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| Contrechamp Voir des films à Québec par Yves Rousseau Chris Marker en CD-ROM : Immemory par Réal La Rochelle La télé L'humanitoon par Yves Rousseau |
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| Voir des films à Québec par Yves Rousseau [ extrait - texte complet voir 24 images N° 96 - p.29 ] |
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| « Pour ceux qui l'ignoreraient, Québec n'est pas seulement la capitale de la belle province mais aussi la capitale provinciale du cinéma hollywoodien; le complexe multisalles des Galeries de la Capitale (un centre commercial de banlieue) détient le record nord-américain de recettes pour Titanic. » |
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| Chris Marker en CD-ROM : Immemory par Réal La Rochelle [ 24 images - N° 96 p. 30-31 ] |
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![]() L'important pour Chris Marker n'est pas le format ou le support, mais le cinéma en multiples configurations capables de parler, par le mouvement, de la mémoire et de la mort. |
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| Qu'est-ce qui rapproche Hitchcock de Proust, Alfred de Marcel ? Qu'est-ce qui relie le cinéma à divers menus sur le musée, la photo, la guerre, la chouette, la mémoire, la mort ? Autrement dit, « qu'est-ce qu'une madeleine ? » La réponse est à chercher et à découvrir dans le dernier CD-ROM de Marker, Immemory, dans lequel le cinéaste écrit: « Que l'héroïne de Vertigo d'Alfred Hitchcock, un film qui entre cent autres thèmes traite de la recherche folle d'un temps perdu, s'appelle Madeleine, c'est le genre de rencontre qu'on peut saluer d'un sourire connaisseur sans en exagérer la portée. Mais combien d'embranchements décisifs de nos vies ont reposé sur des rencontres encore plus ténues ? Celle-là suffit à introniser Alfred au côté de Marcel, et à le prendre aussi pour guide dans ce voyage à travers la mémoire ». Le réalisateur Chris Marker, à qui importe l'écriture filmique plus qu'à tout autre cinéaste de la modernité (ou tout autant), ne s'est jamais embarrassé de formes et de formats. On se souvient qu'un de ses premiers courts métrages, La jetée (1962), se présentait avec des images fixes, des photogrammes montés et rythmés cinématographiquement. Quelques secondes seulement d'une image en mouvement nous rappelait, au milieu du film, que cet objet, appartenant en surface à la photographie, était du cinéma fait différemment. Marker a jeté aussi, de temps en temps, son cinéma dans les livres: Lettres de Sibérie ou Commentaires. Depuis la fin des années 70, le cinéaste a composé des uvres multimédias, travaillé ses films avec l'aide de l'ordinateur (Sans soleil en 1982 et Level 5 en 1996), touché à la télévision, à la vidéo, au clip. Que Immemory fleurisse en CD-ROM, grâce au Centre Georges Pompidou, n'a rien d'étonnant. Marker cinéaste sait aussi «cliquer» sur des figures et des zones diversifiées qui le désignent écrivain, essayiste, réalisateur, photographe, vidéaste. L'important n'est pas le format ou le support, mais le cinéma en multiples configurations capables de parler, par le mouvement, de la mémoire et de la mort. Mort du cinéma Lu dans Immemory: « Jean Prévost écrit quelque part que la mort, ce n'est pas si grave, ça consiste seulement à rejoindre tout ce qu'on a aimé et perdu. La mort du cinéma ne serait que cela, un immense souvenir. C'est un destin honorable ». C'est à la recherche de cet immense souvenir que le cinéaste nous convie dans son CD-ROM. Comme le dit sa présentation, Marker a organisé l'arborescence de son objet avec un découpage « en huit zones constituées la plupart du temps à partir de ses archives personnelles. Le cliqueur est invité à voyager le plus librement possible à l'intérieur de ces zones qui supposent un certain nombre de bifurcations internes et de connexions entre elles ». Le disque contient aussi un index très détaillé. Ce qui est frappant, quelle que soit la zone à explorer (guerre, musée, mémoire, photo, voyage) et les fragments d'archives examinées, c'est de voir avec quelle constance et quelle obstination l'auteur revient toujours au cinéma, avec gravité mais aussi avec humour. Ainsi, aux confins entre mémoire et guerre, Marker, citant les films Wings et À l'Ouest rien de nouveau parmi les premiers qu'il ait vus dans sa vie, fait ce commentaire: « Des guerres et des tombes, un bon départ pour une vie de cinéphile ». L'image de la tombe l'amène tout naturellement aux films sur le comte Dracula. Mais ce parcours ne le distrait pas d'un autre, celui de la Femme, capté à sept ans grâce à La merveilleuse vie de Jeanne d'Arc de Marc de Gastyne. « Jeanne d'Arc et Dracula, les héros de mon enfance ». À la recherche du temps, du cinéma perdu : « Est-ce le premier film que j'ai vu ? » Les bornes se confondent, les sentiers se multiplient et s'entremêlent, la route se couvre de brume. Marker pose beaucoup de questions parce qu'il imagine toutes sortes de liens, de connexions. Ayant vu le film soviétique Aelita de Jacob Protazanov, réalisé en 1924, il se demande: « Fritz Lang avait-il vu Aelita ? La description du monde des puissants, dans leur paradis expressionniste, et de la vie souterraine des esclaves, annonce Metropolis ». Et puis: « Godard pensait-il à Rilke en glissant cette image dans le générique d'Alphaville ? » (image d'un tank poussé à la mer, surmonté de la colombe de la paix). Tous ces films (et combien d'autres) convergent vers un film nodal, Vertigo, « point madeleine » de l'ensemble des zones: « Aucun film n'a jamais montré à ce point que le mécanisme de la mémoire, si on le dérègle, peut servir à toute autre chose qu'à se souvenir: à réinventer la vie, et finalement à vaincre la mort ». L'entrée du train en gare des Sabines Cette mémoire du cinéma, à travers mille autres lieux qui la réactivent, Chris Marker la travaille avec la sienne propre, «celle qu'on a toujours sur soi», et qui autorise « toutes les dérives ». Le cri de la chouette (qui rappelle sa série télévisée L'héritage de la chouette, sur les origines grecques de la culture occidentale) n'empêche pas le cinéaste de bifurquer vers une affiche de King Kong; le thème de la guerre, évoquant Okinawa, conduit en droite ligne au jeu vidéo du film Level 5; la zone photographie ouvre les boîtes à souvenirs de pays visités et repérés pour des films: Cuba, Chine, Sibérie... Dans son espace musée, Marker s'ingénie à interpréter et à recomposer infographiquement des reproductions de tableaux, par exemple en faisant disparaître le sourire de la Joconde, ou en plaçant le petit chien Nipper (celui de l'industrie du disque) sur des ruines de guerre, comme s'il n'écoutait plus que les musiques de la mort. Le plus inénarrable de ces jeux, cependant, concerne l'archéologie de la photographie et du cinématographe. En prenant le gigantesque tableau du peintre napoléonien néo-classique Louis David, L'enlèvement des Sabines, Marker décide de moderniser cet énorme chromo en y faisant intervenir la célèbre locomotive des Lumière, qui troue le centre du tableau comme s'il était un écran. Le nouveau dessin est rebaptisé du même coup: L'entrée du train en gare des Sabines! Cet humour juvénile est aussi celui qui nourrit une belle surprise de ce CD-ROM: un petit chat de BD, colorié en rouge diable, qui parle à travers des bulles, pose des questions au cliqueur/ spectateur, grogne et rumine, puis s'en va si on ne veut pas suivre ses suggestions. Il pourra réapparaître plus tard, inattendu et imprévisible, comme à peu près toutes les archives des parcours.Quoi qu'il en soit des errements et des dérives, tous ces chemins conduisent à Rome-Cinéma, à des hommages émouvants, entre autres à Tarkovski, à Kurosawa, à Coppola et Costa-Gavras ainsi qu'à... Star Wars; mais aussi (« soyons juste », souligne Marker), à cette belle page composée comme un mémorial à des dizaines de titres magiques. À sa manière, le cinéaste nous invite à choisir les nôtres dans ce monument. J'attrape les suivants: Les parapluies de Cherbourg, Le merle, L'Atalante, Le bonheur, Casque d'or, Vampyr, Pickpocket, My Darling Clementine, Un chien andalou... À chacun sa petite madeleine. Un seul regret: que cet arbre magnifique ne soit pas disponible pour la vente. De toute évidence, le Centre Georges Pompidou réserve ce CD-ROM pour les musées et les festivals. Hors commerce, Immemory offre ainsi, paradoxalement, un argument de plus pour rapprocher ce petit disque du cinéma: ils sont l'un comme l'autre fragiles, évanescents. Mais dire cela peut faire apparaître le petit chat rouge diable, fronçant les moustaches: « Pourquoi ne l'avez-vous pas vu et parcouru au dernier Festival du nouveau cinéma et des nouveaux médias? » Clic sur le chat. Immemory s'éteint. L'écran redevient aveugle. Le cinéma de chacun peut se poursuivre ailleurs, dans d'autres parcours imaginaires, alimentés par ce remarquable et curieux essai filmique de Chris Marker. Immemory France, CD-ROM de Chris Marker, 1997. Production: Centre Georges Pompidou, Musée national d'art moderne, Service des nouveaux médias. En parallèle, le Centre a publié, avec Yves Gevaert Éditeur, des essais de Laurent Both et de Raymond Bellour dans Qu'est-ce qu'une madeleine? À propos du CD-ROM Immemory de Chris Marker, 1997. Comprend une filmographie du cinéaste. |
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| L'humanitoon par Yves Rousseau [ extrait - texte complet voir 24 images N° 96 - p. 32-38 ] |
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| L'animation télévisuelle traverse une période faste. Si l'âge d'or du cartoon s'est épanoui dans un contexte dominé par les grands studios hollywoodiens (les départements d'animation de MGM et Warner et, bien entendu, Disney), la déferlante actuelle de cartoons tient à des conditions socioéconomiques bien différentes. D'abord, il s'agit de télévision, ensuite de nouveaux joueurs (Fox, HBO et MTV) ont innové pour se tailler une place dans le paysage télévisuel des années 80, marqué par la fragmentation, un marché naguère contrôlé par trois grands réseaux (ABC, CBS et NBC) dont l'immobilisme et l'arrogance rappellent irrésistiblement l'attitude des trois grands constructeurs d'automobiles de Detroit. |
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