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| De la panne à la panique silence, on cherche par Robert Lévesque [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 5-7 ] |
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| Le filmeur filmant le filmeur en train de filmer par Robert Daudelin [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 8-10 ] |
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![]() Le cinéma se réinvente entre les mains dAgnès Varda dans Les glaneurs et la glaneuse. |
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| Hôtes du Studio national dart Le Fresnoy où ils donnent un atelier de montage, les cinéastes se remettent au travail sur Sicilia! Pedro Costa et une équipe de deux personnes les épient du fond de la salle de montage. Il ne sagit ni dun portrait, encore moins dun making of. Il sagit dune version «Cinéastes» de Dans la chambre de Vanda (No quarto da Vanda): la vie dune salle de montage, son exiguïté, son poids, les tensions quelle provoque, et aussi les moments de grâce quelle permet. La claustrophobie qui fondait Dans la chambre de Vanda est aussi à luvre dans le nouvel opus de Costa: le travail monacal de Danièle Huillet, son obsession maniaque de la coupe «juste» (au cadre près), la rigueur du rapport image-parole constamment recherché deviennent autant de composantes dune réalité dramatique qui ultimement donne du montage une image aussi forte que mystérieuse. Et si Straub semble sexclure du processus en arpentant le corridor plutôt que dassister sa femme, pour Costa, ce nest là quun élément dramatique supplémentaire et qui nous apprend aussi quelque chose de nouveau sur le travail du célèbre couple et sur la genèse dune séquence de Sicilia! Costa nest jamais à lécran, et pourtant, quelle présence! Nous le savons tapi derrière la Steenbeck de Danièle Huillet, traquant ses gestes, épiant tout, comme il le faisait avec son héroïne. Limplication du filmeur est totale, sa complicité aussi. Tout lamour quil mettait à regarder vivre Vanda, il linvestit dans sa recherche du secret de lart des Straub-Huillet. Et cest sûrement cette entente profonde qui permet, comme de surcroît, les nombreux moments drôles qui parsèment le film et qui ne sont pas sa moindre richesse. Qui dautre quun allié évident aurait pu bénéficier de cette intimité explosive dun couple mythique? [...] |
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| [...] Toujours, et jamais autrement, le cinéma se livre un peu quand il est interpellé par ses propres moyens; quand le film sur le film est lui-même, et presque dabord, un film quand le filmeur est filmé par un autre filmeur conscient quun film est en train de se faire(6). Et ce nest pas autre chose que nous démontre Agnès Varda découvrant sa nouvelle caméra numérique et sen amusant, tout en tournant le merveilleux Les glaneurs et la glaneuse. Le cinéma se réinvente entre les mains de la cinéaste qui sapproprie de nouveaux outils pour (nous) refaire un film dAgnès Varda! Mais le cinéaste peut aussi retourner en arrière et, comme van der Keuken dans Les vacances du cinéaste (1974), sortir du grenier la petite Bolex mécanique de ses premiers films amateurs pour retrouver intact le plaisir de filmer (de cadrer, de bouger avec la caméra). [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 8-10 ] |
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| Hollywood par Hollywood par Pierre Barrette [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 11-14 ] |
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| Nul, mieux que Godard... par André Roy [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 15-16 ] |
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| Il y a, en effet, du Godard dans le Paul Godard (justement!) de Sauve qui peut (la vie), dans le cinéaste Jerzy de Passion, dans Gaspard Bazin de Grandeur et décadence dun petit commerce de cinéma et dans le Vitalis de For Ever Mozart, qui semblent encore plus mélancoliques que lui. Moi, Jean-Luc Godard, cinéaste, je me permets, en présentant même parfois mon visage et mon corps, où se lisent les années, dincarner le cinéma. Pas trivialement (voici comment, de A à Z, un cinéaste travaille), on sen doute, mais, prenant de la hauteur, mais sans mépris, quoique parfois avec un peu daigreur et de tristesse, prenant la pose aussi du martyr (celui, donc, de témoin), en philosophe: en quoi le cinéma, linvention du XXe siècle, avec sa donnée essentielle quest le montage, unique à lui pour servir de support à la mémoire collective, a essayé de montrer quelque chose du monde et a abouti à quelques fragments seulement en guise de réflexion, de pensée (ce qui est quand même beaucoup). Godard na peut-être même pas besoin de se mettre dans la peau dun personnage pour présenter un cinéaste au travail, tant il fait depuis 50 ans corps et mouvement avec le cinéma. Comme si tous ses films nétaient quune unique photo de lui-même, cristallisant en elle tout ce qui fait quil représente lessence du cinéma, tant et si bien que lon se demande en regardant un paysage, une ville, une autoroute, un train qui passe, sils nont pas été enregistrés, montés et mixés par Godard. Tant et si bien que lon se dit que cela doit peser sur ses épaules, cette réputation dincarner à lui seul le cinéma. Mais là nest pas la question. Plutôt celle du devenir-cinéaste que, dès lécriture de ses articles, Godard posait (écrire des articles, cétait déjà être cinéaste). Il a inventé de multiples et complexes dispositifs pour montrer ce devenir-cinéaste. Godard a eu parfois besoin dun passeur pour tracer le portrait du cinéaste, ce dieu tutélaire qui règne sur un monde qui a besoin de cinéma pour être vu et entendu. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 15-16 ] |
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| Le cinéma interactif d'Abbas Kiarostami Cadrer le réel par Gérard Grugeau [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 17-18 ] |
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![]() Le vent nous emportera: lhomme dans sa voiture, le dispositif kiarostamien par excellence. |
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| [...] «Un film est comme un arbre. Il na pas de passeport», a déjà déclaré Kiarostami, en précisant que son cinéma qui sintéresse avant tout à lhumain navait pas de «géographie précise». Le dispositif cinématographique devient donc pour le réalisateur un formidable vecteur dinteractivité qui engage les regards et de lauteur, et des personnages et du spectateur. Cest pourquoi loutil dintervention quest le cinéma se donne souvent à voir sans détour, créant dans lordonnancement du monde une mise à distance active qui multiplie les structures en abîme aux potentialités dramatiques infinies. À preuve: le «film dans le film» au cur du drame amoureux Au travers des oliviers, ou létrange épilogue en images vidéo du dépressif Goût de la cerise qui ouvre soudain sur une forme de résurrection après le passage au noir, ou encore le filmage à deux caméras DV dans la troublante uvre de ressourcement que constitue ABC Africa (recours au numérique et apprivoisement dun nouveau territoire: lOuganda affligé par le terrible fléau du sida). Se mettent ainsi en place de film en film de féconds jeux de séduction, déblouissants espaces de rêve, entre réalité et fiction, vérités et mensonges (Le passager), visible et invisible, clarté et ténèbres (Le vent nous emportera). Comme pour mieux rappeler que, dans la nature, le blanc existe en fonction du noir ou que la vie cohabite avec la mort et le néant dans un même élan symbiotique (entendre ici la poésie dOmar Khayyam si chère à Kiarostami). La caméra-témoin (avec leçon de grammaire cinématographique à lappui) proposée au personnage de Close Up pour garantir sa défense devant le tribunal constitue peut-être à cet égard lexemple le plus radical et le plus éloquent de cette volonté de transparence de la mise en scène, porteuse par ailleurs de toutes les ambiguïtés vertigineuses de notre rapport au monde et à limage (Kiarostami lui-même y est en quelque sorte le spectateur de son propre récit). [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 17-18 ] |
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| Le travail, le regard chez Tanner par André Roy [ 24 images n° 112-113 p. 19 ] |
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| Cest ce que ne cesse de dire, comme une lamentation, le personnage-cinéaste de La vallée fantôme, Paul, que lon devine facilement être lalter ego de Tanner lui-même. Il a cinquante ans, il vient de terminer un projet de film, il recherche lactrice idéale en faisant passer des auditions (enregistrées sur vidéo) et ne la trouve pas. Ce qui le plonge dans le désespoir, presque dans la névrose. Heureusement quil aura un assistant, tout frais sorti dune école de cinéma new-yorkaise, qui lui dénichera la comédienne pouvant interpréter le personnage féminin principal de son scénario. Comme dans beaucoup de fictions européennes (on peut penser ici aux films de Godard, Suisse comme Tanner), on voit moins le cinéaste travailler (sur le plateau, avec caméra, rails et tutti quanti) que réfléchir à haute voix sur le cinéma. Dans les années 80, le discours sur le cinéma tournait autour de sa mort et de la place envahissante de la télévision, car cest le petit écran, disait-on, avec son il gélatineux aspirant le cinéma pour létouffer, qui est en train de lui donner la mort. Le discours de Paul est fait de récriminations, daphorismes tristes et souvent désespérants, mais là se tapit, increvable, lenvie de filmer, par-delà linspiration manquante. Cest elle qui donnera corps aux fantômes de limagination de ce cinéaste. Jonas, de Jonas et Lila, à demain, a la moitié de lâge de Paul. Il nest pas un cinéaste de fiction; il est reporter et travaille à la pige pour la télévision, cet ogre. Les temps ont changé, le statut de Jonas est moins assuré que celui de Paul et, surtout, en vingt ans, les valeurs, tant politiques, sociales que culturelles, sont dorénavant aussi incertaines que faussées, les lignes de démarcation idéologiques sétant brouillées, voire effacées. On voulait, il y a deux décennies encore, changer le monde, mais cest le monde qui maintenant nous change, devenu, sur le plan médiatique, une immense sphère vidéographique saturant la planète dimages toutes faites, le contraire des images de fiction. On pense encore ici à Godard, à la recherche dimages justes et non juste dimages, ce qui est, dailleurs, un peu le discours que tient Anziano, sorte de père spirituel de Jonas, qui ressemble à Paul, et par son âge, et par ses propos. Le cinéma lui-même sest perdu dans le trafic des images, par exemple dans la pornographie (Jonas retrouve sa Betacam volée dans une maison où une équipe russe tourne un film X), dans la pub (Jonas est caméraman pour des spots publicitaires), dans linformation télévisée. Même si les images sont devenues informes (sans information) en traversant impunément les frontières grâce à la télévision, Jonas est bien décidé à assumer son statut de capteur du réel et à émettre, ainsi, son point de vue sur le monde (en crise), quitte à reprendre à rebrousse-poil son maître, Anziano, et à lengueuler, car il voit chez lui moins du pessimisme quune démission. Il veut apprendre à filmer à la première personne, et toutes les nouvelles technologies ne sont pas un frein à son expérience du regard, qui est lessence du travail de filmer. Filmer le monde, cest filmer lAutre, en être proche. Ainsi Jonas se laissera-t-il même filmer, en train de faire lamour avec une autre femme, par sa compagne Lila, retournant pour ainsi dire la caméra contre lui pour sinterroger car cest à partir dun «je» irréductible quon découvre le monde. Le travail de filmer devient ainsi dialectique: le monde attiré vers soi, et soi-même aimanté vers les autres, comme le présent par le futur. Vingt ans après La vallée fantôme, Alain Tanner place un peu plus despoir dans le cinéma comme appréhension du monde. |
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