Un temps pour vivre,
un temps pour mourir
De loin le film le plus autobiographique et le plus limpide de Hou Hsiao-hsien. Méditation «kaléidoscopique» sur le temps comme durée pure, comme écoulement aveugle et sans repos qui saisit dans un même élan de fluidité les différents moments de la vie et de la mort. Le cinéma comme une expérience de spiritualisme concret, comme une mise à plat du quotidien lesté de toute hiérarchie dramaturgique. Quand lexpérience personnelle rejoint le flux de la conscience universelle.
Gérard Grugeau |
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Code inconnu
Comme cest souvent le cas chez Michael Haneke, Code inconnu est une démonstration implacable reposant sur une maîtrise de la mise en scène qui suscite presque la terreur. Un dispositif brillant, donc, pour parler de limprévisible enchaînement des causes et des conséquences, des limites de la représentation et de linterprétation. Luvre du cinéaste autrichien se développe avec cohérence et rigueur et, entre deux façons de manipuler le spectateur, je préfère de loin celle-ci à celle de von Trier.
Marcel Jean
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Stardom
Stardom nest pas un film sur la télévision, mais une Traviata canadienne. Le début et la fin du film, en structurant toute larchitecture, sont construits sur la valse triste de Verdi. Clé du film. Cette Dame aux camélias de lan 2000, par la grâce de sa seule beauté, est prostituée des télés, non des salons secrets. Son parcours sachève dans linsignifiance, mort lancinante. Un excellent Arcand: ricaneur, mélancolique, désabusé, pas dupe de ce quil filme. Son alter ego vidéaste fait un moment un clin dil complice à la caméra du réalisateur. Vacuité de filmer la beauté contemporaine. Cinéma: miroir et bûcher des vanités.
Réal La Rochelle |
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Les destinées sentimentales
Sous la surface en apparence limpide de ce film dévale le grand fleuve du temps avec lequel «tout sécoule et rien ne demeure». La belle ombre dHéraclite plane en effet sur ces Destinées où les mouvements indissociables de la vie et de lhistoire apparaissent en parfaite adéquation avec la fluidité chorégraphique de la mise en scène propre à Olivier Assayas. Ici, lart de la porcelaine devient la métaphore de tous ces films que le regard du spectateur mutant, atrophié par la surabondance audiovisuelle, ne sait plus voir.
Marie-Claude Loiselle |
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Goulag, carré blanc sur fond blanc
Ce document vidéo est une somme. Il est léquivalent visuel de Larchipel du goulag de Soljénitsyne puisquil raconte, par des témoignages, documents darchives et images daujourdhui, lhistoire de ce pays extrême, invisible, impalpable qua été le Glavnoïé Oupravlénié Laguérié, ladministration des camps de répression et de mort de lURSS. Implacable et plein de compassion, cet essai dinvestigation filmique est un psaume, un poème dantesque à la mesure de lenfer qui y est déterré, déplié, étalé, découpé comme image de linconscient du communisme soviétique.
André Roy |
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Rosa The Death of a Composer
Le dernier Greenaway est un film de chair et de sang, ce qui ne surprendra pas. Plutôt dans la veine de The Baby of Macon que de 8 1/2 Women, il intègre lessence même de lopéra. Car au-delà de lopéra filmé, il est un spectacle de bruit et de fureur. Lintensité de limage et du son repousse les limites du cinéma dont il se prévaut pourtant en convoquant les images de Muybridge comme introduction. Et ce faisant, il transforme le 7e art en instrument scientifique. Un scalpel démesuré qui tranche à vif des émotions inavouables, qui enfin osent se déverser en une immense orgie.
Philippe Gajan |
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Chicken Run
Une liste est un signal, une manière de renvoyer une image de soi. Choisir Chicken Run procède un peu de la provocation et de la revendication dun éclectisme. Et puis, le brio de lanimation de Nick Park, de film en film, nous a offert une des plus belles surprises de ces dernières années. On pourrait faire la fine bouche, noter la plus grande réussite des courts métrages, forme à jamais absente de ces listes. Chicken Run vaut aussi pour lensemble dune carrière.
Jacques Kermabon |
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Requiem for a Dream
Ce film, qui entremêle audacieusement les parcours de quatre personnages en proie à une dépendance (à la drogue, au sexe, aux pilules pour maigrir et à la télévision), vaut avant tout pour la manière dont il dramatise lincroyable détresse de ces personnages. Empruntant au clip, au cinéma expérimental et au film dExposition universelle (avec des écrans multiples qui évoquent parfois ceux dExpo 67!), il sagit là dune véritable symphonie de lhorreur, en forme de descente aux enfers. Le résultat est un film inégal, et parfois même racoleur, mais qui fait leffet dune vraie dose de cinéma, prise par intraveineuse...
Georges Privet |
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Djomeh
À travers lhistoire toute simple dun immigré afghan qui tente obstinément dobtenir la main dune jeune fille de son pays daccueil (clin dil au «passeur» Kiarostami), Djomeh opère, avec une rare économie de moyens, un «spectaculaire» renversement de perspective: le patron, qui aide Djomeh à réaliser son rêve dintégration, est celui des deux qui sort le plus enrichi de ce contact avec l«autre», létranger. Belle leçon de vie et de cinéma de la part dun cinéaste débutant.
Gilles Marsolais |
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