|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Barreau de chaise 12 par Jacques Leduc Y a pas plus cathodique que le pape par Yves Rousseau |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| par Jacques Leduc [ 24 images n° 122 p. 122 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| On ne fait pas un voyage en Amérique sans voir un chevreuil. Il avait dû en être question la veille autour d’un repas ou lors d’une promenade dans le parking du motel où Jean allait fumer sa pipe en regardant le jour tomber. La nuit venue, sur des chaises longues, on scrutait le ciel à l’affût d’une comète des Perséides. Il faut dire qu’on tournait un road movie et que, dans le genre, l’errance n’est pas que géographique. L’itinéraire est tracé, mais on ne trace pas le hasard. Sur ce tournage, nous roulons donc en caravane. Jean Chabot et Michel Dandavino, directeur de production, sont devant et nous suivons dans la fourgonnette, avec l’équipement. À l’entrée du parc Long-Sault, Serge Lafortune, l’assistant caméraman, informe le gardien que nous sommes de l’ONF, que nous tournons un film dans la région, que nous aimerions filmer dans le parc. Jean s’était rapproché pour lui expliquer plus en détail le but de notre passage. Et le chevreuil. Vous savez, en cette saison et surtout avec la chaleur qu’il fait vous savez, comme s’il compatissait avec le fait que Jean voulait filmer un chevreuil et qu’il n’allait pas en voir, vous savez , il fait très chaud et les chevreuils, quand il fait très chaud, restent dans le bois. On va quand même aller voir. On roulait lentement à travers le parc, en comptant les innombrables marmottes pour se distraire, jusqu’à ce que Jean, dans l’autre voiture, se décide à arrêter. On débarque l’équipement, on s’éloigne de la route, et sans raison précise sinon un soleil de plomb, on se réfugie pour quelques instants à l’ombre d’un arbre. Il n’était même pas question de chevreuil. En anglais, ils disent let’s milk it. On ne plante pas le trépied d’une caméra au coin d’une rue pour ne filmer qu’un clocher d’église. Profitons-en ! Il faut toujours donner plus de matériel au réalisateur, le surprendre quand il visionne ses rushes, et ça rend toujours service dans la salle de montage. Donc, avec Jean, on s’arrêtait ici ou là, ce qui me semblait parfois au hasard, sans savoir nécessairement pourquoi, voilà, ici ça ira très bien, en contrebas de la route, à l’ombre, au gré du chant des cigales, let’s milk it. Oui, mais milker quoi ? Un champ horizontal par là, la route au loin plus haut, le temps arrêté ? Attendre quoi dans cet endroit désert, ce parc immobile ? Et voilà que passe sur la route, là-bas, une jeune femme, sac à la main, sortie de nulle part. Une image de rêve. Elle traverse le plan large, le temps qu’il faut, comme une image soigneusement mise en scène. Elle s’arrête parfois pour regarder en arrière. Et reprend sa marche d’un pas qu’on dirait sans but précis. Plus loin un camion ralentit, puis la dépasse sans s’arrêter. Et elle disparaît à jamais, nonchalante. Ce n’est pas un chevreuil, mais c’est dans la can comme on disait dans le temps que les documentaires se tournaient encore avec de la pellicule. J’ai tourné tout ce long moment, sans raison apparente mais comme s’il était attendu, qu’on s’était bien posté et qu’on était prêt au bon moment. On ne tournait jamais pour rien, même quand on ne savait pas exactement ce que l’on tournait. Pourquoi cette jeune femme avait-elle traversé l’écran de ma caméra ? À la réflexion, c’était sans doute elle, en voyage en Amérique. Nonobstant le cheval emprunté. Et le pas nonchalant. Comme c’est souvent le cas dans ce genre de tournage, on ne sait jamais précisément ce que l’on va tourner, mais quand « ça » arrive, on sait spontanément, instinctivement que c’était ça ! Ça ? En deux mots : un moment de poésie. Cette belle journée tirait à sa fin et nous sortions du parc par un chemin de terre qui longeait un boisé à droite et des champs bordés de bois à gauche. Jean, devant, s’arrête. On s’arrête, et instinctivement on commence à s’installer. Je demande à Jean pourquoi on est là, qu’est-ce qu’on va tourner lorsque Claude Beaugrand, le preneur de son, attire notre attention sur l’orée du bois au fond du champ. En l’occurrence, bien entendu, c’est un chevreuil. Deux, même ! À peine le temps de faire le niveau sur la caméra, vite mets ça entre f5.6 et f8, ça tourne, trois petits bonds et s’en vont les chevreuils. C’est dans la can. Tout juste, mais c’est dans la can. Quatre minutes plus tard, nous étions déjà loin de ces deux chevreuils venus faire leur petit numéro, et le soir, dans un bar de danseuses de Cornwall, on en riait encore. Y a des souvenirs de tournage, des anecdotes dont il faut se méfier. Comme une poupée russe, le souvenir en cache un autre qui en cache un autre… Les souvenirs sont faits de rien. De riens. De petits riens qui restent en soi et dont on cherche en vain la signification. |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Y a pas plus cathodique que le pape par Yves Rousseau [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 52-53 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| [... ] 2 000 ans d’amour avec les médias Avant d’aborder de front l’ultime spectacle mis en scène autour de JPII, le plus théâtral de tous les papes, auteur, acteur, star, le pape qui a négocié le virage de la célébrité, le pape de la mondovision, le pape de la mondialisation, il faut dire qu’il était le PDG de la deuxième plus ancienne multinationale de la planète (après la religion juive), qui a connu des débuts fort modestes : une secte issue d’une banlieue lointaine et semi-désertique de l’Empire romain. Qui aurait parié sur Jésus il y a 2 000 ans ? Pourtant, le christianisme a toujours été à la fine pointe de la manipulation des médias de toutes les époques. D’abord par l’écrit : épîtres, évangiles, qu’on a génialement présentées comme un prolongement direct de la Bible juive, réquisitionnant du coup une des plus anciennes traditions culturelles de l’humanité. Ensuite, au lieu de gruger lentement les frontières de l’Empire, on s’est attaqué directement à son centre nerveux, sa capitale, Rome. Occuper d’emblée le centre, comme dans les coups d’État on s’empare de la télévision. Ils y sont toujours d’ailleurs. Pendant plus de 1 000 ans, le christianisme a été le mécène numéro un de l’art occidental : peintres, sculpteurs, musiciens et architectes ont mis leur talent à louanger le Christ, édifiant les masses illettrées et assurant une visibilité pour les siècles à venir. Cette alliance millénaire a joué une fois de plus, cette fois à la puissance 10, en cette époque où les caméras de télévision prétendent à l’ubiquité divine. Ajoutons que JPII a eu jusqu’au bout un bon sens du timing, une agonie juste assez longue pour que les reportages de circonstance soient mis en boîte. On n’avait qu’à appuyer sur play dès l’annonce officielle du décès. Pour passer le film de sa vie, qui le fait prendre part à tous les grands événements du XXe siècle. Ce n’est pas rien. Même si on a exagéré. Même les grands médias se sont posé la question. [... ] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 122 p. 52-53 ] |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||