bossé en usine, mais un peu quand même, et jai aussi travaillé dans des endroits du type restaurant universitaire. Je peux vous dire que lorsque tu te retrouves dans ces cuisines, tu nes pas parmi les fleurons de la société française! La solidarité, je lai sentie dans des moments de lutte, des moments où ça allait mal, mais au travail, pas tellement. Chacun fait son boulot. Je me rappelle dune bonne femme qui était employée à ce quon appelle le trou, cest-à-dire quelle devait recevoir les plateaux après que les gens avaient terminé de manger pour balancer les déchets dans la poubelle. Un jour, elle arrive au boulot et le chef cuistot avait mis quelquun dautre à son poste. La femme en a fait une crise de nerfs: on lui avait piqué son trou. Elle nous a assommés pendant tout le service, alors quelle aurait pu simplement en profiter pour ne rien faire. Dans ces endroits-là, comme à lusine, faire son boulot sans se faire aider par un autre sauf quand on ne peut vraiment pas faire autrement devient très vite une affaire de dignité. Et tu peux très bien te faire envoyer sur les roses parce que tu as été aider quelquun sans quil te lait demandé. Et puis, il y a eu dans la société cette mutation de notre rapport au travail. Lorsque les gens arrivaient à lusine à vingt ans et y restaient jusquà leur retraite, il se créait un réel attachement au lieu de travail et aux collègues. Il y a quand même quelque chose qui liait tout ce monde-là. « 24IMAGES: Cela est très bien saisi dans votre film chez les dix ouvriers restés à lusine. » ALAIN GUIRAUDIE: Je fais sauter le mythe de la solidarité ouvrière pour retrouver dautres solidarités, quelque chose qui a à voir avec je ne sais pas comment appeler ça. De la fraternité? Cest lié à lidée de communauté en tout cas. Il faut énormément de temps pour tisser des liens avec les collègues, et mon film, sur ce plan, nest pas du tout réaliste concernant les rapports du technicien aux employés de lusine. Il y a un fort sentiment de solitude lorsquon arrive au milieu dun groupe bien établi. Ma génération a été la première à expérimenter le fait daller travailler six mois à un endroit, deux mois à un autre, ce qui, du coup, crée un rapport au travail assez solitaire. Jen ai parlé avec des syndicalistes plus âgés et ils mont dit que les jeunes aujourdhui ne se syndiquent pas. Pourquoi? Parce quils ne se sentent attachés ni à leur lieu de travail, ni même à leur travail comme tel. Ils simaginent que, de toute façon, ils sen sortiront mieux sils vont ailleurs, quils vont peut-être même ainsi améliorer leur situation sociale et leurs conditions de travail. Or, montrer un technicien qui, sans être un intérimaire et bien quil possède un réel savoir-faire, se déplace dusine en usine, me permettait daborder cette question de la transformation du travail. |
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![]() Jacques, le technicien (Pierre-Louis Calixte) et Louis, l'ouvrier (Jean Segani). |
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| « 24IMAGES: Une monteuse, avec laquelle je discutais dernièrement, me parlait des gestes du travail et du fait quils tendent aujourdhui à se ressembler dans tous les métiers. Les monteurs nont plus de pellicule à toucher et, partout, quel que soit le bureau, on se retrouve face à un ordinateur. Les gestes deviennent alors les mêmes à peu près pour tout le monde, y compris dans les usines où, à certains postes, les gens ne manipulent plus que le clavier et la souris. Il ny a alors plus rien à voir, plus rien à filmer. En ce sens, votre film saisit peut-être les derniers gestes que lon peut encore montrer comme lorsque Alain Cavalier tourne ses vingt-quatre portraits de femmes exerçant des métiers artisanaux. Ce sont des gestes qui disparaissent, quon ne verra bientôt plus. » ALAIN GUIRAUDIE: Vous avez raison, les gestes du travail suniformisent dune façon incroyable. Rouquier avait montré ces gestes en voie de disparition, en filmant entre autres un tonnelier. Il est vrai que par mon film je cherche aussi à saisir quelque chose dune autre époque et qui a encore à voir avec lartisanat. Il sagissait clairement de se plonger dans un univers qui représente la fin dun monde. Par rapport à cela, je dois dire que la question de cette machine que le technicien devait démonter a été assez compliquée. Je suis allé visiter plusieurs usines pour trouver une machine parmi celles qui pouvaient leur rester et je ne vous dis pas ! Cest indémontable, ces trucs-là! Il faudrait être douze pour y arriver. Ou alors ça devient assez sophistiqué, avec des cadrans et tout. Et assez inintéressant à filmer. Alors jai demandé au chef décorateur de me construire une machine qui ressemblerait davantage à un alambic quà une véritable machine industrielle. Il sagissait de fabriquer quelque chose qui ait lair bricolé et donc issu dun autre temps. Pas le genre de machine hi-tech que lon trouve maintenant dans les usines, avec des cadrans, des boutons sur lesquels les types appuient. Il ny a là rien à filmer, cest très statique. La dernière usine que jai visitée, où on fabrique des pièces dautomobiles pour Fiat, cétait exactement comme ça. Plus loin, il y avait le bureau détude où se font la recherche, la conception de lautomatisation, la création des moules, et là, tout le monde était assis devant un ordinateur. Bon, je pourrais tout de même montrer cette réalité en faisant causer les employés de choses et dautres. Ça doit quand même être possible de filmer ça. Dans 3 huit par exemple, Philippe Le Gay réussit plutôt bien à bâtir une intrigue en montrant des types en train de travailler. Il faut dire quil sagit du travail du verre, ce qui est beau à filmer, avec la matière en fusion qui sort des fours, mais là encore, on parle dune industrie assez vieillotte. Il est toutefois étrange de constater que, traditionnellement, le cinéma avait un fort ancrage dans les milieux populaires si on pense à Marcel Carné et à beaucoup dautres et quen même temps, jai beau chercher, je ne me souvienne pas de tellement de films où lon voit des gens travailler. Ou alors ce sont des gangsters, des cow-boys ou des patrons de café. Cest donc quil doit y avoir une difficulté bien réelle. Finalement, ça vaut vraiment le coup, votre idée de se pencher sur le travail au cinéma! |
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| Professeur : un des plus beaux métiers du monde par Yves Rousseau [ texte complet voir 24 images n° 111 p. 20 ] |
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| Petit abécédaire du travail par Pierre Barette (P.B.), Philippe Gajan (P.G.), Marcel Jean (M.J.), Yves Rousseau (Y.R.) et André Roy (A.R.) [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 111 p. 21-27 ] |
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| Agent immobilier Glengarry Glen Ross de James Foley. Y.R. |
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| Agriculteur Y aura-t-il de la neige à Noël? de Sandrine Veysset. ![]() Y aura-t-il de la neige à Noël? se passe dans une exploitation maraîchère du sud de la France, dans les années 70. Sont installés là une mère, ses sept enfants et son amant. Ils sactivent avec énergie aux travaux de la terre, pour ensuite vendre la récolte au marché. Les conditions de travail sont précaires; la famille vit sans confort ni équipements modernes; la campagne sent ici la pauvreté et la misère. Ce premier film, dun réalisme légèrement onirique, de Sandrine Veysset, raconte une exploitation, qui est tant celle de la ferme que celle de la force de travail: la mère et les enfants doivent travailler à la baguette sous la direction brutale de lhomme, à la production doignons, de navets, de laitues Veysset sait excellemment montrer les gestes et leurs conséquences, cette fatigue du corps lorsquil est resté courbé toute la journée aux champs à cueillir les légumes et à les trier. Comme elle sait montrer le changement des saisons (les conditions sont plus difficiles lhiver venu) et les petits détails quotidiens (les objets, les habits, la sensation de la chaleur et du froid). La ferme est un lieu autarcique, paradoxalement aliénant (par lexigence dun travail abrutissant) et heureux (les enfants ne sennuient pas, leur mère leur raconte le soir il ny a ni radio ni télévision des souvenirs, pour elle resplendissants comme des contes, elle est leur fée, eux les sept petits nains, elle fait oublier logre quest leur père). Malgré lautorité dictatoriale de lhomme et une désespérance certaine, la famille, soudée, se sent investie de la mission de tirer abondance de la terre. Ce que décrit avec précision et luminosité Sandrine Veysset. A.R. |
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| Ambulancier Bringing Out the Dead de Martin Scorsese. A.R. |
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| Avocat The Rainmaker de Francis Ford Coppola. M.J. |
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| Barbier The Man Who Wasn't There de Joel et Ethan Coen. ![]() Retour aux sources du film noir après les délires homériques des prisonniers en cavale de O Brother, Where Art Thou?, The Man Who Wasnt There des frères Coen va droit au but, sans couper les cheveux en quatre, dirions-nous. Le barbier, espèce en voie de disparition, relégué au rang des souvenirs folkloriques par la démocratisation du concept de coiffeur, est un personnage unique en soi. Peu disert, il écoute les clients raconter les bribes de leurs vies à mesure que tombent les mèches, il balaie consciencieusement le parquet tel lassassin qui efface les moindres traces de son crime. Figure en creux, effacée, à la limite de la disparition, soulignée par le titre: cette histoire est celle dun homme qui nexiste pas, plus précisément dont personne ne remarque lexistence. Les gestes du barbier sont minutieusement décrits comme un rituel immuable qui touche au néant. Le client ressort la nuque et les oreilles dégagées, mais comme si rien ne sétait vraiment passé. Effleurement du peigne, cliquetis des ciseaux, tout a eu lieu comme dans un rêve, ou une séance de psychanalyse, avec laquelle le salon de barbier possède plusieurs analogies: le fauteuil, le (stade du) miroir, la confession, lacte de payer, le jeu dans/sur la tête, la discrétion du professionnel. Ironiquement, cest lorsque le barbier cherchera à sincarner, à passer du côté de laction, quil sera broyé par ses conséquences. Le jeu de Billy Bob Thornton, tout en retenue, à la limite du néant, aussi évaporé que la fumée de ses omniprésentes cigarettes, fait du personnage dEd Crane une sorte de fantôme inoubliable, le standard en matière de barbier au cinéma. Y.R. |
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| Boxeur Kid's Return de Kitano Takeshi. Si les drames sportifs sont nombreux, ils escamotent souvent le travail du sportif cest-à-dire les longues heures dentraînement, la discipline de vie stricte au profit de lillustration de la performance. Cest le cas notamment des innombrables films portant sur le baseball, qui reposent davantage sur le talent vu comme un don de Dieu. Quelques films de boxe font cependant exception, à commencer par ceux de la série Rocky où, pour promouvoir une éthique protestante du travail, Stallone (pourtant italo-américain, donc déducation catholique) magnifie leffort comme peu de gens lont fait avant lui. Dans un autre registre, Kids Return de Kitano Takeshi sintéresse à la vie dun jeune boxeur flirtant avec la délinquance. Longs joggings et scènes de gymnase ponctuent le récit, insistant sur la discipline nécessaire au moindre succès entre les câbles. Discipline et expérience aussi, car il existe des coups qui ne senseignent pas: il faut dabord les encaisser pour pouvoir ensuite les donner. Film mineur dans luvre dun cinéaste important, Kids Return pose donc un regard juste sur ce qui est à la fois un sport et un gagne-pain. M.J. |
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| Commis Erin Brokovich de Steven Soderbergh. Le talent le plus remarquable de Soderbergh, cest de rendre intelligentes des histoires destinées au départ à plaire à un très large public, et en ce sens Erin Brokovich est probablement une de ses grandes réussites. Certes, le film table sur les principaux ingrédients du blockbuster, à commencer par une grosse vedette (Julia Roberts) et une histoire de scandale écologique qui a défrayé les manchettes pendant près de dix ans aux États-Unis, mais lessentiel reste ailleurs et dépend en fait de la manière dont sy prend le réalisateur pour asseoir son histoire dans la réalité, ici une description suave et très terre à terre du monde du travail. Habituellement, les films développant une intrigue judiciaire présentent pour lessentiel les résultats du travail préliminaire effectué sur le terrain par les avocats; ici, cest tout linverse, et la part congrue du scénario est destinée à nous montrer cette Erin Brokovich, qui nest pas une avocate mais une subalterne mal fagotée et mal embouchée, se taper un boulot denfer pour faire aboutir ses intuitions sur un cas épineux que nont pas su éclaircir les professionnels qui en étaient chargés. La prestation de Julia Roberts est en ce sens digne de mention, car cest elle ultimement qui réussit à rendre crédible et fascinant ce mélange de désinvolture singulière et dune éthique du travail toute protestante. Il en résulte un film au féminisme étonnant, dont le discours sous-jacent pourrait bien être que le véritable travail nest pas toujours accompli par ceux que lon croit. P.B. |
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| Coursière à vélo 2 secondes de Manon Briand. P.B. |
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| Employé d'entretien Bread and Roses de Ken Loach. P.G. |
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| Esthéticienne Vénus beauté (Institut) de Tonie Marshall. A.R. |
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| Journaliste True Crime de Clint Eastwood. P.G. |
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| Légionnaire Beau travail de Claire Denis. Lunivers des légionnaires transfiguré par Claire Denis dans Beau travail est une symphonie des corps, une chorégraphie des sens, gavées de soleil et dimages du désert. Avec un arrière-goût de LAtlantide de Pierre Benoit (ou du film de Pabst), romantisme en moins, le film décrit ce moment précis et impensable où un grain de sable vient enrayer cette formidable machine à oubli quest la Légion étrangère. La Légion ne supporte pas que quelquun se distingue, de quelque façon que ce soit. Le premier « travail » des légionnaires est à ce titre de se fondre dans la masse, de sanéantir, de disparaître en tant quindividu pour ne faire plus quun avec le corps, la « famille ». Lautre est dapprendre à obéir sans chercher à comprendre. Dans Beau travail lintrusion dun être trop beau vient alors réveiller des passions souterraines trop longtemps contenues. Et ce à quoi semploie Claire Denis, sans tomber dans lantimilitarisme, cest en quelque sorte à se faire le peintre dun anachronisme, dune survivance qui a pour cadre une sorte de nulle part suspendu dans le temps et quun intrus vient faire vaciller. Car, sil serait tentant de voir dans Beau travail une entreprise de démolition de labsurdité de ce monde perdu, cest surtout le mythe du légionnaire qui intéresse la cinéaste. Le mythe de ces « travailleurs » de la grande muette qui sentraînent à être prêts, sans savoir pourquoi, sans savoir pour quand, sans même savoir pour qui. Il y a là quelque chose du degré zéro du travail, au-delà même de labsurde. Si le travail rend humain, alors la Légion serait lanti- travail. P.G. |
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| Médecin Kanzo Senseï dImamura Shôhei. A.R. |
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| Ouvrière La vie rêvée des anges dÉrick Zonca. M.J. |
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| Psychanalyste La chambre du fils de Nanni Moretti. M.J. |
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| Serviteur Remains of the Day de James Ivory. A.R. |
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