Photos : Bernard Fougères pour 24 images
Souveraine
Portrait
Anne-Marie Cadieux
par Stéphane Lépine

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 121 p. 46-48 ]
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[...] Depuis des années, Anne-Marie Cadieux plane sur le théâtre comme une hirondelle insaisissable et fragile, toujours annonciatrice d’orages et de turbulences, frôlant de son aile brisée le paysage qui est le nôtre pour mieux nous entraîner à cœur et à corps perdus vers des territoires inconnus. Müller, Bachmann, Strindberg, Koltès, Dacia Maraini, Réjean Ducharme et même Feydeau : les auteurs du siècle dernier ont engendré une pléiade de monstres théâtraux, de perles noires et impures, dont le collier est aujourd’hui une actrice terriblement humaine et intense, terrifiante de lucidité et de courage, capable des plus grands vertiges et des plus bas instincts, et qui, d’un rôle à l’autre, se livre à un véritable autoportrait par les gouffres.

Fauve de la scène, comédienne en apesanteur à la présence ensorcelante et fascinante, la Cadieux (comme on dit la Callas, la Duse ou la Tebaldi) est donc associée aux créations théâtrales les plus risquées et aventureuses. Dans le monde récuré et prudent qui est le nôtre, elle est une réelle anomalie, qui toujours refuse la sécurité et les modèles standard pour mieux s’aventurer (et nous entraîner avec elle) dans le noir complet, sa voix unique comme unique falot. La coexistence en elle du brûlant et du glacé aurait convenu à Hitchcock, dont a trop souvent dit qu’il n’aimait que les actrices glaciales. On sait qu’en fait ce qui le passionnait, c’était la rencontre d’une apparente froideur et d’une excessive brûlure intérieure. Alors Anne-Marie Cadieux, actrice hitchcockienne ? On peut toujours rêver à cette rencontre désormais impossible.

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 121 p. 46-48 ]