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| Petite taxinomie du cinéma politique par Philippe Gajan [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 27-28 ] |
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| La politique semblait teinter absolument tous les aspects du Festival de Cannes cette année (en commençant par la fin et le choix de donner la palme à une entreprise de démolition anti-Bush Jr), pour le pire le plus souvent, pour le meilleur parfois. Plus politique que dhabitude, le festival ? Certainement, suffisamment en tout cas pour nous permettre denclencher un début de réflexion pour établir une petite taxinomie de la geste politique (du geste politique ?) au gré des films rencontrés, voire des films esquivés
Et cela commence plutôt bien, puisque le festival était placé demblée sous le signe de Glauber Rocha et du Cinema Novo brésilien. Voilà un cinéma politique dans la plus belle acception du terme, à la fois lucide sur son temps mais également en train à chaque instant de sinventer pour mûrir, penser, et peut-être même changer cette société. Car, dans « cinéma politique », les deux termes sont dégale importance. À travers ce petit parcours cannois, nous allons mesurer combien nos contemporains ont le plus souvent tendance à négliger, voire à oublier lun des deux termes. Mais ce qui est le plus important, cest quil semble urgent de mesurer les rapports ambigus quentretiennent ces deux termes. Le cinéma ne devrait-il pas être nécessairement, totalement, fondamentalement politique, à linstar de la philosophie ou de lart en général, dans son rapport à la fois unique et privilégié avec le monde ? Encore faudrait-il définir ces deux termes, ou peut-être sen approcher. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 27-28 ] |
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![]() Clean dOlivier Assayas rappelle que le road movie nest pas purement géographique. |
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| Road movie et schizophrénie : le jeune cinéma déménage... par Gilles Marsolais [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 30-31 ] |
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| Le Festival de Cannes offre l'incomparable avantage de permettre de prendre le pouls de la production annuelle mondiale. Mais, depuis quelques années, il semble se chercher une direction et la qualité de la compétition officielle, dont la programmation relève trop souvent de critères moralisateurs visant à privilégier les uvres « humanistes », s'en ressent. Qui plus est, cette année, celle-ci avait choisi de s'ouvrir aux genres (animation, documentaire) et aux cinématographies délaissées. Ce saupoudrage bien intentionné, qui peut donner lieu à un repêchage (Sud Pralad), est loin de produire au total des résultats convaincants, alors quil marginalise probablement des uvres singulières au nom dune diversité artificielle. Dès lors, le critique se doit daller fureter dans les autres sections du festival pour comparer, et dénicher peut-être la perle rare. Hasard de la programmation ou non, les thèmes complémentaires du road movie et de la schizophrénie étaient omniprésents cette année. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 30-31 ] |
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Le bruissement du monde par Jacques Kermabon [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 34-35 ] |
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| Pour fêter son cinquantième numéro, la revue Trafic, fondée en 1991 par Serge Daney, a posé à plusieurs personnalités linterrogation par laquelle André Bazin avait titré le recueil de ses écrits : Quest-ce que le cinéma ? La question est plus que jamais dactualité. Face au flux des images, face au « visuel » (pour reprendre la distinction de Daney), comment le cinéma peut-il arrêter le regard ? Comment sentretenir du monde autrement quen se pliant à lordre télévisuel ? Vitrine par excellence du cinéma mondial, Cannes éveille chaque année lespoir de quelques réponses. Lintérêt accordé aujourdhui aux documentaires dénonce dune certaine façon les limites de la fiction occidentale à dire le réel. Or, cest justement en déployant une saga familiale de près de quatre heures et demie que Yousry Nasrallah sort le conflit israélo-palestinien de la chronique journalistique pour linscrire dans lhistoire, en restituer la mémoire. Cette adaptation de La porte du soleil, dElias Khoury, conserve le parti pris du roman, un récit mené par un jeune médecin au chevet de son père spirituel, héros de la résistance palestinienne, qui se retrouve dans le coma dans un hôpital du camp de Chatila. Sans aucune complaisance ni manichéisme, le film orchestre dans le même mouvement la violence de la colonisation israélienne, les drames intimes, les rêves magnifiques séquences oniriques , les désillusions, les impasses, les trahisons. En tissant ainsi cette mémoire, en la nourrissant de chair et de sentiments, en faisant la part belle aux figures féminines, la fresque de Yousry Nasrallah réinscrit mieux que toute autre ces destins dans la communauté des hommes. Les Palestiniens ny sont pas réduits à ce que la représentation des conflits par les médias fait des peuples, des objets anonymes et lointains de notre curiosité, de notre compassion voire de notre intérêt sincère, mais ils y redeviennent dautres nous-mêmes, les frères humains quils nauraient jamais dû cesser dêtre. Hollywood figura ainsi longtemps lillusion dun imaginaire commun. La force de sa fable a été de représenter aux yeux des spectateurs du monde entier un miroir effet de reconnaissance et un idéal du moi au point que chacun pouvait imaginer le continent nord-américain comme un territoire familier. Le jeune Youssef Chahine a été bercé par ce rêve et est parti à 21 ans étudier à lécole de cinéma de Pasadena, près de Los Angeles. Dans Alexandrie New York, il met en scène un réalisateur égyptien invité à une rétrospective de ses films à New York et rencontrant le fruit inconnu de son premier amour, un talentueux danseur, troublé de découvrir que son père est arabe, lui qui évolue dans des milieux juifs. Entre veine autobiographique et romance, Chahine célèbre son propre cinéma, replonge dans sa jeunesse, rend hommage au charme dun Hollywood quil a aimé pour mieux lopposer à lAmérique daujourdhui. Réponse du berger à la bergère, il recrée cette Amérique dans les studios égyptiens et fait parler tout son monde en arabe. Inventif, irrévérencieux, son cinéma joue dune forme libre collusion des temporalités, hétérogénéité du ton, brassage des sentiments et revendique un dialogue dégal à égal avec lautre, impérialiste, qui ne lui porte aucun regard. [...] [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 34-35 ] |
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||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
![]() Jean-Christophe Bouvet. Un film qui nous invite à être de plain-pied ses vrais contemporains. |
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| Notre musique de Jean-Luc Godard De guerre lasse par Édouard Vergnon |
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| Godard enfin nous appartient. Car il faut faire confiance à ce « notre » de Notre musique, moins possessif que réellement partageur, qui nous invite à être de plain-pied ses vrais contemporains. Quelques précautions dusage : le film est dense et ramifié, mais toujours accueillant et généreux. Il neffraie pas. Nul hermétisme ici pour qui fera dabord tout passer par le cur. Ajoutons quà tout prendre, il vaut mieux avec Godard démobiliser un peu les oreilles (pour ce qui est du texte, pas de la musique) au pur profit des yeux (le reste sédimentera de lui-même). Notre musique, cest dabord notre histoire découpée en trois volets : lenfer (qui interroge le statut des images), le Purgatoire (embryons de fictions et contrechamp permanent du cinéma dans une Bosnie porteuse de toutes les guerres), le Paradis (beauté dune nature réconciliatrice et foi en la jeunesse). Commençons par lEnfer. On sait que Godard a toujours, plus que tout autre cinéaste, accueilli les images des autres (télévision, photographie) pour en faire son cinéma. LEnfer ici cest un peu ça, cest dabord celui des autres. Quy voit-on ? Un vertigineux montage dimages de guerre où la mise à égalité des images darchives et des images de cinéma, du noir et blanc et de la couleur, des conflits dhier et daujourdhui, retravaillée par le rythme, la vitesse et la palette de couleurs du cinéaste produit un effet dautant plus saisissant que lon en vient à ne plus savoir si, pour montrer lhorreur, une fiction de cinéaste ne vaudrait pas finalement le réel supposé des journalistes. JLG nous propose ainsi rien de moins quun véritable « contre-champ de bataille » avalisé sous langle de sa re-création. Mais passé le cap de lémotion (et elle est diablement forte), on peut tout de même sinterroger sur la « morale de cette histoire ». Car après tout, il peut y avoir un certain malaise à nous faire ainsi prendre un combat dEisenstein (parmi dautres) pour aussi infernal quune vraie guerre de sécession. Autrement dit, lhomme qui sécroule « pour de faux » peut-il rejoindre esthétiquement celui qui meurt pour de vrai ? À envisager ainsi lesthétique de la guerre comme contrechamp opérant du réel, Godard pourrait accréditer lidée selon laquelle image et plan sont les deux faces dune même bobine. Faire du plan (irréductible au cinéma) le contrechamp systématique de limage revient, et cest risqué, à les confondre. Effet de surimpression plus que de contrechamp. On peut alors préférer penser que le seul contrechamp possible qui nattente pas à la valeur même de limage darchives, ici ce nest pas tant le plan de cinéma que surtout le montage. Le cinéaste est à cet égard passé maître dans lart de la re-composition et de la pulsation. En témoigne sa façon de ralentir le montage vers la fin et dy grossir le collectif jusquà lindividuel. Ce sont les trois dernières images : la tête dun corps daffamé qui seffondre sitôt retirée la main qui la soutenait, une Indienne foudroyée qui sen vient mourir au bord du cadre de lécran, un soldat de 1914 au désarmant sourire. Trois images poignantes, qui vivent très bien sans (arrière-)plan. Aucun contrechamp cinématographique ne vient (dailleurs) sy intercaler. Pourrait-on seulement imaginer quau visage du fantassin succède celui dun jeune Gabin ? La grosseur même de limage, sa nature identitaire, semble linterdire. Mais si un principe valable pour un plan de foule ne lest plus pour un plan dhomme, comment fonctionne-t-il ? Cétait donc lenfer, mais pas tant celui des pauvres hommes que celui dun grand peintre, comme si Fra Angelico terminait un Breughel. À lenfer succède le Purgatoire. Autrement dit Sarajevo, superbement filmé comme un lieu de circulation incessante des corps (aéroports, tramways et cette jeune fille qui traverse la ville en courant et dont il est permis de voir le miroitement réussi du petit chaperon rouge juif de la Liste de Schindler de Spielberg), du souvenir (murs encore criblés de balles, Indiens dAmérique), du commerce (banques, marchés), de la morale (peut-on obtenir sa liberté contre le crime) et des idées (où vous sont donnés les outils pour réapprendre à comprendre le monde et à mieux voir le cinéma). Cest aussi pour Godard lart dinstiller des amorces de fiction (ici, ces microscènes de lAmbassade où lon perçoit des embryons romanesques derrière les claquements de portes et de portières), de « fantômiser » les lieux (de culture surtout) et de capter au maximum la beauté grave des visages (on finit dailleurs par ne plus vraiment savoir quel statut homme ou personnage leur accorder). Tour à tour labyrinthe romanesque, an zéro du monde, retombée cendrée de tous les conflits et école dapprentissage, jamais ville naura été si magiquement habitée. Le purgatoire, cest aussi la magnifique séquence de Mostar, lune des plus belles de toute luvre de Godard. Par trois fois, la caméra reconduit un même mouvement de haut en bas, embrassant lentement et le ciel (au bleu pâle dune infinie douceur) et le pont et leau verte de la rivière. On dirait enlever sous nos yeux un bandage. En contrebas, linfiniment petit des blocs de pierre du pont amassés comme les mots dune phrase de pardon qui restent à assembler. Grandeur stupéfiante du plan de cinéma quand il contient dans un même élan et larchive du monde et le regard du créateur. Le purgatoire, cest enfin le contrechamp permanent du cinéma à toute forme de vie. On songe alors au Mépris. Les deux films ont en effet ceci de commun quils lient viscéralement le cinéma à lhistoire quils racontent. On change juste déchelle : à linfiniment petit dun couple succède ici linfiniment grand des populations. Le réel se substitue à la fiction. Mais quarante ans plus tard, Godard nous redit peu ou prou la même chose : à force dêtre mal regardé, cest-à-dire sans effort ni apprentissage, le cinéma dépérit à vue dil (tout cinéphile sera touché par le film). On se souvient de la salle de projection du Mépris et de la solitude de Fritz Lang face à lincompréhension des producteurs (lenfer dalors). Que voit-on aujourdhui ? Godard, plus Ulysse que jamais, seul face à des étudiants goguenards qui peinent à comprendre la prodigieuse vulnérabilité dun art quils croient pourtant chérir. Ce qui est bouleversant ici, cest limplication mélancolique du cinéaste dans le plan (on sent que cest trop tard) et le fait quil sy adresse autant à eux quà nous dans un élan pédagogique. Un plan qui joint le geste à la parole lorsquen parlant de Hawks, ses mains traversent littéralement lécran. Comment qualifier cette pédagogie ? Elle est ici lexact reflet de ce quécrivait jadis Serge Daney : « plus que qui a raison, qui a tort ? » la question qui le mène est : « Quest-ce quon pourrait opposer à cela ? » Cest une pédagogie de monologue, plus que de dialogue, mais quimporte finalement, puisquen face on semble ne rien vouloir (pouvoir) répondre. Ce contrechamp généralisé et permanent du cinéma se pose alors sur la branche du réel comme loiseau consolateur de René Char : « Au plus fort de lorage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. Cest loiseau inconnu. Il chante avant de senvoler ». Enfin le Paradis, fait de quelques touches denregistrement élégiaques : impressionnisme de la caméra qui enregistre les mille scintillements dune clairière baignée de lumière, le bruissement du vent dans les feuilles, le filet deau dun ruisseau. Jusquà ce plan inattendu et merveilleux où lon voit sur la rive, sous la frondaison des grands arbres, le jeune soldat et la jeune fille se partager la pomme dAdam. Mais peut-être conviendrait-il ici de ne rien dire car le Paradis, plus encore que lEnfer et le Purgatoire, se découvre. Écrire alors simplement que le film est splendide et Godard, notre très grand Créateur. Notre musique France, 2004. Ré. et scé. : Jean-Luc Godard. Ph. : Julien Hirsch et Jean-Christophe Beauvallet. Int. : Sarah Adler, Nade Dieu, Rony Kramer, Georges Aguilon, Letitia Gutierrez, Ferlyn Brass, Jean-Christophe Bouvet, Elma Dzanic, Simon Eine. 120 minutes. Couleur. |
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