Entretien avec Michel Brault
Quand je serai parti... vous vivrez encore
propos recueillis par Marie-Claude Loiselle et Claude Racine
[ extrait seulement, texte complet voir entretien - 24 images N° 96 - p. 4-11 ]

 Michel Brault (photo : Bertrand Carrière)
Avec plus de quarante années de métier derrière lui, Michel Brault est une des figures marquantes du cinéma québécois. Il est non seulement un de nos plus grands directeurs photo (Mon oncle Antoine, Kamouraska, Les bons débarras, sans compter bon nombre de productions étrangères), mais également un de ceux qui, dès la fin des années 50, avec les Groulx, Dansereau, Carle, Jutra, participe à ce qu'on a appelé « la naissance du cinéma québécois », en même temps qu'à l'effervescence d'une société en mutation, qui se cherche de nouveaux outils de connaissance. En 1963, Michel Brault tourne à l'Île-aux-Coudres Pour la suite du monde (coréalisé avec Pierre Perrault). Il se retrouve ici à la tête d'un mouvement dont on verra aussi l'émergence en France (avec Rouch) et aux États-Unis (avec Leacock): le cinéma direct, qui, pendant une quinzaine d'années, a su faire rayonner le cinéma québécois sur la scène internationale. À Cannes, en 1975, Brault remporte le Prix de la mise en scène pour Les ordres, une fiction (ou « fiction documentée ») qui poursuit sur les chemins frayés par le direct, entre autres par cette volonté de contribuer à une prise de conscience commune, grâce à ce moyen privilégié qu'est le cinéma.

Or, près de 25 ans plus tard, Quand je serai parti... vous vivrez encore révèle que, malgré une éclipse de treize ans, suivie d'un retour à la réalisation avec des films aux couleurs nettement plus intimistes (Les noces de papier, Mon amie Max, Ozias Leduc), Michel Brault n'a bel et bien jamais cessé de cultiver le désir de participer à construire notre identité collective. Ici encore, l'intime, le quotidien est présent, mais pour que l'Histoire puisse venir s'y greffer avec davantage de consistance. Il est étrange de ressentir, à la vision de ce film sur les patriotes de 1838, à quel point notre cinéma (tout comme les téléromans, les téléséries) ne s'est toujours approprié l'Histoire que pour exploiter le caractère pittoresque d'un passé, amputé de toute résonance actuelle. Mais, soudainement, ce sont bien nos familles, nos parents qui apparaissent à l'écran, nous sommes bien de la même lignée qu'eux: leur méfiance est la nôtre, leur espoir nous appartient encore - malgré ce goût amer de fatalité laissé par le film. Comment d'ailleurs ne pas être tenté de lire en parallèle ce film et Les ordres, comme si à 130 ans d'intervalle, l'Histoire se répétait... Ainsi, Quand je serai parti... vous vivrez encore est moins un film sur le passé que sur notre présent, car, ici, le passé nous tend enfin quelques clés pouvant nous aider à comprendre ce que nous sommes devenus.

Marie-Claude Loiselle

[ extrait seulement, texte complet voir entretien - 24 images N° 96 - p. 4-11 ]