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| Du pic au cur
Entretien avec Céline Baril Du pic au cur (de Céline Baril) |
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| Entretien avec Céline Baril propos recueillis par Philippe Gajan [ voir entretien 24 images N° 103-104 p. 4 -10 ] |
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![]() Serge (Tobie Pelletier) et Alice (Karine Vanasse). Des adolescents surgis d'une littérature éternelle. |
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| Du pic au cur (de Céline Baril) Au temps de l'amour éternel critique par Philippe Gajan [ 24 images N° 103-104 p. 8 - 9 ] |
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| Lunivers du Pic au cur, le nouveau film de Céline Baril, est peuplé dadolescents qui puisent leur force dans la quête amoureuse. Ils habitent les lieux et convertissent les adultes à leur vision par cette simple croyance qui annihile toute autre considération. À lexception notable de la musique, et particulièrement des mots, qui deviennent le véhicule idéal et idéalisé de cette quête. En ce sens, ces adolescents surgissent, comme à contretemps, dune littérature éternelle et pourtant souvent considérée comme désuète: il y a un parfum de Paul et Virginie et de Tristan et Iseult et autres romans dapprentissage dans le film de Céline Baril, un parfum de paradis perdu et enfin retrouvé. Cette capacité à semparer dune part déternité, lAmour au pays des adolescents, est renforcée assez paradoxalement par lutilisation de clichés. Inévitables et précieux, ceux-ci prennent le temps dexister, de se redéployer dans un monde décalé qui agit comme révélateur (un monde en quelque sorte hors du temps et de lespace). Ils distillent en douceur une poésie toute personnelle. Ainsi, Du pic au cur est un bain de jouvence, un film qui se nourrit despoir et deau fraîche et qui curieusement semble vouloir sinscrire en faux par rapport à une tendance du film « de fuite » où les protagonistes tentent, souvent en vain, de combler le vide de leur vie désincarnée. Ici, au contraire, cest de trop-plein et denvie de donner ou de partager quil est question. Le couple Serge-Alice (au pays des merveilles ?) semble disposer dun don qui lui permet dilluminer tout ce quil croise, les gens comme les lieux ou les choses, doù limpression de baroque qui émane du film. Le lien qui unit Serge à Alice depuis lenfance, matérialisé par un ostensoir subtilisé dans une église par la frondeuse petite fille et qui exauce les souhaits des amoureux, ne peut être brisé. Dune certaine façon, on peut considérer que cest ce lien intense, bien que momentanément rompu, qui est la source de lenchantement qui plane sur lunivers du Pic au cur. Ce film tisse savamment sa toile, emprisonnant le spectateur dans un univers magique quil ne peut quappréhender par petites touches. Et, dès lors, les lieux que Serge et Alice habitent de leur présence à la fois frêle et intense, ces appartements délabrés, capharnaüms invraisemblables cernés par un casino improbable, des toilettes de rencontre à la sauvette et surtout par un circuit de surveillance omniprésent, semblent vouloir prendre vie à linstar des personnes quils invitent (ou quils forcent) à souvrir à lespoir du lendemain. Chandor le Hongrois, par exemple, joueur invétéré et écrivain de théâtre à la dérive, rêve de son pays natal et de la reconquête de celle quil aime. Ce rêve peut devenir réalité dans cet univers pas comme les autres à partir du moment où Alice le désire. Elle provoque léclatement des lieux clos, et surtout donne chair à la magnifique galerie de personnages secondaires qui gravitent autour delle: étonnant Monsieur Demers (Denis Gravereaux), sorte de démiurge impuissant et débonnaire qui règne sur ce petit monde par lentremise de son circuit de surveillance et de ses secrétaires très particuliers, superbe Magda (Bobo Vian), louve hongroise blessée qui rêve de sa grandeur perdue, ou encore touchant Oscar (André Brassard), poète qui signore dans un corps dours mal dégrossi. Karine Vanasse, quant à elle, est confondante de naturel dans ce rôle dAlice et confirme tout le bien quon pouvait penser delle depuis Emporte-moi. uvre profondément originale et tellement personnelle, Du pic au cur, sous son apparence de légèreté, émeut par ce quil révèle et réussit, lespace dune éternité, à nous faire revivre notre adolescence sans nostalgie aucune Comme une envie dy croire encore. DU PIC AU CUR Québec 2000. Ré. et scé.: Céline Baril. Ph.: Carlos Ferrand. Mont.: Nathalie Lamoureux. Son: Hugo Brochu. Mus.: Jérôme Minière. Int.: Karine Vanasse, Tobie Pelletier, Xavier Caféine, Denis Gravereaux, Peter Batakliev, Bobo Vian, André Brassard. 85 min. Couleur. Dist.: France Film. |
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