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Cinéma et exil |
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| Filmer entre par Gérard Grugeau Hollywood, terre d'exil et de compromis par Pierre Barrette Entretien avec Léa Pool L'exil intérieur propos recueillis par Gérard Grugeau Entretien avec Otar Iosseliani Ici ou ailleurs : l'art de vivre propos recueillis par Janine Euvrard Entretien avec Michka Saäl Le jardin du paradis propos recueillis par Gérard Grugeau Entretien avec Fernando Solanas La déchirure propos recueillis par Janine Euvrard |
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| Filmer entre par Gérard Grugeau [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 106 p. 9-12 ] |
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| Au commencement était le manque... Ce non-lieu symbolique, ce magma informe de lexil nous amène tout naturellement à se demander doù surgit la parole de lexilé. Comme le souligne lécrivain Émile Ollivier, lexil est «cassure mentale» avant dêtre déplacement géographique. Cette instabilité identitaire, cette dépossession du monde que lon peut associer à lexil intérieur trouve le plus souvent sa source dans un manque, qui appelle une quête intime libératrice et une nouvelle configuration de lexistence dans lici et lailleurs. Avant de réaliser à létranger où il mourra Nostalghia (il y donne à voir son propre exil) et Le sacrifice, Andreï Tarkovski était déjà un exilé dans son propre pays. Un exilé spirituel en perte didentité, parce que coupé des racines culturelles et religieuses de la Russie de lère présoviétique. Doù limage forte et fondatrice de la frontière entre deux mondes (le sacré et le profane, le visible et linvisible, le passé et le présent) qui hante lunivers détrangeté de ce cinéaste travaillé par lincomplétude de lêtre et la nostalgie d«une plénitude dexistence» qui renouerait le lien entre les époques. Dans larrachement tragique à la terre quont eu à vivre des artistes comme Tarkovski, Solanas ou Losey (interdit de travail aux États-Unis sous McCarthy pour sympathie communiste, lauteur de The Servant prend le parti «du progrès, de la bienséance et de lhonnêteté» en sinstallant en Grande-Bretagne), cest bien sûr, pour reprendre les termes dAline Apostolska, «le sauvetage du sens même de lhumain» qui est alors en jeu sur fond de répression politique. Mais, à des degrés divers, lexil est généralement affaire de sauvetage personnel.
[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 106 p. 9-12 ] |
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| Hollywood, terre d'exil et de compromis par Pierre Barrette [ voir texte 24 images n° 106 p. 13-15 ] |
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| Entretien avec Léa Pool L'exil intérieur propos recueillis par Gérard Grugeau [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 16-21 ] |
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| 24 images: Sil vous fallait définir un cinéma de lexil, quels sont les mots qui vous viendraient spontanément à lesprit? Léa Pool: Je ne considère pas que le fait davoir quitté la Suisse pour venir métablir au Québec soit un exil majeur. Lexil a joué un rôle beaucoup plus dramatique dans la vie de bien des êtres. Moi, ça été un choix, un luxe au fond, de pouvoir décider du pays où jallais vivre et travailler. Par contre, le fait davoir quitté un territoire pour en habiter un autre a fait surgir des questionnements identitaires qui ne se seraient pas posés en restant en Suisse. Sextraire de quelque chose de connu pour aller vers linconnu fait quon est obligé de se resituer. Avant même de faire du cinéma, javais un sentiment de grande liberté en arrivant ici, du fait de ne pas être associée à une profession (jétais institutrice), à un chum, à un cercle damis. Cétait comme une page neuve. Personne ne savait doù je venais vraiment, quelles étaient mes bases, avec qui jétais, comment jétais, etc. Jaimais cette impression de pouvoir me «refaire», de prendre une autre identité, de transformer lidentité que je pensais avoir. Quelque chose de cette nature-là sest produit à cause du déplacement physique dun lieu à lautre. Je pouvais me redéfinir dans mes choix, dans la liberté que je maccordais. Ça été pour moi un changement de lieu, mais aussi un changement de profession. Cest comme si un nouvel aspect de ma personnalité se permettait alors de prendre forme. Anne Trister est peut-être sur ce plan le film qui marque cette transition. Mais lexil ne se construit-il pas généralement sur un manque? Vos personnages sont toujours évanescents, sur le bord de leffacement. Si on considère Strass Café, votre premier film, on remarque justement que la fiction ne se dit pas au «je» et quelle se construit sur labsence, lerrance, la solitude. Le personnage principal sappelle «Elle». Lexil ne se loge-t-il pas dans cet écart entre le «je» et le «elle»? Partir de la Suisse était-il un arrachement nécessaire pour vous? Inconsciemment, je devais savoir que si je voulais me construire, prendre forme et menraciner, il fallait que je parte, oui. Cest avec le recul que je le vois. Jétais effectivement un être flottant, quelquun qui avait beaucoup de mal à se cerner, à savoir où étaient ses limites dans le rapport à soi et aux autres. En Suisse, javais des frontières précises, mais à lintérieur de ces frontières, jétais moi-même sans balises. Et partir ma permis de recommencer à zéro, de reconstruire ma personnalité. Avant, javais limpression quelle était comme bâtie par dautres et que moi-même, je navais pas accès à ce que jétais. Cest maintenant que je peux dire cela, après un long travail qui a passé beaucoup par le cinéma. Je ne veux pas que mon cinéma ait lair dune thérapie constante, mais il reste que ça été un lieu de questionnement pour moi, un lieu doù je pouvais renvoyer une image de moi-même qui me permettait de construire quelque chose. Mes films sont comme des esquisses successives qui mont bâtie progressivement.
[ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 16-21 ] |
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| Entretien avec Otar Iosseliani Ici ou ailleurs : l'art de vivre propos recueillis par Janine Euvrard [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 22-27 ] |
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| 24 images: Il y a une très belle phrase, dans un de vos nombreux entretiens, qui semble exprimer lune des constantes de votre position intellectuelle, à savoir votre souci de la qualité de la vie et des rapports humains: «Sasseoir autour dune table, dire aux gens des choses agréables, boire et chanter ensemble: cest ça la culture». Cela nétait-il plus possible en Géorgie et est-ce là une des raisons de votre départ? Otar Iosseliani: Non, non, heureusement, tout cela y était et y est encore possible. Si jai quitté la Géorgie, cest uniquement pour des raisons professionnelles. Je ne me suis jamais occupé de politique, je nai jamais été un dissident. Jai toujours trouvé inutile de mengager dans la lutte politique. Je ne me suis jamais senti capable de changer le monde. Quand on voit tous ceux qui ont essayé, on ne peut pas dire que le résultat soit très concluant aujourdhui! Cest lexistence de la censure bolchevique qui ma fait quitter le pays. Le cinéma était devenu très idéologique. Javais fait quatre ou cinq films et pratiquement tous avaient été interdits, mais je continuais malgré tout. En Union soviétique, le cinéma servait uniquement de propagande. Il faisait léloge du régime et il était de ce fait bourré de mensonges. Quelques metteurs en scène comme Paradjanov, Panfilov, Tarkovski, Guerman et Chenguelaia ont réussi à rouler la censure. On présentait des projets tout à fait orthodoxes, puis on tournait autre chose. Chaque fois, la censure était prise au dépourvu et, comme les censeurs étaient responsables du contenu des films tournés, ils ne savaient plus vraiment quoi faire. Ils nétaient jamais très sévères envers nous, mais ils interdisaient le film, ils ne le sortaient pas. Finalement, à bout de patience, ils mont annoncé un jour que cétait fini pour moi... et je nai plus travaillé pendant huit ans. Il a été beaucoup moins «gênant» pour eux de me laisser quitter le pays que de mempêcher dy travailler. Ils se sont débarrassés de moi en me laissant sortir pour faire un film à létranger, un seul, avec lespoir que le bonheur capitaliste me séduirait tellement que je ne rentrerais plus... Ils auraient été alors heureux, libérés de ma présence. Cest à ce moment-là que vous êtes parti pour la France? Oui, jai fait Les favoris de la lune en France en 1984 et... je suis rentré et on ne ma pas expulsé. Contrairement à Tarkovski qui avait été obligé de quitter définitivement la Russie où il vivait vraiment dans un guêpier, jai pu revenir chez moi parce quen Géorgie, qui est un tout petit peu plus loin de Moscou, on était relativement plus libre. Je suis rentré dabord parce que la Géorgie est un pays merveilleux et quelle me manquait terriblement. Cest un pays qui continuait à exister malgré tout et lon ny était pas entièrement étouffé. En Russie, on vivait pratiquement comme sous lOccupation. Et cétait pareil pour toutes les petites républiques autour, y compris les pays Baltes et lArménie. Quand je suis revenu, les fonctionnaires ont grincé des dents parce que, manifestement, ils navaient pas réussi leur coup. Cétait au moment de la perestroïka, lorsque Gorbatchev et compagnie ont un peu relâché létau. Mais le cinéma avait déjà cessé dexister. La propagande navait plus de raison dêtre et le budget de cinéma de lÉtat avait été réduit. Il y a eu alors une diminution des productions. Les techniciens nétaient plus payés régulièrement et ils ont tout simplement commencé à quitter la profession. Il fallait bien se nourrir! Vous vous êtes donc retrouvé en exil... Cette situation ma obligé à revenir en France, et cest comme ça que je continue à travailler ici. Mais je ne suis pas en exil. Après chaque tournage, je rentre en Géorgie. Là-bas, cest la catastrophe. Il y a au moins une centaine de réalisateurs. Il faut dire quil y a eu en Géorgie une véritable école de cinéma, très originale, mais il ny a plus un sou et mes collègues ne peuvent plus continuer à pratiquer leur métier. Cest donc tout simplement pour travailler que je suis obligé de vivre en France. Maintenant, bien sûr, je my suis enraciné. Jai de nouveaux amis, mais je reste à cheval entre deux pays. Ce nest pas parce que je travaille en France que je suis capable de changer desprit et de devenir un metteur en scène français. La culture judéo-chrétienne nourrit mes racines, qui puisent profondément dans lhellénisme et dans le moyen âge de la Géorgie. En France, mon langage cinématographique et mon langage en général, la somme et léventail didées qui mintéressent, ont été bien accueillis. Je peux donc partager avec le spectateur européen mon expérience intellectuelle, ma façon de vivre et mes critères, qui sont cristallisés au sein de la Géorgie. Jai quitté mon pays en 1979 pour la première fois et cela ma été très difficile. Il a fallu que je madapte au système de production français. Si je venais dun pays où la censure fleurissait, je suis tombé dans un autre système de censure: la censure commerciale, celle qui est dépendante des goûts déformés du public. Un goût qui, petit à petit, a été perverti par le cinéma hollywoodien. La pression était assez forte. Ce nétait plus pour moi la censure idéologique, mais celle du tiroir-caisse. En Europe, et notamment en France, le terme «cinéma dauteur» signifiait quelque chose dun peu dissident par rapport au cinéma commercial. Malgré moi, la critique ma classé dans cette catégorie, assez riche dailleurs, avec la Nouvelle Vague, Tati, Truffaut, René Clair, etc. Il y a tout de même eu des phares importants dans ce cinéma dauteur-là. Je continue, sans gagner beaucoup dargent, mais en faisant ce qui mest nécessaire pour vivre tranquillement du cinéma, sans franchement mourir de faim, mais sans menrichir, ce qui est très important.
[ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 22-27 ] |
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| Entretien avec Michka Saäl Le jardin du paradis propos recueillis par Gérard Grugeau [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 28-32 ] |
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| 24 images: Quels mots vous viennent spontanément à lesprit pour définir un cinéma de lexil? Michka Saäl: La mémoire et loubli. Comme si lexil, intérieur ou géographique, voulu ou forcé, entraîne absolument un devoir de mémoire, qui peut passer dans une histoire quon raconte à un ami, quon lui écrit, quon transforme en poésie, en roman, en musique, en matière, en forme, en couleur, en son, en tout cela à la fois: en cinéma. Avec aussi lidée que la mémoire est là non pas tant pour se souvenir, mais surtout pour interroger le présent en tant que trace du passé. Lexil et le cinéma ont à voir avec le temps, dans son expression et sa représentation. Le Temps, qui fabrique lexpérience de lexistence, et le temps, qui est ce quil y a de plus difficile à montrer dans un film. Et la mémoire agit comme révélateur du présent, plus que du passé. Je nai pas pu me livrer à mon réflexe rassurant qui est de lire tout ce qui a été écrit sur la question, de rafraîchir ma mémoire de cinéphile. Alors me viennent à lesprit des films vus récemment et qui ont éveillé des échos parallèles: In the Mood for Love de Wong Kar-wai, Kippour dAmos Gitai, La saison des hommes de Moufida Tlatli, Voyages dEmmanuel Finkiel, Liberty Heights de Barry Levinson. Des films et des cinéastes très différents, mais qui parlent de lailleurs: Hong-Kong, Israël, Djerba, la Pologne et le New Jersey, et ce, à partir du même lieu, celui de lexil. Exil de soi au pays de lautre, exil de la femme au pays des hommes (je pense ici aussi à La captive de Chantal Akerman et à Après la réconciliation dAnne-Marie Miéville), exil du cinéaste lui-même, de ladulte qui se retourne dans sa marche à travers le temps et regarde par-dessus son épaule pour apercevoir la petite fille ou le jeune homme de ses souvenirs. Les cinéastes qui me touchent le plus au-delà de leur talent dartiste sont souvent ceux qui, ouvertement ou non, parlent à la première personne. Pourquoi le Québec comme terre dadoption? Comment vit-on ses premiers moments dexil? Avez-vous ressenti une sorte de schizophrénie sociale au départ? Dans Lhomme dépaysé, Tzvetan Todorov évoque les étapes de déculturation, acculturation et transculturation pour décrire le cheminement de lexilé. Comment sorganise-t-on avec tout cela? [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 28-32 ] |
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| Entretien avec Fernando Solanas La déchirure propos recueillis par Janine Euvrard [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 33-38 ] |
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| 24 images: Au mot exil dans le Petit Larousse, on lit «expulsion». Ce nest pas toujours le cas; parfois la personne prend les devants et part avant dêtre expulsée. Pouvez-vous nous raconter votre départ dArgentine? Fernando Solanas: Votre question est intéressante. Il y a souvent confusion, amalgame, lorsquon parle de gens qui quittent leur pays sans y être véritablement obligés, sans y être vraiment en danger. Selon les Grecs, lexil politique était la plus terrible des punitions. La condamnation à quitter son pays était une des peines les plus sévères. Il y a toujours eu partout dans le monde des mouvements démigration. Cest différent lorsquon quitte son pays dans lespoir de trouver ailleurs une vie meilleure. On prépare alors ce voyage et cest une décision volontaire, liée à un but: apporter du bonheur à la famille ou à quelquun. Lexil politique, lui, est une sorte de déportation (el destiero). Il faut partir tout de suite parce que rester signifie mettre en danger le droit individuel et le corps. Cest un fait violent qui endommage énormément la vie psychologique. Cest un duel, un duel terrible. Quand on sent que lon est condamné à partir de son propre pays pour échapper aux risques dagression ou de prison, de torture ou de disparition, ce qui était notre cas, cest une violence psychologique terrifiante. Cela veut dire quon est obligé de partir dans lurgence, sans sy être préparé. Cest aussi une catastrophe économique énorme. On perd son boulot, ses clients, si on en a. Cest terrifiant, mais on a sauvé sa peau et sa famille. Vous personnellement, pourquoi êtes-vous parti? Javais déjà été menacé à la fin de 1974 par une organisation paramilitaire de droite qui sappelait le triple A (lAlliance Anti- communiste Argentine). Plusieurs artistes avaient été inquiétés. Je navais pas fini Les fils de Fierro, mon premier film de fiction, un film que jaime beaucoup. Les principaux protagonistes en étaient des militants politiques et syndicaux. Cest avec eux que javais constitué le casting. On avait travaillé un an pour transformer ces militants en acteurs et ils étaient très bons. Mais déjà, en septembre 1974 (appelé le «septembre noir»), un mois durant lequel il y eut plusieurs assassinats de personnalités, un des trois protagonistes du film avait été enlevé dans le centre de Buenos Aires. Cétait un conseiller en droit pénal à la Faculté, un homme très connu, un grand monsieur. Il a été assassiné. Javais décidé de ne pas quitter le pays. Je navais pas fini le film et, après lassassinat de mon copain et des autres protagonistes du film, je me sentais plus engagé que jamais à sauver leur mémoire. Jai vécu dans la clandestinité en septembre, octobre et novembre, et jai réécrit tout le scénario après avoir compris que je ne pourrais pas finir le tournage avec le matériau que javais. Jai donc tout réécrit en vers, dans la tradition du livre de poésie dont je métais inspiré, cest-à-dire le grand poème épique national Martin Fierro. Le film a été terminé dans des circonstances extrêmement dangereuses. Aujourdhui, avec le recul, je me dis que jétais complètement fou de mêtre exposé à de tels dangers. Je devais avoir un ange gardien à mes côtés. Le coup dÉtat est arrivé en mars 1976. Je montais le film entre 1 h et 6 h 30 pour que personne ne nous voie, avec la solidarité extraordinaire des gens du laboratoire. On mixait aussi la nuit. Cétait de la folie; ça nous a pris quinze jours. Jai finalement donné linternégatif à la deuxième chaîne de la télé allemande qui en était la coproductrice. Cela a été un des moments les plus heureux de ma vie. Javais le sentiment que le film était sauvé et, avec lui, la mémoire de quatre de ses protagonistes qui avaient été assassinés. Je suis resté en Argentine durant cette année 1975, en déménageant, en espérant que la situation se retourne. Jai commencé à écrire dautres scénarios, dont ladaptation dun roman de Julio Cortázar, puis un scénario original, Adios nonino, titre dun des plus fameux tangos dAstor Piazzolla. Cest une fiction que je devais tourner en Argentine. Voilà à quel point jespérais que la situation change! [ extrait seulement, entretien complet voir 24 images n° 106 p. 33-38 ] |
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