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| par Robert Daudelin |
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| En octobre 2001, à loccasion dune conférence à la Cinémathèque, Don McWilliams suggérait, entre autres pistes pour mieux comprendre lart de Norman McLaren, de regarder du côté de Paul Klee et de Joan Miró. Dans lessai qui suit, McWilliams rappelle que ces deux peintres comptaient parmi les préférés du cinéaste : le géométrisme lyrique de Klee (sans parler de sa science de la couleur) et le bestiaire fabuleux du maître catalan avaient tout pour plaire au créateur de Blinkity Blank et de Caprice en couleurs. Mais la suggestion de McWilliams va plus loin : ne serait-ce pas de ce côté de lart moderne quil faudrait désormais trouver une place pour McLaren, plutôt que dans les limites strictes du seul cinéma danimation, aussi riche soit-il? La réponse à une telle question nest pas si simple quelle peut paraître à première vue. Luvre de McLaren est multiple et échappe souvent à lanalyse. Réévaluer les films, leur attribuer en quelque sorte des cimaises aux côtés de maîtres de lart moderne est une entreprise ambitieuse qui suppose un travail rigoureux dexamen comparatif. Telle nest évidemment pas la prétention du présent dossier. Plus modestement, nous voulons attirer lattention sur un ensemble de films et sur un cinéaste majeur qui, comme cest souvent le cas, sont pris pour acquis. Essentiellement identifiées au cinéma danimation, les expériences de McLaren nen constituent pas moins une sorte de réflexion permanente sur le cinéma, sa nature et sa spécificité : persistance rétinienne, clignotements, matérialité du noir et luminosité du blanc font partie des composantes ontologiques du cinéma que le cinéaste utilise sans arrêt, comme autant de ciseaux ou de tubes de couleur. Qui plus est, le cinéma de McLaren se situe aux points de rencontre de toutes les recherches modernes sur le cinéma, sa nature spécifique et sa grammaire. Avant Godard et Kubelka, McLaren a attiré notre attention sur le vingt-quatrième de seconde, élément structurant du discours filmique. Technicien hors pair il était aussi à laise devant les tireuses du laboratoire que devant sa table à dessin il avait lavantage de travailler sur le film lui-même dont il utilisait la matérialité pour nous faire rêver : son texte célèbre sur les interstices en dit long sur cette fréquentation intime de la pellicule. Mais le côté magique des films nous fait trop souvent oublier lextrême maîtrise du réalisateur et lentreprise de recherche permanente que fut toujours son travail de cinéaste solitaire. Il fut un temps où il ne se passait pas de mois, voire parfois de semaine, sans que nous soit donnée loccasion de voir, de revoir, un film de McLaren. Pour toutes sortes de raisons (distribution frileuse du court métrage, disparition du 16 mm, oubli tout bête de luvre en question), cela nest plus guère vrai. Aussi faut-il se réjouir que lOffice national du film sapprête enfin à diffuser en un même coffret DVD lintégrale des films de McLaren, tests et films incomplets inclus. Pour des raisons plus personnelles, ce dossier 24 images, comme le futur coffret ONF, me ravissent. Pour moi, Norman McLaren a été un personnage très important : cest grâce à lui que jai découvert le cinéma (pas les « vues animées » : cela avait été fait par Gene Autry et Deanna Durbin, dans la salle de danse de mon village) et lart moderne. Je mexplique. Pensionnaire dans un collège classique des années 1950, loin de ma famille et de mes amis, je rêvais de mardis et de jeudis pluvieux parce que ces jours-là, dont laprès-midi était libre, on nous projetait des films plutôt que de nous envoyer faire du sport à lextérieur. Le catalogue institutionnel de France Film était la principale source dapprovisionnement de ces séances de dépannage quil ne faut confondre avec la sérieuse séance mensuelle du ciné-club qui salimentait plutôt au catalogue de J.A. Lapointe dûment sanctionné, entre autres, par le redoutable jésuite Jacques Cousineau. Enfin, certains midis étaient dévolus à des séances plus courtes composées de films de lOffice national du film, dont les célèbres magazines Coup dil que jappréciais tout particulièrement. Or, à loccasion de lune de ces projections du midi, on nous annonça que lOffice national du film envoyait au collège un « cinéaste » (je nen avais jamais vu) pour présenter un programme de films danimation. Le cinéaste était Guy L. Coté (futur fondateur de la Cinémathèque !); les films, une sélection duvres de Norman McLaren. Guy était un excellent présentateur et son enthousiasme me conquit. Je savais désormais que le cinéma était un art et quun cinéaste pouvait être un artiste. En bonus, dans un lieu où le seul nom de Picasso suffisait à faire scandale (les doctes sulpiciens étaient peut-être plus au fait de ses exploits sexuels que de son art ), je venais aussi, sans bien sûr men rendre compte, dêtre initié à lart moderne ! Quelques semaines plus tard je convainquais mes collègues du ciné-club de nommer celui-ci « Ciné-club Norman McLaren ». Ce nétait évidemment quun début et jai beaucoup fréquenté les films de McLaren tout au long de ma vie de cinéphile, découvrant notamment que cet homme incroyable avait réalisé le plus beau film de jazz de lhistoire du cinéma, Caprice en couleurs (1949), le plus bel hommage au folklore franco-québécois, Cest laviron (1944), et doublé les tenants de lOp Art sur leur propre terrain avec Lignes verticales (1960) et Lignes horizontales (1962) comme ladmettait volontiers à lépoque Yves Gaucher qui travaillait à sa magnifique série en hommage à Webern. |
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| Un McLaren très heureux, photographie des cinéastes cubains (1962). À gauche, un griffonnage de McLaren (non daté). À droite, McLaren danse avec lui-même dans la séquence « La dernière danse » de Creative Process : Norman McLaren de Donald McWilliams (1986). | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| McLaren a également souvent accompagné mes activités de programmateur ou de conservateur : au Québec, en 1959, alors que je présentais une soirée McLaren au camp des Jeunesses musicales du Canada, à Orford prétexte en or pour aller y voir ma blonde ! au Portugal, en 1967, alors que la pide de Salazar surveillait encore la vie quotidienne des citoyens et que, pour parler de McLaren avec Vasco Granja, animateur de ciné-club et militant du parti socialiste, il fallait sasseoir au centre du restaurant, sans voisin immédiat au Portugal à nouveau, quelque vingt ans plus tard, chez un peintre dEstremoz, vieux militant du parti communiste, tout fier de me montrer un programme des années 1960 du ciné-club du lieu dont il avait dessiné la couverture en imitant McLaren, de qui son ciné-club projetait régulièrement les films. (Hannibal, cétait son nom, savait-il que McLaren avait été membre du parti communiste écossais ?) en Tchécoslovaquie, dans les années 1970, à loccasion dun congrès de la Fédération internationale des archives du film, à Karlovy Vary, où, à la suggestion de Louise Beaudet, javais apporté des tests et des films incomplets de McLaren pour les besoins dun symposium sur lanimation auquel participait un discret cinéaste belge, Raoul Servais en Espagne, alors que je projetais des incunables de la collection de la Cinémathèque québécoise à la Filmoteca española et quun professeur dhistoire de lart dune université madrilène me proposa daller présenter des films de McLaren à ses étudiants. Les copies 16 mm venaient de lambassade du Canada : rayures, faux raccords et couleurs effacées étaient au rendez-vous et je dus « raconter » les films aux étudiants dont les questions témoignaient néanmoins que la magie de McLaren avait opéré. à Montréal, à loccasion de lavant-première organisée par la Cinémathèque de la copie couleur de Jour de fête de Jacques Tati, que nous avions fait précéder de la projection dun nouveau tirage 35 mm de Caprice en couleurs qui enchanta les spectateurs, leur permettant de découvrir la curieuse correspondance entre ces deux films de 1948-1949, également novateurs. Aux États-Unis, plus récemment, à loccasion dun colloque sur le musical à travers le monde, à lUniversity of California Los Angeles, où je crus bon dapporter le premier musical canadien, Cest laviron, qui bouleversa lauditoire autant que les savants participants. Le cinéma de McLaren est désormais partout, sans qu’on le sache ! Tous ces films produits sur ordinateur par lesquels les auteurs croient réinventer l’animation? Voilà une raison de plus pour redécouvrir ce cinéaste immense, ouvert et insaisissable, et toujours actuel, quelque part entre Klee et Miró. |
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| Un dieu à Volda par Donald McWilliams Pas de deux : Danser pour McLaren par Vincent Warren McLaren et la musique Le « compositeur incomplet » par Réal La Rochelle |
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| Un dieu à Volda par Donald McWilliams [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 15-24 ] |
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| Norman McLaren, personnage principal de son propre film Opening Speech: McLaren (1961). À gauche, un photogramme tiré de Love on the Wing (1938) et à droite, un extrait de Blinkity Blank (1955). Coll. : Office national du film du Canada |
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| [...] Aux côtés de McLaren Jai fait la connaissance de Norman McLaren en 1968. Les premiers moments de cette première rencontre sont encore bien vivants dans mon souvenir. Jétais alors enseignant à lélémentaire et je suivais un cours dété à lONF, là où McLaren a travaillé durant 43 ans, de 1941 à 1984. Je frappai à la porte de son bureau et entrai, mimaginant trouver devant moi un Caprice en couleurs en chair et en os. Mais non, il y avait un homme très timide, que mon arrivée, de toute évidence, importunait. Il y eut un moment de confusion alors quil décrochait des longueurs de film 35 mm de la patère pour y faire une place pour mon imperméable. Le but de ma visite était de montrer à McLaren quatre films faits à la main par mes étudiants de onze ans. Il nétait pas vraiment intéressé Pourquoi leût-il été? Jai compris plus tard que, sil lavait voulu, tout son temps aurait pu passer à répondre à des questions, recevoir des journalistes ou des visiteurs, conseiller des cinéastes, etc. Il me demanda lun des films, linstalla sur une rembobineuse, et commença à le dérouler lentement. Après un certain temps, il sarrêta, sourit, et dit quil aimerait bien voir ces films sur grand écran. Ce quon fit le lendemain et cette projection marqua le début de rencontres qui lentement se transformèrent en amitié, jusquà sa mort en 1987. Jutra disait que McLaren était un homme seul. Durant les cinq premières années au cours desquelles je le fréquentai, cétait aussi un homme très malheureux et il létait depuis déjà un bon moment. En 1968, je nétais pas familier avec ces réflexions de T.S. Eliott selon lesquelles il y a une différence entre lhomme qui souffre et lesprit qui crée. Même plus tard, dans les années 1980, quand jattaquai Creative Process, je navais toujours pas le sentiment que je pouvais traiter ouvertement de cet aspect sombre de McLaren et il mavait demandé expressément de nen rien faire. Néanmoins, cette facette de sa personnalité est implicite dans la demi-heure finale du film. Mais même à la fin du voyage que constituait ce film un tête-à-tête quotidien avec ses images et ses mots sur une table de montage , lénigme qui est au centre de tout être humain était toujours là. McLaren connaissait vraiment son métier, pas seulement lanimation, mais aussi la caméra, le montage, le son et léclairage. Il avait une connaissance de la musique aussi vaste que stimulante : pas seulement la musique classique occidentale, le jazz, le folklore et un peu de musique populaire, mais aussi la musique de plusieurs cultures (Chine, Inde, Europe de lEst, Afrique de lOuest). Il ma même dit un peu pince-sans-rire quil était le spécialiste numéro un mondial du tango ! Ce qui est vrai, cest quil collectionnait les disques dAstor Piazzolla depuis le début des années 1950. Et la CBC refusa un projet quil avait soumis dune série radiophonique sur le tango. Il jouait du violon et du piano, pas bien, mais suffisamment pour être presque le compositeur de certains de ses films et pour travailler sur des pièces purement musicales, comme une série de variations sur le 24e Caprice de Paganini enregistrée par sa caméra sonore synthétique. [...] |
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| McLaren grave sur de la pellicule. Coll. : Office national du film du Canada |
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| [...] La leçon de McLaren Mon film Creative Process : Norman McLaren est sorti au début de lété 1990. À la fin de cette expérience, il y avait encore une énigme au cur de McLaren. Cest peut-être là ma faiblesse : un manque de sensibilité à ce qui était évident pour dautres. Par contre, il y a ces mots de Jean Renoir, au début de son autobiographie : « La vérité est que cet individu dont nous sommes si fiers est composé déléments tels quun certain petit ami rencontré à lécole maternelle ou le héros du premier roman que lon a lu, voire le chien de chasse du cousin Eugène. Nous nexistons pas par nous-mêmes, mais par les éléments qui ont entouré notre formation. » McLaren avait 54 ans quand jai fait sa connaissance. Jétais peu au courant de lhistoire de sa vie malgré tout ce que lui-même et ses collègues mavaient raconté au long de ces années et bien que jaie certains points communs avec lui pour ce qui est du contexte culturel. Dans ce court article, je ne peux peindre quà larges traits; il semble pourtant évident quil y a eu des périodes, des points tournants dans la vie de McLaren où le combat intérieur a pris le dessus sur son désir dêtre relié à la société. Il y avait un malaise profond dans cette vie, un malaise qui sest fait jour dans les années de jeunesse en Écosse, qui sest apaisé à lONF, qui a repris en Chine où Norman travaillait durant les derniers jours de la révolution de 1949 et qui, après cette expérience, ne le quittera plus jamais. Selon Grierson, la conscience que McLaren avait dêtre « lartiste le mieux protégé de lhistoire du cinéma » a alimenté ce malaise. Je marrête pour citer longuement Guy Glover, qui fut le compagnon du cinéaste dès le moment où il se rencontrèrent à un spectacle de ballet, à Londres, un soir de juillet 1937, jusquà la mort de ce dernier en janvier 1987 : « Je suis porté à croire que lopportunité davoir la liberté relative, exceptionnelle assurément, de poursuivre ses expériences techniques a peut-être écrasé lautre face [de McLaren]. Ses sentiments à ce sujet sont terribles. Il semble quà certains moments il ne soit plus convaincu de la valeur ou de limportance de ses uvres non sociales. Il semble alors penser quelles nont pas dutilité spirituelle et pourtant, acculé au mur, il ne croit pas pour autant que tout ce quil a fait soit sans importance parce que dépourvu de signification politique. Mais il y a des moments, quand ses convictions politiques sont très sérieusement interpellées, où il est terriblement critique de ce qui est essentiellement un ensemble duvres non politiques en fait, lensemble du travail de sa vie. Malgré Voisins, Hell Unlimited et, à un moindre degré, Il était une chaise, son travail est massivement apolitique. Quand il est dhumeur politique, cela semble presque lui répugner comme sil était satisfait dêtre insignifiant. Mais je crois quà dautres moments, il nen croit rien. Il sest tellement impliqué une bonne part de lui-même, en tout cas dans la réalisation de ces films apolitiques, que même lui est bien obligé dadmettre quil ne sagit pas dun engagement insignifiant. Ceci dit, je ne sais pas comment répondre à cette question, tellement il est toujours difficile de dire quelle est la valeur sociale dune uvre dart non politique. Parfois, cest une question de savoir quelle est la valeur dune uvre dart politique ! Finalement, cest peut-être que Norman croyait quune partie de son travail non politique navait pas suffisamment dimportance pour quil sy engage totalement, même si, parfois, il est porté à nier cela aussi ». Comme McLaren le disait lui-même, en dernière instance cest lhistoire qui va décider de limportance de son uvre. Quoi quil en soit du jugement de lhistoire, que McLaren soit oublié, ou quon se souvienne de lui, il va faire partie de la tradition cinématographique parce quil a influencé tellement de cinéastes, dans tellement de genres, tout au long de sa vie; ce faisant, il est devenu partie intégrante de la « tradition » subconsciente qui influence ceux qui viennent après lui. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 15-24 ] |
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| Pas de deux : Danser pour McLaren par Vincent Warren [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 25-26 ] |
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| Coll. : Office national du film du Canada | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| [...] Pas de deux Je ne sais pas vraiment comment est né le projet de Pas de deux. Je crois que McLaren avait dabord pensé à Balanchine et au New York City Ballet, mais Balanchine navait pas le temps et Norman sest alors tourné vers Ludmilla Chiriaeff. Jétais un jeune danseur et, dans la hiérarchie dune compagnie de danse, ce nest pas moi qui aurait dû faire le film. Mais McLaren mavait vu danser, et cest moi quil voulait, et je pense que madame Chiriaeff voulait lui faire plaisir. Je crois me souvenir que nous avons fait des tests aussi tôt que 1962 ou 1963. Puis dautres tests, un peu plus tard, avec une autre ballerine, Irène Apinée. Il y a eu beaucoup de tests et dessais techniques auxquels je ne comprenais rien. Il fallait dabord régler les questions techniques. Comment, par exemple, fixer la ligne de lumière autour de nos corps pour créer lillusion dun dessin à la ligne : la seule façon consistait à nous faire danser dans une sorte de vide noir, avec un éclairage très fort de chaque côté qui nous aveuglait littéralement. Au-dessus de nous, cétait lobscurité, et au-dessous, un plancher de feutre. Il fallait que ce soit du feutre, parce que tout autre matériau aurait reflété la lumière. Or le feutre, cest très glissant, comme du velours la terreur pour un danseur ! Et tout était noir ! Alors quand il fallait bondir, nous ne savions plus à quelle distance était le plancher. Ça foutait la trouille ! Et je ne parle pas de la difficulté de maintenir notre équilibre. Margaret Mercier devait faire des pointes, danser sur ses orteils, et moi je devais la soulever et courir avec elle. Et on ne voyait rien : ni léquipe, ni la caméra. Tout ce que je pouvais voir, cétait Margaret, et tout ce que Margaret pouvait voir, cétait moi. Et nous flottions dans lespace, en état dapesanteur : une sensation étrange. Nous arrivions néanmoins à comprendre parce que Norman nous avait montré tous les tests, mais cétait très difficile de danser avec ces éclairages très puissants de chaque côté de nous et aucune autre lumière autour de nous. Quand vous y pensez, cétait une technologie très primitive. Aujourdhui, avec les ordinateurs, ça na lair de rien. Mais nous dansions réellement, prenions une pause, dansions à nouveau et prenions une nouvelle pause. Et nous devions rester immobiles parce que la caméra continuait à tourner [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 25-26 ] |
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| McLaren et la musique Le « compositeur incomplet » par Réal La Rochelle [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 27-29 ] |
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| Au début des années 1950, Pierre Boulez, de passage à Montréal à titre de directeur musical de la troupe Barrault-Renaud, cherchait à rencontrer Norman McLaren. Lauteur du Marteau sans maître était intéressé aux expériences sonores du réalisateur de films danimation. Il avait été informé auparavant par John Cage, à New York, de lintérêt de ses travaux de cinéaste-compositeur. Car Norman McLaren est bel et bien un compositeur de musiques de films, reconnu comme tel par lEncyclopédie de la musique au Canada. Il assume lui-même ce qualificatif, se disant toutefois « compositeur incomplet ». |
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| Coll. : Office national du film du Canada | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| [...] Les travaux de musique concrète de McLaren sinscrivent dans la mouvance quavait initiée Pierre Schaeffer à son atelier de la radio française en composant, lui, des partitions de sons gravés pour diffusion radio-phonographique. Lintérêt des travaux de McLaren est davoir inscrit ces procédés dans la confection de films danimation, avec ou sans caméra. Cétait, suivant lexpression du compositeur électroacoustique Yves Daoust, un terrain expérimental de musique appliquée. De tels sons animés ont leur beauté propre, avec leur velouté un peu étrange et le côté ludique que leur confère le cinéaste dans les rythmiques où il les déploie. Mais les sons de synthèse atteignent assez vite leurs limites expressives à cause du peu détendue de leur timbre et de leurs harmoniques un peu serrées. Outre le fait quil soit long et laborieux de produire de telles bandes sonores, ces limitations expliquent peut-être que McLaren ait eu envie de recourir le plus souvent à des musiques plus usuelles ou encore à des métissages entre les deux types de musique, acoustique et concrète. Quoi quil en soit, des films comme A Phantasy, Voisins, Rythmetic et Synchromie restent des moments forts et sublimes de la filmographie de Norman McLaren cinéaste-compositeur....] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 27-29 ] |
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