Seconde partie
préparé par Gérard Grugeau et André Roy

La vie en partage
par Gérard Grugeau

Beaucoup d’idées noires
quelques raisons d’espérer

par Nicolas Klotz

Trois questions à Manoel de Oliveira

Assis entre deux chaises
par Francis Leclerc

Une citadelle, une caméra
par Atom Egoyan

Quelques mots de Youssef Chahine

Le viol collectif du cinéma indien
par Murali Nair

Cinématographiquement vôtre
par Apichatpong Weerasethakul

La conspiration de la bêtise
par Micheline Lanctôt

Face à la mondialisation et à l’hégémonie américaine
les « complices » provoquent
une crise dans le cinéma chinois
par Yang Chao

Pedro Costa et le projet de nouvelle loi
sur le cinéma au Portugal

Lettre de Jean-Marie Straub

The Matrix
séduction technologique ou invasion culturelle ?
par Michaël La Chance

Le déclin de l’empire Hollywoodien de Hervé Fischer
par Pierre Barrette

Les règles de l’art les lois du marché
par Pierre Barrette
La vie en partage
par Gérard Grugeau

[ 24 images n° 122 p. 13-14 ]
Parler de la mondialisation des images, prendre la mesure de la résistance des identités culturelles face à l’hégémonie américaine, c’est bien sûr tenir compte des lieux d’énonciation. D’où parle-t-on ? D’où fait-on entendre une voix singulière qui lie l’image au monde, qui dit et nomme un espace en cinéma ? De là nous est venue l’idée d’accueillir dans nos pages ces Paroles de cinéastes qui ouvrent la seconde partie de notre dossier. Paroles d’ici et d’ailleurs qui, d’un lieu d’énonciation, confirment ou, parfois, nuancent les propos alarmistes énoncés dans notre précédente édition. Oui, la perspective d’un village global assujetti à une sous-culture calquée sur le modèle mercantiliste américain (voir la « culture du show-business » à la Disney dans le magnifique The World de Jia Zhangke) fait peur. Oui, la standardisation de la production cinématographique et l’appauvrissement des imaginaires inquiètent. Et peut-être le regard occidental, pour des raisons de proximité évidentes avec l’ogre américain, est-il celui qui se sent le plus menacé par ce désastre anthropologique qu’il anticipe volontiers.

Cri de révolte désespéré d’un Nicolas Klotz qui, sur les ruines de notre « agonie collective », s’en prend depuis la France à « ces formatages cosmétiques qui dévitalisent le cinéma mondial ». Cri d’indignation d’une Micheline Lanctôt qui conspue du Québec cette « culture massifiante et productrice de vide ». Crainte plus cérébrale et mesurée d’un Francis Leclerc, ou d’un Atom Egoyan, qui confirme néanmoins la marginalisation du cinéma d’auteur au Canada anglais. De tous les continents nous parvient en fait le même constat d’une mondialisation dissolvante, déshumanisée (Youssef Chahine), soumise à la seule loi marchande laquelle encourage la servilité (Murali Nair) face aux sirènes du capitalisme triomphant (Pedro Costa et Jean-Marie Straub). Cette « faillite de l’art » et cette « fausse prospérité », décriée entre autres en Chine par Yang Chao, s’accompagnent généralement d’une profonde crise d’identité. Et cette situation préoccupante d’un monde qui tend à se complaire dans une sorte d’inculture indifférente se double souvent, comme le souligne le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, d’une incurie de la part d’un État démissionnaire, toujours prompt à céder à l’illusion cosmopolite et à se désintéresser de ses propres idéaux culturels.

Faut-il en déduire pour autant que ce grand brassage planétaire, cette violence économique mondialisée dont les cinémas minoritaires sont les premières victimes, provoque la mise en place irréversible d’une idéologie totalisante, véhiculée par une industrie hollywoodienne surplombante et aliénante ? Sans doute est-ce céder un peu vite au catastrophisme altermondialiste, même si les dangers sont bien réels. Sans doute peut-on croire, à l’instar de Manoel de Oliveira, que « la globalisation ne sera jamais totale » et que l’art sans frontières saura toujours préserver sa part d’hétérogénéité et d’irréductibilité. À cet égard, le texte de Michaël La Chance (en clôture du dossier) sur la trilogie The Matrix – vue comme le paradigme d’un hypothétique ethnocentrisme totalitaire hollywoodien – temporise quelque peu les discours réducteurs en rappelant qu’il existe une grande tradition culturelle américaine et que la culture de masse déréalisante (et la médiocrité régressive qui l’accompagne) commence aussi dans notre propre cour.

Peut-être n’est-il pas inutile de souligner ici que, en dehors des considérations économiques, la mondialisation reste un fait social complexe, tissé de nos subjectivités et de nos réflexes d’adaptation. Au-delà des inquiétudes légitimes, peut-être faut-il entendre les voix de l’auteur Serge Gruzinski et de l’anthropologue américain d’origine indienne Arjun Appadurai qui se sont beaucoup penchés sur la question de la colonisation des imaginaires et qui voient dans les mondialisations successives à travers l’Histoire une réelle possibilité d’émergence de nouveaux territoires culturels diversifiés, disjonctifs, complexifiés. Dans cette appréhension dynamique du phénomène de la mondialisation, et non dans le repli sur une sorte d’« angélisme identitaire », pour reprendre l’expression de Dominique Wolton, résident sans doute les solutions de demain.

Malgré l’ampleur de la tâche à accomplir pour promouvoir une véritable cohabitation culturelle sur le plan mondial, l’éveil d’une conscience planétaire prend forme. À ce titre, le débat entourant le texte de la Convention sur la diversité des expressions culturelles au sein de l’Unesco fera sans doute date, et ce, indépendamment du résultat du vote à l’automne prochain. Qu’elles nous viennent des Micheline Lanctôt, Nicolas Klotz ou Manoel de Oliveira, qui en appellent respectivement à « une écologie de la culture », à « une Internationale cinématographique » ou « au respect des différences pour l’établissement d’une paix durable », des paroles de résistance circulent, suscitant un réveil des solidarités. Quelles formes prendront ces nouvelles solidarités en faveur d’un cinéma pluriel, audacieux et radical ? Les nouvelles technologies, et notamment l’essor du numérique et de l’électronique (voir la rencontre entre Paul Tana et Hervé Fischer), révolutionneront-elles la production et la diffusion cinématographiques au point de faire trembler le colosse hollywoodien ? À quelles nouvelles pratiques se prêtera l’image ? Quelles nouvelles fenêtres de visibilité accueilleront les cinémas de demain ? Autant de questions qui, face aux incertitudes d’un vide à combler et d’un présent en mutation, nous renvoient inexorablement à la nécessité première du cinéma : celle d’une « expérience de vie en partage » (Chris Marker) qui réinvente à chaque fois les enjeux du lien et de la communauté sous nos yeux de rêveurs solitaires. Car, comme le laissait entendre à juste titre Jonathan Nossiter dans À l’ombre d’Hollywood de Sylvie Groulx, résister pour résister est illusoire. Seul compte le besoin humain qui est le moteur de l’art, sa justification profonde, aussi bien pour celui qui donne que pour celui qui reçoit. Bref, le cinéma et la vie ont partie liée et c’est de leurs noces barbares renouvelées que naîtra sans doute le meilleur antidote à la finitude du monde.
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Beaucoup d’idées noires
quelques raisons d’espérer
par Nicolas Klotz*

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 15-17 ]
Je n’aime pas trop cette expression de diversité culturelle qui résonne si bien avec celle des droits de l’homme. L’une comme l’autre, je les entends comme la sonnerie d’un même glas. L’annonce d’une lente agonie collective. Vidées de tout réel pouvoir politique, elles sont devenues au fil de trois décennies des voiles derrière lesquels les massacres prolifèrent de plus belle. Des expressions commodes qui permettent à trop de personnes de s’arranger avec leurs consciences, de masquer la réduction tragique d’un monde multiple que nous connaissions et connaissons encore, totalement indomptable, insaisissable et absolument irreprésentable, en un monde triste qu’on voudrait nous faire croire unique et parfaitement représentable, peuplé d’êtres humains bien répertoriés et bien élevés, très proprement classés selon leur rentabilité économique.
Ce n’est pas le manque d’argent qui menace le cinéma en France, c’est la tristesse de ce monde unique, castré, vidé de vie ; et le constat, féroce, de l’épuisement de beaucoup d’intellectuels, artistes, cinéastes qui peu à peu disparaissent, s’effondrent, ou vident leur travail de toute forme de révolte. Un monde abruti par la consommation de masse, les flux financiers et télévisuels, les nouvelles technologies. Monde féodal, monde pourrissant maquillé en jeune fille libre et offerte, drogue dure qui pulvérise nos esprits, nos corps, nos désirs collectifs. Avec ce monde-là, il est de toute évidence de plus en plus difficile de collaborer sans renoncer à la vie même, et bien évidemment, sans renoncer au cinéma.

Le seul cinéma accepté par ce monde-là est le cinéma cosmétique, celui qui efface l’usure et parfume l’odeur des morts. Malgré sa façade de parfumerie de luxe, le cinéma français s’éteint lentement.

En quinze ans, les décideurs qui jouent avec le financement du cinéma français se sont retirés du financement du cinéma d’auteur français, mettant bon nombre de cinéastes, de producteurs, de distributeurs et d’exploitants dans des situations épouvantables. Ce retrait quasi militaire (sous le prétexte de la rentabilité économique, de l’audimat, de la loi du plus fort, blablabla…) s’est d’autant plus durci que s’est développée en contrepoint toute une offensive communicante sur la diversité culturelle. Les décideurs ne parlent jamais tant de la diversité culturelle que lorsqu’ils veulent décimer et démanteler les formes cinématographiques qui leur résistent. Malgré ce que ce retrait signifie et malgré le chaos qu’il provoque dans la production du cinéma d’auteur mondial, aucun mouvement, aucune revendication un peu forte ou de révolte n’a vu le jour dans le cinéma français. Reflet d’une réalité collective minée par la stratégie des parcours individuels, l’effondrement de la gauche, le durcissement des conditions de vie et l’épuisement des auteurs qui tentent de construire des espaces de travail dedans, au bord, ou à côté de cette machine économique formatée pour détruire.

Il est intéressant de constater à quel point le cinéma d’auteur français contemporain est méprisé par les filiales cinéma des chaînes de télévision françaises, ARTE France Cinéma comprise. Et comment leur maniement de la langue française, brillamment savante, rivalise d’ingéniosité pour éradiquer élégamment ce qui doit être éradiqué. Des colonies françaises à l’effondrement de la gauche en passant par Vichy, Pétain, l’Afrique, la France a acquis une longue expérience historique dans la justification des pires saloperies. On peut même affirmer sans grand risque de se tromper que le cinéma d’auteur français est, de tous les cinémas du monde, le cinéma le plus méprisé aujourd’hui par les chaînes de télévision françaises. Ce qui n’est évidemment pas un hasard. Puisque même blessé à mort et méprisé, ce qui reste encore debout dans le cinéma d’auteur français continue à inventer des esthétiques et à générer des rapprochements avec d’autres cinémas, cinématographiquement plus vigoureux pour le moment (argentin, coréen, thaïlandais, chinois, portugais, etc.).

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 15-17 ]
Assis entre deux chaises
par Francis Leclerc

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 18 ]
[...] Je n’ai rien contre les grosses productions québécoises, souvent coproduites avec d’autres pays pour gonfler le budget. Je n’ai rien non plus contre les idées commerciales cachées derrière les prénoms Maurice, Aurore, Séraphin et Alys. Pour nous, cinéastes à notre premier ou deuxième film, toutes ces productions agissent comme des locomotives. Ils suscitent l’intérêt du public qui, par la suite, devient (parfois) curieux de découvrir des films comme Mémoires affectives. Ça, je l’ai compris il n’y a pas si longtemps. Le danger, c’est de ne vouloir produire au Québec que des locomotives. Beaucoup de puissance sur les rails… et beaucoup de pollution aussi. Les wagons qui suivent risquent de se perdre dans la boucane. Rajoutez à cela un nombre croissant de cinéastes et de premières œuvres. Tout le monde cherche le chef-d’œuvre qui ne coûte rien. À force de faire des films en vidéo gonflés en 35 mm, notre cinématographie s’amenuise en qualité technique et les coups de génie sont aussi rares qu’un film d’auteur québécois chez Blockbuster. [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 18 ]
Une citadelle, une caméra
par Atom Egoyan

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 19-20 ]
[...] Il y a plus de deux ans, j’ai écrit une lettre de démission au Groupe de travail sur le Fonds du long métrage canadien, lettre dans laquelle je déclarais :
« En toute sincérité, je m’interroge sur la pertinence de ma participation au Groupe de travail sur le Fonds du long métrage canadien, car je me sens de plus en plus placé dans une situation délicate. Mon nom se retrouve lié à une série de politiques reflétant une tendance qui ne m’aurait jamais permis de suivre la carrière qui a été la mienne si ces mesures avaient été en vigueur quand j’ai débuté. Bien que j’appuie sans réserve l’objectif visant à assurer un plus grand succès national aux films canadiens, je constate que trop de films importants ne seraient plus financés aujourd’hui dans le cadre du modèle que l’on propose de mettre en place. Étant de ceux qui sont fermement convaincus des impératifs culturels de la production de films, je ne saurais me permettre d’être associé à un ensemble de politiques qui iraient à l’encontre de ce que représente ma pratique de cinéaste ».
Même si les artistes trouveront toujours un moyen de s’exprimer, même si, par des initiatives comme CAMERA, il y aura toujours un lieu pour montrer leurs films, je crains que le cinéma d’auteur au Canada anglais ne devienne une activité complètement marginale. [...]

[...] Une cinématographie nationale aura toujours un avenir si les cinéastes sont prêts à faire leurs films avec des moyens modestes et d’énormes sacrifices. C’est ainsi que les artistes ont toujours travaillé. Les protecteurs des arts seront toujours nécessaires et j’ai eu la chance – comme beaucoup d’autres créateurs de ma génération – de trouver un soutien financier auprès des organismes publics. Avec les changements de priorités, je crois que la pratique cinématographique finira par manquer de ressources, mais elle survivra. Elle le doit. Une nation qui ne produit pas d’images d’elle-même ne peut pas exister. Car les images sont ce qui nous définit.

Comme je l’ai dit au début, je me trouve à un point curieux de ma carrière. Alors qu’on me presse de me conformer au mandat actuel de Téléfilm, celui de rejoindre un plus large public, je ressens encore par ailleurs le besoin urgent de produire des films dans une totale liberté artistique. Cela est essentiel à ma pratique. J’ose croire que ces deux positions continueront d’être compatibles.
30 juillet 2004

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 19-20 ]
Le viol collectif du cinéma indien
par Murali Nair

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 21 ]
[...] Consciente de l’énorme potentiel commercial en jeu, l’Amérique hégémonique s’attaque à la florissante industrie indienne tournée en hindi. Et il est intéressant de voir les stratégies qu’on utilise pour prendre pied dans le marché.

Avec la même implacabilité dont ils ont fait preuve pour assassiner plusieurs cinématographies européennes jadis prospères, les Américains ne se posent pas de questions. Notre industrie repose sur une culture familiale. Si son grand-père est un acteur, même un enfant encore dans le ventre de sa mère peut devenir une vedette. Telle est la situation. Les Américains s’empressent alors d’offrir une visibilité internationale aux producteurs indiens imbus d’eux-mêmes. Un faux sentiment de fierté nationale s’installe. Les producteurs croient à une véritable reconnaissance alors que le tapis de l’industrie est en train de leur glisser sous les pieds. Si des chasseurs bombardiers envahissent l’Irak, c’est, en Inde, à un bombardement de films américains que l’on assiste dans les médias. Les Américains engagent en bloc les vedettes les plus en vue, les rendant ainsi indisponibles pour les productions locales. Les acteurs jouent aussi le jeu, car ils obtiennent de meilleurs cachets que ceux que leur offrent les producteurs locaux. [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 21 ]
Cinématographiquement vôtre
par Apichatpong Weerasethakul

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 22-23 ]
[...] Selon moi, les artistes et les cinéastes survivent à travers la mondialisation. Celle-ci nous permet de nous pencher sur nous-mêmes et de réaliser les trésors que nous avons. Je ne sacrifierai jamais de mon temps pour tourner un grand succès hollywoodien parce que c’est là un travail spécialisé. Et puis, certaines personnes apprécient justement mon travail parce qu’il est différent des produits hollywoodiens. Des tas de cinéastes thaïs aspirent, bien sûr, à être comme M. Spielberg. Chez nous, même combinés, Cannes et Venise n’ont aucune chance face à Oscar. La planète Hollywood est entourée d’une aura et c’est un lieu dont rêvent les studios et le gouvernement thaï. Il n’y a qu’à voir comment le Festival international du film de Bangkok est organisé pour plaire à la foule de L.A. J’espère que notre gouvernement n’est que temporairement aveugle et qu’il sait encore faire la part des choses. [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 22-23 ]
La conspiration de la bêtise
par Micheline Lanctôt

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 24 ]
[...] Et notre complaisance à nous, public infantilisé, clientèle docile inféodée à la facilité, au manque de rigueur, au vide et au rire tonitruant. Pourquoi ne demandons-nous pas autre chose, comme c’est notre droit ? Pourquoi ne gueulons-nous pas ? Pourquoi ne posons-nous pas les gestes qui comptent pour exprimer notre résistance ? Pourquoi cette absence totale de subversion ? Pourquoi continuons-nous à acheter, donc à endosser ces « produits culturels » qui nous abrutissent ?

Ce ne sont pas aux quelques organisations qui protestent encore faiblement qu’il faut confier notre consternation. Il est aussi impératif d’agir contre cette culture massifiante et productrice de vide que le « penser globalement et agir localement » de René Dumont. Il faut imposer une écologie de la culture comme il a fallu imposer une écologie de la Terre. [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 24 ]
Face à la mondialisation et à l’hégémonie américaine
les « complices » provoquent
une crise dans le cinéma chinois
par Yang Chao*

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 25-26 ]
[...] À mon avis, la fortune récente du cinéma chinois est illusoire et passagère. Sous les apparences de l’épanouissement, la crise ne cesse de grandir. Tous les réalisateurs qui, volontairement ou non, entièrement ou partiellement, travaillent de concert avec des capitaux étrangers et cèdent le droit de contrôle sur leurs films, sont des complices. Je les perçois comme les responsables de la crise de notre cinéma.

Tous ces « complices » ont une excuse pompeuse pour justifier leur comportement : sauver le marché cinématographique chinois. Dieu seul sait que cette justification les entraîne tout droit dans le piège que leur tendent les grandes sociétés. Sur la planète, il n’y a actuellement qu’un seul marché global, dominé par des multinationales ne s’intéressant qu’à leurs propres intérêts. Si les nouveaux arrivants partagent l’idéologie et les valeurs de cette logique, ils pourront filer quelques jours confortables en faisant le négoce d’objets anciens ; mais les artefacts sont limités et la demande occidentale de pièces du patrimoine culturel asiatique est restreinte. Ces complices finiront donc par devenir une main-d’œuvre à bon marché et de classe inférieure. [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 25-26 ]
Lettre de Jean-Marie Straub

[ 24 images n° 122 p. 27 ]
Voir la lettre ici :
The Matrix
séduction technologique ou invasion culturelle ?
par Michaël La Chance

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 28-31 ]
La culture est l’ensemble des médiations à travers lesquelles nous nous rapportons au monde qui nous entoure, à nos proches et à nous-mêmes. L’actuelle puissance imageante de notre culture, tant par ses moyens technologiques que par son emprise sur les masses, nous fait craindre que la médiation devienne substitution, que les médias audiovisuels soient devenus une mégamachine au sens de Mumford. Ces craintes trouvent leur abcès de fixation dans The Matrix qui incarne, dès sa sortie en salle, tous les dangers du régime de l’image instauré par nos pseudo-rationalités techno-économiques. À en juger par la réaction critique qui s’exprime dans les forums, la trilogie The Matrix serait assurément le paradigme de l’invasion d’une culture américaine totalitaire qui aura tôt fait de détruire nos particularismes culturels. C’est ainsi que le phénomène The Matrix, élaboré à travers ses multiples plates-formes (trois films, un jeu vidéo, une série de films d’animation, une série de bandes dessinées, plusieurs sites Web, une multiplicité de forums, etc.), a pris une ampleur quasi mythique et suscité des prises de position diverses, où parfois les réactions les plus virulentes semblent faire la preuve de l’efficacité de ce film et de son message. Il faut absolument résister à ces films, semble-t-il, si nous ne voulons pas appartenir – comme le film l’enseigne – à la sixième simulation d’un monde corporatif enfermé dans une boucle temporelle et soumis à la répétition d’une illusion totalitaire.

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 28-31 ]