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| Images de guerre et guerre des images par André Roy Rétrospective Guy Maddin ou le (post)modernisme archaïque par Donato Totaro LAmérique latine sur nos écrans La solitude du programmateur au moment de la sélection par André Pâquet |
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| Images de guerre et guerre des images par André Roy [ 24 images n° 118 p. 4 ] |
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| Presque au même moment où Michael Moore présentait son Fahrenheit 9/11 à Cannes, le monde entier voyait les photos que des soldats américains avaient prises dans la prison Abou Graib, à Bagdad, et envoyées à leur famille. Ces photos ont dautant plus scandalisé quelles montraient en général des corps nus (dont les parties génitales étaient masquées, naturellement) et des soldats (et des soldates aussi, rajoutant au scandale) hilares autour des prisonniers. Lhorreur de la guerre se doublait de son obscénité. Nous qui venions de voir Notre musique, de Jean-Luc Godard, qui souvre sur dix minutes (extraordinaires) de montage dimages de guerre, nous navons pu que penser à un autre film de lui, aux Carabiniers (1963). On se rappellera les deux idiots, Michel-Ange et Ulysse, qui reviennent de la guerre avec leurs trophées qui ne sont que des cartes postales représentant des biens du monde (les Pyramides, le Parthénon, la tour de Pise, Versailles, des hôtels, des autos). Au début de ce film, les deux « héros » se font promettre le paradis par un sergent recruteur : « On pourra voler des appareils à sous, casser les lunettes des vieillards et les bras des enfants sans quon nous dise rien, incendier des villages, brûler des femmes
» Et lun des premiers exploits de Michel-Ange est dordonner à une civile denlever sa robe. Le déshabillage comme métaphore du rapport de forces. Les corps des Irakiens empilés nus sous des soldats rayonnant de joie se révèlent les objets de jouissance sans scrupule dune guerre illusoirement gagnée. Mais leurs images nous transportent sur une autre scène, celle de lob-scénité, condensation monstrueuse de la logique guerrière. Jean-Luc Godard a pris le risque daffronter cette monstruosité avec Les carabiniers mais aussi après, avec JLG/JLG, For ever Mozart, Notre musique, entre autres; il la surtout fait avec courage. Cela nest pas le cas de Michael Moore et de son Fahrenheit 9/11, film obscène sil en est un. On na quà voir comment ce fin finaud tripote les images pour ne pas reculer deffroi devant son monument de complaisance. Nous pensons ici, exactement, au montage de deux images concernant la déclaration de guerre à lIrak. Le film montre dabord des enfants irakiens en train de jouer; on en voit alors un en train de descendre une glissoire et au moment où il arrive au point de chute de sa glissade, une image de bombardement dun édifice de Bagdad (feu et détonation) sy substitue. Cette collure relève de la pure abjection, rappelant les procédés déjà à luvre dans les précédents ouvrages de lAméricain et qui le disqualifiaient comme justicier (quon se souvienne de cette photo encadrée dune jeune fille assassinée déposée devant la demeure de Charlton Heston, qui séloigne, tout chenu, de la caméra à la fin de son entretien, dans Bowling for Columbine). On comprend la rage de Godard, encore lui, à Cannes, quand on lui parlait de Fahrenheit 9/11 et qui répondait que ce film nétait pas du cinéma, mais un discours, plus précisément des images asservies à un discours dans le plus pur style des reportages télé, pourrions-nous ajouter. Pas juste des images, juste des discours, juste de la mauvaise télévision. Le gars de Flint déclare ainsi la guerre, non à Bush mais au cinéma comme moyen de connaissance, convocation de la mémoire, réflexion, leçon dhistoire. Fahrenheit 9/11 nest pas de lagit-prop mais de lévangélisation, par un réalisateur paradant en fier détenteur de la vérité alors que son film croule sous des approximations, des erreurs, des mensonges et des supputations. Entre paresse et grossièreté, le road runner de la manipulation et de la confusion réduit chacune de ses images, les dépossède de toute pensée par la surdétermination dun discours qui colle à chaque plan, ne laissant aucune place au jugement du spectateur. Nous dirions même : ne laissant aucune chance aux images de vivre et de parler par elles-mêmes. Cest de lembrigadement ce que cet Artaban du clip informatif avoue dailleurs. Cest un trac électoral, qui ne méritait surtout pas la palme dor, car on est loin avec ce faux documentaire de la précellence dans le dévoilement du réel. Tout compte fait, ce qui manque le plus à Michael Moore est la modestie, celle-là même quon peut voir à luvre dans de récents documentaires, comme S21, la machine de mort khmère rouge, de Rithy Panh, Mondovino, de Jonathan Nossiter et À louest des rails, de Wang Bing (ces deux derniers seront présentés en octobre au FCMM). Ou dans Notre musique, uvre sur la place du cinéma dans le monde, mais aussi sur la place du cinéaste dans son film. |
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| Rétrospective Guy Maddin ou le (post)modernisme archaïque par Donato Totaro [ extrait seulement, texte complet voir 24 images n° 118 p. 5-7 ] |
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![]() The Saddest Music in the World. Guy Maddin, lun des plasticiens les plus singuliers et atypiques du monde. |
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| Au cours des deux dernières semaines de septembre, le public montréalais sera convié à découvrir, lors dune rétrospective qui lui sera consacrée à la Cinémathèque québécoise, lintégrale de luvre de Guy Maddin, ce singulier cinéaste de Winnipeg trop peu connu de ce côté de lAtlantique. Chantre du renouveau du cinéma canadien, Guy Maddin a connu ces dernières années une période de création admirablement productive et gratifiante. En plus du moyen métrage-installation autobiographique Cowards Bend the Knee (2003) et du film The Saddest Music in the World (2003), Maddin a publié récemment ses écrits critiques et journalistiques sous le titre From the Atelier Tover : Selected Writings. Bien que Maddin soit originaire de Winnipeg, son uvre est si débordante dimagination et coupée du monde que lon pourrait le croire venu dune planète éloignée où les gens ne sexprimeraient que sur un ton sibyllin et feutré, nécouteraient que des radios à ondes courtes qui crachotent et ne visionneraient que des films muets, tout en vivant dans la peur constante du moindre désir psychosexuel refoulé. Issu de la marge, Maddin a pris part à lexpérience féconde du Winnipeg Film Group (né en 1974) avant de devenir lun des plasticiens du cinéma les plus singuliers et les plus atypiques du monde. Maddin rencontre Greg Klymkiw, un de ses futurs producteurs, à la Manitoba University, où ils suivent tous les deux les cours de cinéma du professeur George Toles. Toles, qui deviendra plus tard le coscénariste attitré de Maddin comme Steve Snyder, autre professeur de cinéma de la même université, lamène à développer son amour et son appréciation de lhistoire du cinéma des origines, ce qui contribuera à façonner la sensibilité filmique unique et attachée au passé du jeune réalisateur. |
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| LAmérique latine sur nos écrans La solitude du programmateur au moment de la sélection par André Pâquet [ 24 images n° 118 p. 8-9 ] |
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![]() Parapalos de Ana Poliak. |
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| Sans conteste, cest un privilège de parcourir les continents à la recherche duvres cinématographiques nouvelles. Ne pas lavouer serait malhonnête ! Dautant plus que cette recherche sexerce dans des pays où une génération montante cherche à dire autrement la contemporanéité dune autre Amérique. Et que cette nouvelle vague cinématographique fait courir tous les festivals à lheure actuelle. Depuis cinq ans, je suis ce chasseur des images de la partie sud de notre continent pour le Festival des films du monde. Même si lArgentine, le Brésil ou le Chili sont à près dune journée de vol de Montréal, le mode de vie « à laméricaine » teinté dinfluences européennes plus ou moins prononcées qui y est pratiqué est très semblable au nôtre. Mais nous partageons surtout avec leurs habitants une certaine latinité qui est une façon commune de voir, de vivre et de comprendre notre Amérique. Chaque fois que je découvre un film, jai limpression dêtre le premier spectateur étranger dune uvre dont le destin échappe encore tant à son auteur quau programmateur que je suis. Ce film, ce regard, deviennent alors un secret, une sorte de confidence créative entre un auteur et un premier spectateur. Ce bonheur se multiplie au fil des autres visionnements dont les images se confrontent et composent le portrait dun continent. Mais pour moi, cependant, le vrai bonheur cest de dénicher le film inédit, à faire découvrir au public dici. Cest là le moment le plus intéressant de lexpérience, celui où lon cherche, dans le cinéma de ce continent et de ce monde latin qui partage notre américanité, le regard, le moment magique, la démarche cinématographique, une uvre qui est un point dancrage pour mieux nous connaître. Cest laspect positif de mon travail ! La solitude, elle, se situe ailleurs. Quand on a peut-être laissé passer un film, ou quand on se demande a posteriori : « Me suis-je trompé ? »; quand une uvre particulièrement attachante nous échappe pour des raisons de marketing ou de stratégie commerciale, quand, par exemple, un film quon a découvert aboutit dans un autre festival pour des raisons x, y ou z. La notoriété acquise à Berlin, à Cannes ou à Venise peut fréquemment assurer la présence de certains films à Montréal et ce, par le biais dententes entre distributeurs états-uniens et canadiens. Généralement ces films, qui sont précédés dune « aura » journalistique, feront lobjet dune bonne couverture de presse lorsquils seront programmés au FFM, au Festival du nouveau cinéma ou lors dun autre événement. Cependant, le vrai moment de solitude pour moi survient lorsque quotidiens et médias ignorent des films présentés ici en primeur. Jai parfois le sentiment que sest installée, dans notre presse locale, une certaine paresse, une « tendance mode » qui fait quon se contente trop souvent de ne faire écho quaux films qui sont déjà portés par une certaine renommée internationale. Plusieurs films passent inaperçus ici alors que, souvent, ils aboutiront ultérieurement dans des festivals européens où ils obtiendront la reconnaissance quils méritent. Pas moins dune douzaine de films latino-américains que jai retenus pour le FFM se sont retrouvés par la suite (ou presque en même temps, parce que les dates de ces festivals coïncident) à Venise, à Locarno ou encore lannée suivante à Rotterdam, à Berlin ou à Sundance sans que nos journalistes ny prêtent attention(1).
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