Travelling arrière
«Ces palmiers!...»
par Robert Lévesque

Contrechamp
Barreau de chaise 7 (mémoires)
par Jacques Leduc

Jerzy Kucia
Entre peinture et musique
par Marcel Jean

Le cinéma iranien:
portraits de femmes
par Gérard Grugeau

La télé
Commémorons
par Yves Rousseau
«Ces palmiers!...»
par Robert Lévesque

[ 24 images n° 114 p. 15 ]

Jean-Pierre Kérien et Delphine Seyrig dans
Muriel d’Alain Resnais.
Rappelez-vous (car tout est là) comment Delphine Seyrig, dans Muriel, disait: «ces palmiers!...»; la voix se veut compassée, mélancolique, elle est d’une fausseté volontariste terrible car son personnage — Hélène Aughain, antiquaire à Boulogne, joueuse au casino — n’a que faire de ces palmiers aperçus sur des photos que lui montre un homme qu’elle croit revenu d’Algérie, en 1962...

N’étant jamais allée à Alger (lui non plus, d’ailleurs, on l’apprendra) la nostalgie est exclue
de son attitude, c’est une pose, une fuite (cette femme, on le verra, est perdue, l’Algérie elle n’en parle jamais, elle ne veut pas admettre le désarroi de son beau-fils qui, lui, y a passé 22 mois); non, elle dit ça comme ça... «ces palmiers!...» comme, dans Réjeanne Padovani, Jean-Guy Biron (René Caron contrefaisant Drapeau) disait «Haïti chérie...», en 1972...

Quand on ferme les yeux sur les réalités (la guerre, la torture, la dictature), on s’accroche à des clichés-bouées, on développe des fantasmes touristiques, on demande à cacher ce sein (ce sang) que l’on ne saurait voir, et c’est exactement cela, ce désir d’oubli, qu’Alain Resnais mettait en scène dans ce film de 1963, ce subtil Muriel ou Le temps d’un retour. Film audacieux (toute référence à ce que l’on appelait «les événements d’Algérie» était scrutée à la loupe par la censure), film habile (Muriel n’est pas un film sur l’Algérie, mais un film où il en est question comme d’une pensée gênante).

À l’époque ce long métrage (filmé par la caméra de Sacha Vierny dans la lumière de Boulogne telle qu’elle était, à telle heure, avec une musique dodécaphonique de Hans Werner Henze) avait séduit les cinéphiles, c’est l’un des chefs-d’œuvre de Resnais, mais ce n’est pas son caractère de film politique qui l’emporta dans les perceptions; terminée en juin 1962, la guerre d’Algérie demeurait un sujet tabou en France et il faudra attendre la fin des années 60 pour que des films plus francs, plus nets, et accusateurs, signés par des cinéastes non français, apparaissent, comme La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (tourné en 1966, interdit jusqu’en 1970) ou Le vent des Aurès de Mohamed Lakhdar Hamina.

De 1954 à 1962, le temps de cette «guerre sans nom» (que Tavernier a décrite d’après des documents en 1992), le cinéma français manqua totalement de combativité face au drame algérien, l’autocensure était le fait de tout le monde; en mars 1957 on évoquait dans la revue Esprit «une démission du cinéma». Il est gênant de constater que ce sont les années de la Nouvelle Vague... Libéré du «cinéma de papa», ce cinéma de garçons et de critiques était bien léger, vu les circonstances, c’était un cinéma de non-situation. Raymond Borde, dans Positif, a écrit en juin 1962: «la France calfeutrée et satisfaite a le jeune cinéma qu’elle mérite».

Rendons à Godard ce qui revient à Godard; c’est le seul de la bande des Cahiers à effleurer le sujet dans Le petit soldat en 1963, un film qui sera interdit durant plusieurs années. Son héros, un néofasciste dont la copine est indicatrice du FLN, évoquait sans distinction les tortures du FLN (pour la libération) comme celles de l’OAS (pour la répression). Dans la foulée de la Nouvelle Vague, mais à part, il y eut aussi Adieu Philippine de Jacques Rozier, tourné en cette année 1963 mais interdit durant trois ans; film magnifique de liberté formelle et d’esprit de vacances où l’on sentait la solitude d’un «appelé» au moment de son départ pour l’Algérie.

Pour le reste, c’était au pire Les parapluies de Cherbourg de Demy où la guerre d’Algérie n’est qu’inconvénient à l’amour, ou au mieux Le joli mai de Chris Marker où aucun des Parisiens interrogés (film fait dans la rue caméra à l’épaule) n’osera dire que l’événement essentiel en ce joli mois de mai 1962 c’est la fin de la guerre d’Algérie. Désir d’oubli, chez Hélène Aughain comme chez tout le monde.

Revoyant Muriel aujourd’hui, maintenant que l’on sait toute l’horreur de cette sale guerre, depuis que des hommes jouissant de l’immunité (comme le général Aussaresses) racontent quarante ans plus tard et sans état d’âme la torture ordinaire qui, oui, s’y exerçait... on ne peut que ressentir le caractère héroïque du subtil film de Resnais. En montrant que l’expérience de la guerre (pour Bernard, le beau-fils d’Hélène Aughain) ne débouche pas sur un engagement politique mais sur un cauchemar intime et une impossibilité de communiquer, il allait au cœur du problème. L’Algérie c’était l’Amédée d’Ionesco, le cadavre grandissant dans le placard et dont on n’arrive pas à se débarrasser.

Une scène (placée au centre du film) éclate de force aujourd’hui, cette scène où, sur des images de soldats filmés en 16 mm par Bernard (copains, corvées, bivouacs), on entend en voix off le récit qu’il (se) fait de l’histoire de Muriel... qui n’est pas, comme on le croyait jusque-là (comme le croit Hélène Aughain), «la copine de Bernard», mais une Algérienne que lui et son camarade Robert torturèrent à mort, là-bas.

«Muriel, ça ne se raconte pas...», dit Robert à Bernard quand ils se retrouvent... Et Bernard va se décider à tuer Robert. Expiation et vengeance. La vie est finie. Resnais (et Jean Cayrol, son scénariste) léguait forcément ce film à l’avenir, quand serait vaincu le désir d’oubli... Muriel, c’est actuel.
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Barreau de chaise 7 (mémoires)
par Jacques Leduc

[ texte complet voir 24 images n° 114 p. 14 ]

Tournage de
100 % bio de Claude Fortin.
«Tourner un film d'une manière qui rend le cinéma possible.»
On tourne «en location» comme on dit en anglais, c’est-à-dire en dehors de Montréal, autour d’un centre culturel magique, où nous sommes reçus de façon inoubliable, à La Vieille Usine de L’Anse-à-Beaufils en Gaspésie. Sur la grève un château de sable érodé par la marée montante (avec un peu d’aide de l’accessoiriste), un réflecteur dans la lumière tombante, une douzaine de personnes sur la plage déserte en cette saison et un enfant qui ne fait bien que ce qu’il veut jusqu’à ce qu’on dise «Coupez». On n’est plus tout à fait dans le scénario, mais avec une autre prise «pour se couvrir» il devrait y avoir tout ce qu’il faut au montage et ainsi revenir sinon au texte du moins à l’esprit du texte.

[ texte complet voir 24 images n° 114 p. 14 ]
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Le cinéma iranien:
portraits de femmes
par Gérard Grugeau

[ texte complet voir 24 images n° 114 p. 63-64 ]

Bemani de Dariush Mehrjui. Destins croisés de jeunes filles iraniennes..
Les films sont toujours un bon indicateur de l’évolution des sociétés. L’Iran bouge et son cinéma s’affirme aujourd’hui sur tous les fronts, révélant ou confirmant de nombreux auteurs en quête de nouveaux territoires fictionnels et esthétiques dont Ten, le dernier Abbas Kiarostami, pourrait être l’aboutissement exemplaire. Aux sujets de l’enfance et des réfugiés frontaliers (Une histoire vraie et Delbaran d’Abolfazl Jalili, Les chansons du pays de ma mère de Bahman Ghobadi) souvent abordés se greffent depuis quelques années le thème de la condition féminine, alors que les femmes en tant que personnages à part entière tendent à occuper l’espace public avec de plus en plus de détermination. Après l’audacieux Le cercle de Jafar Panahi, l’allégorique et poétique The Day I Became a Woman de Marziyeh Meshkini, l’émancipateur La pomme de Samira Makhmalbaf et Filles du soleil, le très beau et austère premier long métrage de Mariam Shahriar, nous parvenaient d’Iran cette année plusieurs films démontrant une fois de plus l’étonnante vitalité d’une culture riche et variée, souvent encore fragilisée par un ordre moral pernicieux et une censure arbitraire. Par leurs propos, des films s’attaquent néanmoins sans détour aux excès d’une société patriarcale travaillée par la violence de ses propres préjugés religieux et culturels. Dariush Mehrjui (Bemani), Rassul Sadr-Ameli (Je suis Taraneh, 15 ans) et, dans une moindre mesure, Moshen Makhmalbaf (L’alphabet afghan) sont à cet égard les auteurs de trois films singuliers et porteurs d’une vision sans complaisance des conditions de vie précaires dont doivent s’affranchir les femmes en Iran, quels que soient leur âge, leur milieu ou leur origine.

[ texte complet voir 24 images n° 114 p. 63-64 ]
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Commémorons
par Yves Rousseau

[ texte complet voir 24 images n° 114 p. 38-39 ]
En quelques mois, la télé nous a parlé in extenso du 25e anniversaire de la mort d’Elvis, du 5e de celle de Lady Di, du 1er anniversaire des attentats du 11 septembre, du 50e de la télé en terre canadienne, des 30 ans de la Série de hockey du siècle, du jubilé de la reine d’Angleterre, sans compter les nombreux galas qui célèbrent les différents arts et leurs vedettes. La télé serait-elle le nouveau vecteur de la mémoire?

[ texte complet voir 24 images n° 114 p. 38-39 ]