Quel festival ! Quel festival ?
par André Roy

Médias, médiations, médiocrité
par Pierre Barette

Rétrospective
Inégal, inclassable et essentiel John Huston
par Robert Daudelin

Allemagne, année zéro zéro quatre
par Stéphane Lépine

Les oreilles mènent l'enquête
par Robert Daudelin
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Quel festival ! Quel festival ?
par André Roy

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 4-5 ]

Tropical Malady d’Apichatpong Weerasethakul.

Notre musique de Jean-Luc Godard.
[...] Tous ces points ont convergé de façon équilibrée au récent Festival du nouveau cinéma et ont permis d’assister à un festival qui s’est révélé fort par son abondance d’œuvres majeures. Ce rassemblement a suscité, non pas comme le festival de Losique, de l’ironie et de l’hostilité, mais de la sympathie et, pour notre part, une folle envie de continuer à y partager pendant quelques jours, chaque année, une sorte d’espoir commun : que chaque film soit cette œuvre vitale, libre, riche formellement, qui nous permette de penser le monde (le film emblématique, à cet égard, a été Notre musique de Godard). Il est donc permis de croire à l’utopie devant des films exceptionnels et puissants qui, modestement pour une grande part d’entre eux, affrontent une production dominante, aux scénarios formatés [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 4-5 ]
Médias, médiations, médiocrité
par Pierre Barette

[ 24 images n° 120 p. 5 ]

Guy A. Lepage dans Camping sauvage.
« Par ailleurs, le cinéma est aussi une industrie », disait André Malraux au milieu des années 1930, à la fin d’un long article à dominante culturelle. S’il écrivait aujourd’hui, gageons qu’il devrait inverser sa formule – qui déjà à l’époque se voulait provocatrice – et après avoir longuement décrit les industries culturelles (et peut-être interviewé un fonctionnaire pour en connaître un peu sur la culture de 2004…), commenté les impératifs de leur fonctionnement, investigué leur logique de rentabilité, l’efficacité de la stratégie-média et de la mise en marché de leurs produits, il terminerait peut-être sa démonstration en affirmant : « par ailleurs, le cinéma est parfois un art ». Je n’évoque pas Malraux gratuitement. L’auteur de La condition humaine, grand connaisseur d’art, ministre de la Culture au début des années 1960 sous de Gaulle, représente en quelque sorte ce monde révolu, cette idée forte de la culture qui est en train de disparaître, ce rapport au monde, à la littérature et à l’art (fondé sur une connaissance, c’est-à-dire un travail et un plaisir) que nous voyons chaque jour s’amenuiser un peu plus, remplacés par les multiples médiations culturelles, supposées rendre accessibles les œuvres au plus grand nombre.

La nouvelle idéologie est partout, elle affecte un peu tout le monde, et même (je dirais surtout…) les mieux intentionnés parmi les défenseurs de la démocratisation de la culture, mais c’est surtout par les médias qu’elle nous arrive, et sous sa forme la plus insidieuse. Le remplacement de la chaîne culturelle de Radio-Canada (certainement jugée trop élitiste) par cet Espace Musique sans caractère vient tout de suite à l’esprit, bien sûr. Mais que dire du choix qu’on a fait à Télé-Québec de confier la nouvelle émission littéraire (son seul titre – M’as-tu lu ? – en dit assez long sur l’esprit qui l’anime) au couple Lussier-Poirier, ces vétérinaires-auteurs de téléromans qui ont affirmé dès la première émission s’intéresser avant tout au livre « en général » – le terme littérature, c’est bien connu, faisant fuir le téléspectateur. Remplacer peu à peu la critique véritable par des clubs de livres (voyez, la lecture est une activité conviviale après tout) ou en conviant des vedettes à nous dire ce qu’elles lisent en vacances, comme on le fait à La Presse et ailleurs, participe de la même logique. L’un des principaux acteurs (en tout cas le plus visible et un des plus actifs) de cette nouvelle conception de la culture, Jean Fugère, n’a-t-il pas dit lors d’une table ronde (chez Bazzo à Télé-Québec), que la littérature québécoise, pour mieux atteindre son public, avait surtout besoin de plus d’activités d’animation dans les bibliothèques publiques ?

Si ce que je définis ici comme l’exercice généralisé d’un travail de médiation n’affectait que les médias de masse et l’image largement appauvrie qu’ils transmettent de l’activité culturelle, ce serait déjà grave; pour un large pan de la population, un livre, un film, un disque ne commencent à exister qu’au moment où ils brillent sous les feux de la rampe médiatique. Mais il y a pire quand on considère que cette logique affecte de plus en plus les conditions d’existence des œuvres elles-mêmes. Justement parce qu’il est aussi une industrie, qu’un film coûte cher à réaliser, qu’il implique des décisions prises à plusieurs niveaux par des gens qui sont eux-mêmes souvent les apôtres de la médiation culturelle, le cinéma est peut-être le plus directement touché par cette nouvelle idéologie, davantage en tout cas que les formes quasiment artisanales que sont en comparaison la poésie, la peinture ou même le théâtre. Pour nous, il n’y a pas d’autre explication à la tendance de plus en plus lourde (très bien analysée dans nos pages par Marie-Claude Loiselle dans son éditorial du numéro 119) du cinéma québécois à user de toute la gamme des stratégies de médiation, parmi lesquelles l’importance nouvelle accordée aux genres, le recours généralisé à des vedettes en lieu et place de véritables comédiens, et plus récemment le fait que l’on confie de plus en plus souvent des budgets de réalisation à des individus sans aucune expérience du cinéma (les Guy A. Lepage, Denise Filiatrault, Luc Dionne) qui n’ont pour eux que leur nom, qui agit, dans cet univers calqué sur celui du marketing, comme une marque de commerce et un gage de succès. Le résultat, facile à prévoir, est au mieux médiocre, de cette médiocrité professionnelle et sans relief qui rappelle que ces gens sont des transfuges de la télévision. Car ce qui se perd lorsqu’on oublie que le cinéma n’est pas qu’une industrie – aussi culturelle qu’on le voudra – c’est sa capacité à rendre compte du monde par des moyens qui lui sont irréductiblement singuliers, et qui fait de lui le septième art.
Rétrospective
Inégal, inclassable et essentiel John Huston
par Robert Daudelin

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 6-7 ]

Peter Lorre, Mary Astor et Humphrey Bogart dans The Maltese Falcon (1941).
Une carrière en dents de scie, une personnalité envahissante dont le dandysme agace, tout était réuni chez John Huston pour diviser la critique, aussi bien que les cinéphiles. Et cela n’a pas manqué. Dès le début des années 1950, alors que le cinéaste a pourtant déjà signé des œuvres de premier plan (The Maltese Falcon, Key Largo, The Treasure of the Sierra Madre, Asphalt Jungle, The Red Badge of Courage, The African Queen – sans parler de ses extraordinaires documentaires de guerre, mais alors peu connus), les avis sont clairement partagés : certains voient en Huston un véritable auteur – c’est le cas de la jeune revue française Positif qui consacre au cinéaste l’intégralité de son troisième numéro (1952) et qui lui demeurera toujours fidèle; d’autres, aux Cahiers du cinéma notamment, refusent de le prendre au sérieux et l’éliminent tout bonnement; aux États-Unis le très respecté Manny Farber ne cachera jamais le peu d’estime qu’il a pour Huston. Enfin les incohérences de la dernière partie de la carrière du cinéaste – du milieu des années 1960 jusqu’à sa mort en 1987 – n’aident pas à se clarifier les idées : Huston accepte alors les contrats les plus douteux (même de collaborer avec Val Guest à Casino Royale, une parodie de James Bond, assurément réalisé de la main gauche, en 1967, sans parler de Victory (1981), boulot sordidement alimentaire dont il aurait pu se passer), sans doute pour apporter quelques améliorations à sa vaste propriété irlandaise… Et pourtant, les grands films existent aussi, véritables œuvres d’auteur, et ce, jusqu’à la veille de sa mort alors qu’il nous lègue un chef-d’œuvre lyrique d’une beauté et d’une sincérité absolues : The Dead (1987), d’après Dubliners de James Joyce. Ce portrait tout en douceur et nostalgie d’un monde bien disparu devient du coup le testament élégant d’un homme qui a beaucoup vécu et qui tient à saluer une dernière fois la vie : tout y est feutré, éclairé avec discrétion pour ne pas déranger cette vie qui était si bonne à vivre. Huston avait alors 81 ans et, malgré l’emphysème qui allait bientôt l’emporter, s’offrait le plaisir d’un dernier film, avec son fils Tony comme scénariste et sa fille Anjelica dans le plus beau rôle de sa carrière d’actrice. Tout ce qu’il fallait pour rouvrir le débat autour de son œuvre de cinéaste touche-à-tout… [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 6-7 ]
Cette rétrospective de l’œuvre de John Huston se tiendra à la Cinémathèque québécoise de janvier à mars 2005.
Allemagne, année zéro zéro quatre
par Stéphane Lépine

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 8-10 ]
Il y a quelques années, au moment de la sortie parisienne d’une autre de ces baudruches largement financée et encouragée par nos organismes subventionneurs, un critique de cinéma du magazine Les inrockuptibles avait osé écrire noir sur blanc ce que bien des gens se contentent de penser, à savoir qu’il y avait selon lui « incompatibilité de caractère entre les Québécois et le cinéma ». Pour qui ne verrait que Camping sauvage, Les dangereux et L’odyssée d’Alice Tremblay, il serait en effet aisé de croire que la rencontre ne s’est pas encore faite entre les Québécois et le septième art ! Mais ce serait là, il est vrai, nier l’existence (et le combat) de réalisateurs talentueux ainsi que de tout un pan de notre histoire cinématographique. Mais doit-on condamner le critique étranger qui se voit ainsi fourguer par la valise diplomatique des Érik Canuel, Éric Tessier et autres Yves Pelletier en guise d’auteurs (au détriment de cinéastes comme Rodrigue Jean et Catherine Martin) ? On sait qu’en doses massives, l’absorption de tels objets ineptes ne saurait qu’encrasser le regard et le jugement, et décourager le journaliste désireux d’aller au-delà des apparences. Toutefois – mince consolation – , le Québec n’est pas le seul pays au monde à souffrir de cette promotion des cinéastes nuls. L’Allemagne en est un autre.

Margarethe von Trotta égarée au purgatoire des coproductions internationales, comme en témoigne son Rosenstrasse, sorti en salles à Montréal cet automne.
Depuis le succès des Nouveaux mecs de Sönke Wortmann (1994) et des bluettes faussement provocatrices de Doris Dörrie (la Denise Filiatrault teutonne, par ailleurs bonne metteure en scène d’opéra), on pourrait penser que rien ne va plus au pays de Murnau, où, comme ici, il est à peu près impossible de voir des œuvres dignes de ce nom à l’extérieur des festivals et des grands centres (Berlin, Francfort, Hambourg, Munich), où les versions originales avec sous-titres sont rarissimes, où les cinémas dits de répertoire disparaissent les uns après les autres (au profit de complexes multisalles type AMC où le son est tonitruant et le pop-corn sucré) et où, comble de l’infamie, un tâcheron sans talent du nom d’Eric Till tourne en anglais et avec des acteurs essentiellement britanniques (mais avec une équipe technique et des capitaux allemands, et avec Bruno Ganz en guise de caution morale) un insipide biopic sur Luther. Oui, sur Luther, le réformateur religieux allemand qui, à l’exemple de Dante pour l’italien, a pour ainsi dire fixé les normes de la langue allemande moderne avec sa traduction de la Bible. (À quand un film sur René Lévesque financé par la SODEC et tourné en anglais par Bruce Beresford avec Christopher Plummer dans le rôle-titre, Steve Martin dans le rôle de Bourgault et Luc Picard pour jouer les utilités ?)

En cette année où deux des plus gros blockbusters américains de l’été, Troy et The Day after Tomorrow, ont été réalisés par des Allemands, Wolfgang Petersen et Roland Emmerich, il est certes intéressant de jeter un regard sur la production de ce pays réunifié depuis maintenant quinze ans et où, comme c’est le cas dans de nombreux États d’Europe (l’Espagne, l’Italie, bientôt la France), le cinéma est largement contrôlé par la télévision, partenaire obligé qui prône un cinéma de divertissement. Dans ce contexte où les refus de collaborer avec la télé entraînent l’exclusion systématique, certains cinéastes réussissent tant bien que mal à tirer leur épingle du jeu. Il en est ainsi pour Alexander Kluge, auteur de films phares tels Anita G., Les artistes sous le chapiteau : perplexes ou le court métrage intégré au désormais mythique L’Allemagne en automne, qui produit et réalise aujourd’hui des émissions culturelles indépendantes sur les chaînes de télévision RTL et SAT 1 et parvient à défendre une télévision « d’auteurs », mais cela certes au prix de son œuvre de fiction. Mais il en est d’autres – et parmi les plus grands – qui, telle Margarethe von Trotta, désespèrent de retrouver les conditions leur permettant de signer d’autres films. La cinéaste des Années de plomb est aujourd’hui égarée au purgatoire des coproductions internationales (l’académique et impersonnel Rosenstrasse ne vient que confirmer la dérive). Si quelques rares films allemands sortent dans nos salles (c’est le cas de Luther et de Rosenstrasse), l’essentiel de la production cinématographique de ce pays, qui a pourtant vu naître il n’y a pas si longtemps Fassbinder, Schroeter et Wenders, ne saurait être vue (par les quelques germanophiles qui n’ont pas encore totalement désespéré de tout!) que dans les festivals. Ainsi, l’édition 2004 du FFM permettait-elle, avec sa sélection de plus de vingt titres, de parcourir l’actualité cinématographique et de voir ce qu’il y a de pourri au royaume du grand Rudolf Thome. Approche non systématique, mais tout de même éclairante, qui permet de mesurer l’ampleur du marasme qui nous guette, ici au Québec! [...]

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 8-10 ]
Les oreilles mènent l'enquête
par Robert Daudelin

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 11 ]

En mars dernier l’Association des professionnels en audio présentait au Conseil national du cinéma et de la production télévisuelle un « Mémoire sur l’état technique des salles de cinéma au Québec ». Dès la page-titre la démarche de ces professionnels du son était explicitée : « Depuis plusieurs années, les spectateurs dans les salles de cinéma subissent une escalade des niveaux sonores. Les causes de cet état de fait sont multiples, et peuvent être contrôlées. Le but de ce document est d’exposer la problématique et de suggérer des solutions ». Cette problématique est bien résumée en page 10 du Mémoire : « … il n’y a présentement aucune restriction par rapport aux niveaux sonores pour les bandes-annonces ou les publicités au Québec, ni au Canada d’ailleurs. N’étant soumis à aucune limitation, les producteurs essaient donc de faire plus que leurs compétiteurs, avec le fâcheux résultat que l’on connaît ».

[ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 120 p. 11 ]