|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Table ronde avec Denis Bellemare, Claude R. Blouin, Sonia Labrecque et Pierre Pageau propos recueillis par Marie-Claude Loiselle et Claude Racine Comme l'étudiant, le fleuve suit son cours, et il n'est pas toujours long et tranquille par Yves Rousseau Pourquoi j'enseigne par Micheline Lanctôt C'est juste psychologique par Paul Tana À une jeune femme ou un jeune homme qui voudrait consacrer sa vie à faire du cinéma... Apprendre à voir par Catherine Martin |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| [...] « C. R. BLOUIN: Nous vivons dans une société qui vend lidée de puissance, de vitesse, defficacité, et dans lenseignement cest la même chose. Au début de la session, on dit aux étudiants: «Faites-moi confiance et au bout de quinze semaines, vous serez capables de...» Létudiant, lui, nous répond: «Cest tout de suite quil faut que ce soit le fun». Notre rôle est alors de les encourager quand ils trouvent que cest «plate». Et ça, cest pour eux un apprentissage essentiel! Dautant plus que même à 18 ans, un élève consacrera beaucoup dheures à une matière dans la mesure où il aime le prof, et cest là une réaction qui mirrite. Il ne choisit pas la matière pour ce quelle lui apprend. Il recherche dabord un rapport interpersonnel. D. BELLEMARE: Il y a une mesure dans ce rapport, que létudiant doit prendre avec le temps. Jai eu, moi aussi, des profs qui me semblaient moins fascinants mais, lorsquon vieillit un peu, le désir dapprendre devient plus fort. Létudiant, un jour, prend son envol et commence son autoapprentissage. S. LABRECQUE: Cest pour ça quil faut lui apprendre à faire lui-même des liens entre ses différents apprentissages pour développer sa curiosité intellectuelle. Et cest aussi en devenant curieux intellectuellement quon se rend compte que tout est lié. D. BELLEMARE: Je comprends que lécole est un lieu important de transmission, mais il nen est pas non plus lunique lieu. Comment se fait-il quune fois les années détudes terminées, lapprentissage ne se poursuive pas de façon autonome? Que font non seulement nos étudiants, mais tous ces gens de 35, 40, 50 ans, qui critiquent les étudiants, lorsquil sagit de défendre la culture? Que fait Art TV? Elle fait de la négation de son mandat, et cest tout à fait crapuleux. Il existait déjà plein de chaînes middle of the road P. PAGEAU: Tu veux dire under the road D. BELLEMARE: En ce qui concerne le cinéma, cest la même chose. On pourra toujours se défendre que le cinéma sous-entend une notion de consommation et de divertissement, mais une fois quon a dit cela, il y a quelque chose de plus complexe encore. Comment se fait-il que des gens, et même de mes amis, qui, pour leur propre plaisir vont voir des expositions exigeantes, lisent des livres exigeants, nont plus les mêmes critères quand il sagit daller voir un film? Comment expliquer que pour des gens curieux, le cinéma, lorsquil demande un effort intellectuel, soit un problème? C. R. BLOUIN: Je rattacherais cette perception à lenfance. Le cinéma apparaît comme une forme de régression extraordinaire et dans la régression, sil y a une chose que lon ne veut pas, cest se casser la tête. » « 24 IMAGES: Avez-vous limpression que ces jeunes, qui baignent dans ce monde dimages, de vitesse et de contentements instantanés, ont suffisamment appris à fournir des efforts? » « C. R. BLOUIN: Ils ont appris à faire des efforts, mais ils ont aussi appris quil y a un endroit où ils ont le droit de ne pas en faire: cest au cinéma. Ils ont un discours constant de performance, de dépassement. Ils nattachent pas leurs lacets de souliers, ont lair débraillé, mais lorsquils sengagent dans un projet, ils peuvent travailler 24 heures daffilée. Ils auront par contre de la difficulté à étaler 24 heures de travail sur six semaines. Il faut que ce soit intense. Ils ont au départ une piètre image deux-mêmes, de leur propre savoir, et il suffit quon leur parle de cinéma différemment de ce quils ont entendu dire pour les déstabiliser. Beaucoup de jeunes profs sortent profondément démoralisés de leurs premiers cours parce que les étudiants ont des visages opaques, quils ne manifestent ni résistance ni enthousiasme, et ces profs ont limpression de ne pas réussir à faire passer leur matière, dennuyer leurs élèves, alors quen réalité, lopacité du visage vient presque toujours de la stupeur quon puisse tant dire sur une image. (rire général) » « 24 IMAGES: Vous dites que les étudiants cherchent des expériences intenses, mais dont ils peuvent voir le résultat dans limmédiat. Est-ce que ce nest pas contradictoire avec la connaissance qui, elle, sacquiert à long terme, petit à petit, année après année? » « C. R. BLOUIN: Cest vrai de la connaissance réfléchie même sil peut y avoir des exemples contraires. Jai rencontré dernièrement une étudiante qui a monté un site sur un manga qui sappelle Evangelion. Or, grâce à cela, elle est en train de lire la bible parce que tous les personnages y font référence et quelle veut comprendre. Ainsi, au département détudes dAsie de lEst, on donne des cours de langue japonaise. Quand le professeur demande: «Pourquoi apprenez-vous le japonais?» très rares sont ceux qui ne répondent pas: «À cause des mangas». Cest que les jeunes ont un rapport passionnel avec un objet, et que cest cet objet qui les conduit vers la connaissance. Mais le danger, cest quils naiment que ce qui les stimule au moment où ils létudient, alors que le rôle de lécole, je crois, est de les amener à prendre le risque détudier une matière dont, a priori, ils ne voient pas lintérêt. Peut-être vont-ils se rendre compte après coup que cela a été profitable. » [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 109 p. 13-21 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| . | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Comme l'étudiant, le fleuve suit son cours, et il n'est pas toujours long et tranquille par Yves Rousseau [ 24 images n° 109 p. 22-23 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Et, jusquà présent, nous le faisons en direct. Cest peut-être ce qui rapproche notre travail de certaines formes artistiques comme le théâtre ou la performance. Notre cahier des charges (ce que nous devons faire passer, car nous sommes des passeurs, et des allumeurs aussi) est parfois très contraignant, mais il nous reste un espace de liberté extraordinaire: la classe, le local, lespace physique où a lieu un contact réel avec létudiant, une rencontre. La meilleure part de mon travail. De plus, enseigner le cinéma dans un cégep nous nimbe dune aura de glamour inversement proportionnelle au savoir dont nous sommes les dépositaires. Ce qui attire le plus nos étudiants, notre clientèle en langage de la gestion, cest le star-system et la production hollywoodienne de grande consommation. Cest lopposé de ce à quoi nous devrions passer le plus clair de notre énergie: démystifier, briser des illusions, casser des certitudes, offrir des solutions de rechange au sacro-saint vécu, faire découvrir des uvres importantes, favoriser des modes dexpression autres. Même si léducation en tant que concept et lécole en tant quinstitution devraient, dans le meilleur des mondes, être les plus indépendantes possible de certains aspects du monde extérieur et former des citoyens autant que des consommateurs et des futurs employés, un lieu denseignement nest pas une cloche étanche. Il apparaît donc nécessaire, avant daborder la problématique de lenseignement du cinéma au cégep, dexaminer dans quel contexte cette pratique se déploie. Les débordements bureaucratiques En éducation, le fleuve tranquille est périodiquement secoué par deux sortes de crues. La première est dordre idéologique et bureaucratique. Des ministres et des fonctionnaires, parmi lesquels des milliers de psychopédagogues (je rêve du Danemark, où largent va dans les écoles), des cadres décole et des profs veulent se faire du capital, justifier leur emploi, asseoir leur autorité, passer à lhistoire, que dis-je, la fabriquer, lhistoire. Le mot magique qui annonce la crue bureaucratique est «réforme», quelle soit administrative ou pédagogique. La réforme est toujours accompagnée dun mot dordre rassembleur: dans les années 90 cétait lexcellence et le déficit zéro, maintenant cest la réussite pour le plus grand nombre avec des nouvelles ressources zéro. Il y a au moins de la continuité quelque part. La réforme passe toujours par un nouveau programme, conçu et rédigé par les psychopédagogues. Leur dernier opus a été retourné par le ministre avec la mention «illisible». Mais ils nont pas dit leur dernier mot. Les réformateurs tentent de se faire passer pour des innovateurs, alors quils ne font que sentir le vent. Ils nont aucune difficulté à conscrire la masse, qui se veut pragmatique, croit aux sondages, avale le jargon, craint pour son poste, ne veut surtout pas faire de vagues en attendant la retraite, moins en attendant la permanence. Curieusement, léducation est un système où les plus inquiets sont souvent ceux qui ont le plus de sécurité demploi. Peut-être parce que ce sont eux qui ont le plus de réformes dans le corps? Jai connu plein de profs qui nont jamais attendu les réformes pour innover dans lenseignement, qui ont concocté, bien avant Internet, des réseaux littéraires en bidouillant des Mac+, dautres qui ont rendu palpables les notions de la physique avec un simple élastique. Ces profs admirables, qui marquent leurs étudiants du sceau de la passion, ne souffrent pas de la tare de tous les réformistes: le prosélytisme. Ceux qui ne comprennent pas le sens de ce mot, dune éternelle actualité, doivent peut-être leur ignorance à des réformateurs qui ont décrété que lenseignement du français devait être axé sur les mille mots de vocabulaire nécessaires au décryptage dune publication de Quebecor. Les prosélytes naiment pas les nuances, savent ce qui est bon pour nous, veulent notre bien malgré nous; car le discours du réformateur est toujours vertueux, rempli de mots comme équité et consultation. Leur condescendance na dégale que leur dangerosité pour la jeunesse, car au bout du compte, ceux qui écopent le plus à long terme sont les étudiants, à qui on voudrait faire croire depuis le primaire quapprendre est amusant et ne demande pas deffort. Les débordements technologiques Il en est des réformes comme de lévolution technologique. Le second type de crue est plus spectaculaire mais moins dangereux, car ce ne sont que des budgets qui sont flambés. Dans les années 70 cétait laudiovisuel. On sest empressé dacheter des caméras, des magnétoscopes, des moniteurs et des studios clés en main, qui pour la plupart sont devenus des éléphants blancs. Une fois passée la vague et les budgets dacquisition qui laccompagnent (mais plus rarement les budgets dutilisation), une fois retombée la poussière et dégonflé le ballon des applications absurdes ou carrément stupides qui riment avec la nouveauté, ont surnagé quelques pratiques utiles, par exemple en techniques policières, en littérature ou en cinéma. Maintenant ce sont les TIC (technologies de linformation et de la communication) qui ont la cote, avec les budgets qui les accompagnent (encore et toujours), pour acheter de plus en plus de machines, dans cette époque où la fulgurante croissance économique des années 90 ne sest pas retrouvée dans les budgets de léducation. Quoique le problème ne réside pas tant dans le manque dargent dune enveloppe globale que dans la manière dont cet argent est dépensé. Nous avons des machines approuvées par le programme, mais pas de quoi payer un encadrement technique digne de ce nom, nous avons des diktats administratifs (Apple est non grata dans mon cégep, ce qui amène à dépenser plus pour un poste de montage numérique fonctionnel en PC que pour un G4 clé en mains). Comprenons-nous bien, je suis loin dêtre contre la technologie. Les caméras, ordinateurs et unités de montage sont des outils, jen veux et en redemande. La question porte dabord sur lusage quon en fait. Après tout, ce ne sont que des machines et, comme lécrivait Albert Jacquard dans son Abécédaire de lambiguïté, «la technique nest ni bonne, ni mauvaise, ni neutre». Et le cinéma là-dedans? Nous enseignons le cinéma essentiellement sur vidéo ou DVD, faute de copies 16 mm et déquipement pour projeter du 35 mm. Il faut dire que pour étudier une séquence ou un plan image par image, le DVD présente beaucoup davantages, sans parler des «bonus» qui offrent un intérêt pédagogique parfois extraordinaire. Le son est excellent et contrairement au VHS, la copie est pratiquement inusable, le cadre et la langue dorigine sont accessibles. Mais lenseignement théorique, analytique et historique du cinéma est devenu de facto une branche de lhistoire de lart, où lon présente des reproductions des grandes uvres et soffre une petite sortie en galerie ou au musée de temps en temps. En ce qui concerne les cours dits «pratiques», la disparition de la pellicule me préoccupe un peu moins, quoique la chose me manque. Malgré les contraintes techniques, logistiques et budgétaires, nous avons produit des courts métrages sur support pellicule jusquen 1999. Jen étais à faire les marchés aux puces pour trouver des pièces de caméra. La numérisation du processus comporte son lot de réussites et daspects discutables. Les appareils évoluent si vite quil est impossible à une institution publique denseignement dêtre constamment à la fine pointe de la nouveauté. Mais notre but nest pas de former des techniciens pour lindustrie. Un autre écueil technologique est la tentation du gadget au détriment du sens: couvrir lécran deffets pour masquer labsence de contenu. Si la formule récolte un indéniable succès commercial au grand comme au petit écran, mon travail denseignant consiste à apprendre à létudiant à tourner et à monter une scène avec des coupes franches et des plans nets et bien éclairés. Une fois passé ce cap, il pourra faire nimporte quoi. Quant aux étudiants, leur méconnaissance quasi absolue de tout ce qui sest fait avant 1990 ne métonne pas plus quelle ne me choque. Ils ne sont que les produits dune culture de lamnésie. Les collègues qui pestent contre lignorance de leurs étudiants ont perdu de vue la finalité de leur travail, qui est justement de mettre en lumière ce que les feux de lactualité occultent. Ce qui minquiète davantage, chez cette nouvelle génération dite de limage en mouvement, du zapping, dInternet, cest son analphabétisme audiovisuel, son incapacité à décoder le sens des images qui les bombardent quotidiennement. Peut-être quun cours obligatoire au secondaire sur toutes les formes dimages (cinéma, télé, photo, peinture et pixels) aiderait certains à y voir plus clair. Mais je marrête ici On pourrait maccuser de faire du prosélytisme |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| . | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Pourquoi j'enseigne par Micheline Lanctôt [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 109 p. 24-25 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Jai commencé à enseigner sur un coup de tête. On men offrait loccasion, javais encore en moi la capacité dagir sans réfléchir, jai accepté. Peut-être à cause des frustrations que javais subies aux mains de réalisateurs qui ne connaissaient rien aux acteurs. Javais lintention de dissiper de façon définitive les malentendus qui empoisonnent les relations entre les acteurs et les réalisateurs. Ces jeunes aspirants cinéastes dont le crâne était bourré didées reçues, je voulais les rassurer: les acteurs sont des monstres précaires qui ne demandent quà être apprivoisés. À force de réfléchir pour être en mesure daccomplir lambitieuse mission que je métais donnée, je me suis rendu compte que cétait en fait moi qui entrais à lécole; après avoir tout fait dinstinct, je commençais, à force den parler, à voir clair dans mes trois métiers: le jeu, lécriture, la réalisation. À vrai dire, je préfère faire des films. Ce nest pas parce quon pratique une profession quon peut lenseigner. Cela ne va pas de soi. Autant la profession, apprise sur le tas, est affaire dintuition, de travail, dimpetus et de talent, autant lenseignement demande réflexion, méthode, analyse, calcul et savoir-faire psychologique, toutes choses qui ne sont pas nécessairement compatibles avec la créativité. Dautant plus que, cordonnier mal chaussé, ce nest pas parce quon exerce un métier de communication quon sait communiquer. Aussi, à chaque rentrée, moi qui ne suis pas professeur mais cinéaste, je suis confrontée aux mêmes angoisses, aux mêmes doutes et pour finir, aux mêmes joies. Saurai-je les intéresser? Leur plairai-je? Serai-je entendue? Apprendront-ils quelque chose? Et surtout, seront-ils mieux éclairés sur eux-mêmes? Enseignement, voix royale de la connaissance de soi. Enseigner, cest tendre à létudiant un miroir où il trouvera lucidité, conscience et courage. Courage, voire, de me renvoyer au visage mon ignorance ou ma suffisance occasionnelle. Rien ne mémeut davantage que lorsquà la fin dun semestre, un étudiant vient me dire: «Jai compris que ce nest pas pour moi.» [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 109 p. 24-25 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| . | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| C'est juste psychologique par Paul Tana [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 109 p. 26 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Je suis réalisateur et jenseigne à lUQAM où je suis le responsable du Profil cinéma. Ces propos de Feynman décrivent bien les raisons pour lesquelles jenseigne quand je ne tourne pas, quand jai un projet en scénarisation et que lécriture manque didées. Quand je nai pas didées, quand les projets piétinent de version en version, je sors de ma maison et, comme on dit en italien, vado in piazza: je men vais sur la place publique, à luniversité, enseigner. [...] [...] Quest-ce que je leur enseigne? Que la caméra est le premier et le dernier outil dun réalisateur. Quil est illusoire de penser faire « des images claires avec des idées floues». Que le «langage» du cinéma est la chose la plus simple à apprendre et que si on na rien à dire, la caméra la plus virtuose masque difficilement le vide de la pensée. Quau fond la réalisation dun film ne se joue quen partie sur le plateau, mais plutôt et surtout, entre le moment où on entreprend lécriture du scénario et le tournage. Quentre ces deux moments il y a des idées quil faut rendre claires car ce sont ces idées qui nous permettent de faire les choix justes: [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 109 p. 26 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| . | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| À une jeune femme ou un jeune homme qui voudrait consacrer sa vie à faire du cinéma... Apprendre à voir par Catherine Martin [ 24 images n° 109 p. 27 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Cest au cours de mes études en arts plastiques au cégep que, pour la première fois, on ma appris à voir. À voir un tableau, à réfléchir sur sa composition, sur son sens dans lhistoire de lart et pour lartiste qui la créé. On ma démontré quune toile entièrement grise a un sens, a sa beauté. Je me souviendrai toujours de la révélation que furent pour moi les toiles dYves Gaucher au Musée dart contemporain. Je les aimais, je pouvais les voir sans les comprendre. Je pouvais sentir en moi ce que lartiste tentait dexprimer. Puis, par hasard, je me suis retrouvée à lUniversité Concordia pour étudier le cinéma et ensuite, la photographie. On nous apprenait à faire des films, à maîtriser la technique. Je ny connaissais rien et tous ces appareils mintimidaient. Pendant la première année détudes, on utilisait le Super 8 pour réaliser des exercices et des courts métrages et il fallait tout faire: écrire le scénario, élaborer un découpage technique, préparer le tournage, manipuler la caméra, concevoir les éclairages. Japprenais à être une artisane et jaimais cela. Ce qui maidait, malgré mes carences techniques, cétait le fait davoir vu beaucoup de films de toutes sortes avec une prédilection pour le cinéma européen. Et déprouver à légard de tous les aspects du cinéma une véritable passion. Je me sentais comme un poisson dans leau! À lUniversité, dans mes cours théoriques, jai eu cette autre révélation: celle de la mise en scène cinématographique, de lesthétique du cinéma. Regarder vingt fois une scène de La grande illusion de Jean Renoir ou de Lannée dernière à Marienbad dAlain Resnais, par exemple, pour lanalyser, la décortiquer et pour enfin comprendre que lart cinématographique est avant tout mise en scène, regard dun artiste sur le monde, que le film est le résultat de ses choix. Que la position de la caméra nest pas gratuite, que les acteurs jouent selon des directives précises, que le montage ne se fait pas dans la caméra (!), que le langage cinématographique peut varier dun film à lautre, que la structure narrative peut être libérée du récit pour devenir poétique (les films de Stan Brakhage ou de Maya Deren). Si voir des films est important pour apprendre à faire du cinéma, je crois quil faut avant tout aiguiser son sens critique, former ses goûts. En dautres termes, apprendre à voir. Ainsi, connaître lhistoire du cinéma me semble essentiel autant pour un cinéaste que pour devenir un spectateur exigeant et sensible afin dêtre en mesure de se défaire de lemprise du divertissement pour souvrir à lunivers mental, émotionnel dun artiste, à sa vision du monde. Sy reconnaître, sentir quun film parle de soi, de la condition humaine dans ce quelle a de plus complexe, de plus vrai. Cela est nécessaire comme le pain que nous mangeons tous les jours. Je crois quil faut avoir vu des films muets, les films de Chaplin et de Dovjenko, les uvres de Dreyer, de Fellini, de Bresson, de Bergman, de Kurosawa, de Tarkovski pour ne nommer que ceux-là. Ces artistes ont marqué le XXe siècle et peuvent, par leurs films, changer notre vie. Ils ont changé la mienne. Ils ont nourri mon imaginaire, ma foi dans le cinéma et dans lêtre humain. Le cinéma ouvre une fenêtre sur nous-mêmes et il nous aide à vivre. À une jeune femme ou à un jeune homme qui voudrait consacrer sa vie à faire du cinéma, je dirais daborder les uvres avec curiosité et respect sans toutefois oublier dobserver le monde qui lentoure, de sintéresser aux autres arts. Et pour lheure, sabonner à la Cinémathèque québécoise afin de voir le cinéma sur un grand écran, dans une salle obscure! Le magnétoscope et le petit écran ne remplaceront jamais la salle, seul lieu propre à rendre la perception du temps, qui est lessence même de lexpérience du visionnement dun film. Et puis, creuser son propre sillon. Ne pas chercher à plaire mais être honnête et sincère envers soi-même. Et ainsi contribuer modestement, à sa manière, à la construction dun monde meilleur. |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||