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| Travelling arrière Stormy Weather par Robert Lévesque Contrechamp Résurrection, de Paolo et Vittorio Taviani par Réal La Rochelle Kino, l'enfance d'un art par Yves Rousseau Barreau de chaise 6 (mémoires) par Jacques Leduc La télé La téléculture du ROC par Yves Rousseau Cinéma en poche Robert Morin : la série noire d'un maître occulte par Geneviève Thibault |
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| Stormy Weather par Robert Lévesque [ 24 images n° 113-114 p. 51 ] |
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![]() Létrange beauté immobile de Key Largo de John Huston, quintessence du film noir. |
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| Un G.I., un gangster, un hôtel sans clients, un ouragan et une femme... Souvenez-vous: Bogart, Edward G. Robinson, la Floride en été, la menace de la mer et Lauren Bacall... Cétait la Warner de laprès-guerre, du cru solide, 78 jours de studio, un producteur viré du plateau, un cinéaste alcoolique, un couple célèbre, et la direction photo qui était de Karl Freund: autrement dit le film noir dans sa quintessence, Key Largo... On aurait pu le titrer La nausée ou Huis clos, ce suspense au ton existentialiste car les fictions de Sartre si apparentées au genre noir étaient légèrement antérieures à ce film de John Huston qui sortait sur les écrans américains de 1948... On peut en effet voir dans Key Largo une version amerloque de Huis clos où les morts en sursis (le clan de Johnny Rocco dont il ne restera pas âme qui vive) ont séquestré dans un hôtel «fermé pour lété» le vieux propriétaire James Temple (Lionel Barrymore à 71 ans), sa bru Nora (Bacall, 24 ans) et celui qui, tel un nuage, ne faisait que passer, Frank McCloud (Bogart, 48 ans), un Garcin, ou un Roquentin, un être en fuite, un solitaire, un lâche... Ce McCloud de Bogart cétait à lhollywoodienne l«homme sartrien», celui que Sartre appelait pour sa part «lhomme faulknérien» à cette époque où Maurice Edgar Coindreau, à Princeton, servait de passeur entre le Sud des États-Unis et la rive gauche du Flore... Immédiat après-guerre où, avant lantiaméricanisme quinstaurera de Gaulle, les écrivains américains (Faulkner, Hemingway, Steinbeck, Chandler, Himes, Hammett) et français (Sartre, Camus, Simenon) se croisaient chez Lipp et publiaient chez Gallimard, la réflexion dans la blanche, laction dans la noire... Parmi les cinéastes américains dalors, John Huston était le plus intellectuellement ambitieux en ce sens quil axait son uvre sur une rhétorique de léchec, insinuant dans son cinéma sombre (dès The Maltese Falcon en 1941) un penchant marqué pour la défaite, la déchéance, ses héros pessimistes étant voués à lerreur ou à lerrance, et le climat du film lemportant nettement sur sa conclusion. Ainsi le soldat Frank McCloud qui tout au long du film se défile devant le gangster Johnny Rocco qui le défie constamment et à qui Nora pourra dire quil est «lâche» sans quil bronche... Tout ce que lon sait de McCloud cest quil a fait la guerre, la campagne dItalie; il est descendu du bus de Key West à larrêt de Key Largo pour rendre visite au tenancier de lhôtel, le père dun G.I. mort à monte Cassino. Son intention est de prendre le bus de retour, dans une heure. Mais pris au piège de la bande à Rocco qui occupe lhôtel, il va, imperturbable, sans état dâme, se laisser porter par les événements. Humphrey Bogart (identifié au dur de dur depuis The Petrified Forest dArchie Mayo en 1936) devait surprendre dans le rôle dun type apathique qui avoue volontiers ne pas être brave et qui dira à Nora: «mourir pour débarrasser le monde de Rocco? Non merci». «Cest donc ça un héros...», répliquera le caïd, le «méchant» et robuste Edward G. Robinson. Même si à la fin McCloud aura raison du clan criminel (le sartrien avait tout de même des limites dans les grands studios, il fallait une fin normale, McCloud et Nora allaient donc pouvoir saimer...), tout le film de Huston, dans son essence pessimiste et dans son étrange beauté immobile, dans sa pénombre inquiète et la rumeur troublante de louragan, restera fait (cest la matière du chef-duvre) de cette indifférence du «héros», de ce dégoût qui suintait des lèvres nicotinées de Bogart, de cette haine profonde du monde que dégageaient ses regards de lynx désabusé, de cette nausée qui semblait avoir à jamais envahi cet homme revenu du front et pour qui le monde extérieur avait cessé dêtre opérant, devenu un lieu de ténèbres où il ne prendra plus parti. Un acteur peut faire un film, une lumière aussi, celle de Freund était le fait dun maître; ajoutez à cela une ambition et du caractère («Huston est brutal et cynique», écrit Anaïs Nin dans son Journal en avril 1935), des ressources dans la littérature (Sartre et Dostoïevski), une sensibilité dalcoolique et le flair intact pour saisir les nuances du malsain, et cest ainsi que dans les grands studios, au moment où débutait la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy, John Huston (qui fera preuve dune certaine lâcheté en composant avec la situation, filmant linoffensif African Queen, un insipide Moulin-Rouge et le navrant The Barbarian and the Geisha...) faisait, avant ces gros succès commerciaux, un véritable cinéma dauteur pour les masses: Key Largo en est lun des plus beaux modèles. |
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| Résurrection, de Paolo et Vittorio Taviani Lumière morte de fin du monde par Réal La Rochelle [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 52-53 ] |
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![]() Omero Antonutti en compagnie de Vittorio et Paolo Taviani sur le tournage de La nuit de San Lorenzo. |
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| Un Tolstoï maudit Résurrection, présenté à New York en première nord-américaine, est encore, pour une troisième fois chez les Taviani, une adaptation dun roman de Tolstoï. Et pas le moindre, puisquil sagit du dernier grand roman épique du célèbre écrivain russe, ouvrage généralement considéré comme un échec et dont seuls les afficionados de lauteur de Guerre et paix admirent les beautés crépusculaires. Comme Tolstoï est lécrivain chez qui Paolo et Vittorio Taviani ont le plus puisé, on peut se demander dentrée de jeu si les célèbres cinéastes italiens ny trouvent pas une inspiration inépuisable pour nourrir leur goût des beautés en décadence, des idéaux inachevés, des révolutions avortées, des amours indicibles et impossibles. Déjà, en 1971, dans Saint Michel avait un coq, les cinéastes tiraient leur sujet de la nouvelle Le divin et lhumain. Plus tard en 1990, Le père Serge, autre nouvelle, donnait naissance au Soleil même la nuit. Néanmoins, malgré ces histoires prises dans la littérature russe, les Taviani situaient leurs fables lyriques et mystico-matérialistes en Italie, voyageant depuis les brûlures solaires du Sud jusquau Nord humide et verdoyant de la lagune de Venise ou dans leur Toscane natale. Dans Résurrection, les Taviani rompent avec ce procédé. La quête épique du prince Nekhlioudov pour sa «conversion à une vision radicalement neuve des choses» (Georges Nivat) se situe cette fois en Russie. Moscou, Saint-Pétersbourg et la Sibérie se substituent aux villages, villes et déserts de la botte italienne. Le prince, la belle et touchante Katiouka (devenue à son corps défendant putain et meurtrière), de même que le peuple russe déployé comme un chur de Moussorgsky vont ainsi se mouvoir dans un environnement étranger, lointain pour les deux cinéastes. Mais il ne faut pas se leurrer, cette Russie de Résurrection est dans le fond, très italienne. Saint-Pétersbourg ressemble singulièrement à Rome ou à Florence, les plaines transsibériennes, aux déserts des Pouilles ou de la Sicile. [...] [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 52-53 ] |
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| Kino, l'enfance d'un art par Yves Rousseau [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 68-69 ] |
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![]() From Nowhere With Love. Kino témoigne dun désir de retrouver des rituels. |
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| Kino, du grec kinêsis «mouvement» parce que ça bouge, parce que le système des images animées sest coincé, pris entre le circuit interminable de la bureaucratie (le régime des subventions, le cinéma dÉtat) et la fadeur des productions consensuelles qui finissent par émerger après des années dédulcoration. Kino fait fi des comptables, des consultants en scénarios, du professionnalisme corporatiste et des comités de sélection. Au risque de dire nimporte quoi nimporte comment, lurgence de faire des films est décuplée chez lui par les progrès technologiques. Mais contrairement aux cinéastes cités plus haut, la plupart des gens de Kino nont pas beaucoup réfléchi aux conséquences de lacte de filmer. Ils sont aussi le produit dun système éducatif qui favorise lexpression avant la maîtrise des moyens dexpression. Cest en forgeant quon devient forgeron, ils ont décidé de ne pas attendre davoir un million pour tourner. Kino ne demande pas de subventions, du moins à ce jour. [...] [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 68-69 ] |
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| Barreau de chaise 6 (mémoires) par Jacques Leduc [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 52-53 ] |
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![]() Esther Auger dans On est loin du soleil (1970). |
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| Un film de. Je nai jamais aimé cette façon de signer un film. Un roman de. Une toile de. Une chanson de, je comprends. Mais un film de? Ça me semble un travail trop collectif pour le signer de la sorte. Je préfère la façon américaine «directed by», dirigé par ou si lon veut réalisé par. De plus il y a une dynamique dans le mot «par» que le «de» ne suggère pas. Au générique de Chantal en vrac, pour men moquer, javais signé: un film de, sur un carton, 45 minutes, sur un autre carton. Ça faisait rigoler la salle, ça faisait passer le message et ça annonçait la longueur du film, ce qui est parfois plus utile que de savoir le nom du réalisateur. [...] |
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| La téléculture du ROC par Yves Rousseau [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 20-21 ] |
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| Invitations Lactuelle ministre de la Culture du Québec, Diane Lemieux, a commencé son mandat en déclarant en substance que le «reste du Canada» (ROC pour rest of Canada) navait pour ainsi dire pas de culture propre. Si par mégarde un-e de ses attaché-e-s politiques tombe sur ce texte, jaimerais quon lui dise quelle est invitée chez moi pour passer une soirée à discuter de la culture du ROC en regardant Bravo!, Showcase, City-TV et quelques autres chaînes accessibles grâce au câble numérique de Vidéotron, compagnie chérie des gouvernements québécois qui ont tout fait, y compris de mauvais placements, afin quelle ne tombe pas entre de méchantes mains anglo-saxonnes. Nous pourrions même arroser cela avec du ice wine du Niagara et constater quil se passe des choses de lautre côté de lOutaouais et que Toronto nest plus une ville où on se couche «un petit peu trop tôt», comme à lépoque où la chanson de Charlebois fut écrite. Je dois dire que je ne regrette pas une seconde davoir choisi plusieurs chaînes spécialisées du ROC lors de mon passage dans lunivers de la télé numérique(1), ne serait-ce que pour en apprendre davantage sur la mentalité de mes compatriotes involontaires. Mais comme les Québécois ont dit non à la séparation deux fois en quinze ans, autant chercher à connaître ceux avec lesquels nous partageons ma foi bien peu de choses, à part un passeport et Jean Chrétien. On comprend vite quil existe des clivages aussi forts entre Terre-Neuve et lAlberta quentre Montréal et les Îles-de-la-Madeleine, que le ROC est hanté par langoisse dêtre avalé par un pays situé au sud du 45e parallèle, nayant pas la barrière linguistique que possèdent les Québécois. Ce qui explique, sans pouvoir lexcuser, leur petite rancur face à nos velléités dindépendance, quils prennent souvent pour de lingratitude. Leur paternalisme est donc à la mesure de leur insécurité, sentiment qui sera toujours exploité par les Sheila Copps de ce monde. Tiens, elle, je linviterai un soir pour regarder Télé-Québec en buvant de la Bolduc. Le problème de la télé spécialisée culturelle canadienne (puisque pour les besoins de ce texte, nous ignorerons CBC, CTV et Global, les trois réseaux généralistes du ROC), cest souvent son contenu canadien davant 1990, principalement les films. Les quotas nationaux étant ce quils sont, tout le monde ne peut être Cronenberg ou Egoyan, les navets canadiens sont légion et tapissent plus souvent quà leur tour les après-midi de Showcase et de Bravo! On ne peut quand même pas subir constamment les retombées des programmes dabris fiscaux canadiens des années 70 et 80 sans éprouver de graves séquelles mentales. Mais justement, les programmateurs ne sont pas dupes et gardent généralement les meilleures heures découte pour des films et émissions décentes. Tout bon film qui passe à Showcase ou à Bravo! est précédé de cet affriolant avertissement: «This program contains scenes of violence, nudity, sexuality and coarse language». Bon, ce nest pas toujours les quatre as, mais je ne me rappelle daucun film ayant un «langage corsé», à tel point quon devrait peut-être simplement nous prévenir à propos des films où lon nentend pas de gros mots, ce qui serait plus simple. [...] [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 20-21 ] |
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| Robert Morin : la série noire d'un maître occulte par Geneviève Thibault [ texte complet voir 24 images n° 112-113 p. 66-67 ] |
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![]() Robert Morin dans Yes Sir! Madame... Le vidéaste et ses personnages ne sont jamais tout à fait ce quils prétendent être. |
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| Pendant quelque temps encore, le DVD aura le pouvoir de faire lévénement. Pour le cinéphile de salon, il y a quelque chose de parfaitement inaugural dans le fait de visionner lintégrale dune uvre jusquici vouée à une projection morcelée et confidentielle. Avec lédition DVD de la production vidéo de Robert Morin (Parcours du vidéaste (1976-1997), on a cette impression euphorique que le nouveau mode de diffusion consacre, une fois pour toutes, le vidéaste-cinéaste québécois le plus important de sa génération. La somme est dautant plus significative quelle a des allures quasi testamentaires: depuis quelque temps, Morin proclame son envie de quitter les oripeaux du vidéaste et dendosser ceux de lécrivain et du scénariste pour la télévision. [...] |
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