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| L'arrière pays (de Jacques Nolot) critique par Jacques Kermabon [ 24 images N° 93-94 - p. 56 ] |
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| On connaît Jacques Nolot acteur, auteur dramatique (La Matiouette, Le café des Jules, pièces de théâtre mises en scène au cinéma respectivement par André Téchiné et Paul Vecchiali, J'embrasse pas) un peu moins réalisateur (quoique son court métrage Manège (1986) ait été remarqué), on le découvre avec ce très bel Arrière pays. Je n'ai pas cité ces titres par goût de l'inventaire mais parce que la plupart dessinent les fragments d'une autobiographie qui gouverne ce premier long métrage. Après son échappée de la province (J'embrasse pas), ses rapports difficiles avec son frère (La Matiouette), dans L'arrière pays, il interprète le rôle d'un acteur qui retourne dans le village de ses jeunes années et y voit mourir sa mère. Ces quelques jours lui permettent de constater que ce n'est pas seulement sa mère qui est morte mais, plus profondément pour lui, ce village de son enfance. Il croise les figures du passé, découvre des vérités enfouies, des secrets de famille, le souvenir de ses premières expériences homosexuelles. Irrationnellement, j'aime avant tout, quasi sensuellement, dans ce film cette manière de filmer de dos. Très souvent, la caméra est postée derrière Jacques Nolot, derrière sa voiture sur les routes, dans une posture qui mêle participation et distance. Plus généralement, me frappe la sobriété du ton, cette manière dont les événements et les déclarations les plus graves s'insèrent dans la banalité du quotidien. Sans hystérie, sans éloquence exemplaire (tout le contraire du Chéreau), sans pathos, l'émotion naît de la retenue avec laquelle cet arrière-pays et les drames qui s'y jouent sont dépeints. On songe au ton d'un Rouquier dans cette façon de faire jouer des non-professionnels. Sans prétendre à des vérités générales, ce film racontant, dans sa banalité, la visite d'un homme dans le paysage humain de son enfance, atteint d'autant mieux l'universel. Il nous conte combien il est difficile de saisir les ramifications de nos destins. Le personnage incarné par Nolot rendant visite à son passé, croise les traits d'origine qui l'ont constitué à l'orée de sa vie, une matière, des lieux, des individus qui l'ont forgé, et il découvre en même temps que cet arrière-pays est un pays qui lui est étranger. |
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